Bilan de l’Afrique au Festival de Cannes

Même si la présence des films du continent africain cette année à Cannes n’était pas éclatante, on retiendra surtout le prix Un Certain Regard pour « Moolaadé », et l’accueil chaleureux réservé au film du Sénégalais Ousmane Sembène.

Valérie Ganne, correspondance particulière

Une des leçons de ce 57e Festival de Cannes, c’est qu’à 82 ans, on peut réaliser l’un des plus beaux films de sa carrière. Ousmane Sembène, réalisateur et patriarche Sénégalais, a reçu vendredi soir un incontestable prix, celui d’Un Certain Regard, la sélection non-compétitive dans laquelle son film avait été présenté au festival. Décerné à l’unanimité par un jury de critiques et de professionnels, ce prix a beau être symbolique (et non financier), il facilitera certainement le financement de la troisième partie du triptyque dont « Moolaadé » était la seconde. De plus, augurant d’un bel accueil public futur, les festivaliers n’ont pas manqué d’accueillir chaleureusement ce réquisitoire contre l’excision. D’ailleurs beaucoup d’entre eux (dont Variety en couverture d’un de ses quotidiens Cannois) n’ont pas compris pourquoi le film était présenté dans une section parallèle et non en compétition. Cet accueil n’est donc que justice pour un réalisateur qui malgré son âge et son expérience, a su prendre des risques et ne pas se reposer sur ses lauriers.

Youssef Chahine n’a pas convaincu

Difficile d’en dire autant d’un autre réalisateur, dont le 33e film était présenté le 21 mai en clôture de cette même sélection cannoise, tout juste après la proclamation du prix à « Moolaadé ». Avec « Alexandrie… New York », l’Egyptien Youssef Chahine s’est en effet contenté de faire son propre éloge … Revenant sur sa jeunesse, ses rêves hollywoodiens, ses amours, la confirmation de sa vocation de cinéaste et de ses préoccupations politiques, il nous entraîne dans un voyage kitch dans une Amérique des années 60 où tout le monde parle arabe, alternant les scènes mélodramatiques avec de jolis moments de comédie musicale. Ce film aurait pu être un régal, mais le cinéaste croulant sous le poids de son statut de « plus grand réalisateur égyptien vivant », coule sans rémission : sans aucun recul sur sa vie, il s’auto congratule, c’est parfois ridicule, souvent gênant. Youssef Chahine semble s’être perdu au sommet, alors que Sembène Ousmane a su rester les pieds sur terre.