«Biens mal acquis» de Paul Biya: le rapport à charge du CCFD

Le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire) a publié, ce mercredi, une nouvelle étude mettant en lumière les détournements de fonds publics des chefs d’Etat des pays en développement, notamment d’Afrique. Ce nouveau document, intitulé « Biens mal acquis, à qui profite le crime ? », s’est intéressé en particulier à la richesse du président camerounais, Paul Barthélemy Biya. Le rapport dénonce également la réticence des pays riches, la France la première, à saisir et à restituer ces « Biens mal acquis ».

Deux ans après son rapport intitulé les Biens mal acquis profitent trop souvent, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire) revient à la charge avec une étude actualisée intitulée Biens mal acquis, à qui profite le crime ?. Le document rendu public ce mercredi explique, comme le précédent, le mécanisme de détournement de fonds publics par une trentaine de dirigeants des pays pauvres, notamment africains. « Au cours des dernières décennies, indique le rapport, les avoirs volés par ces dirigeants pourraient représenter entre 105 et 180 milliards de dollars, soit plusieurs fois ce que les pays reçoivent chaque année au titre de l’aide des pays riches. » Selon la Banque mondiale et les Nations unies, entre 20 et 40 milliards de dollars qui, chaque année, fuient les pays en développement du fait de la corruption.

Les châteaux de Paul Biya et sa famille en France et en Allemagne

Sur la liste des chefs d’Etat épinglés par ce rapport, Paul Barthélemy Biya, le président camerounais au pouvoir depuis 1982, a fait son entrée. D’après les auteurs de Biens mal acquis, à qui profite le crime?, la famille du chef d’Etat posséderait des châteaux en France et en Allemagne, ainsi que de nombreuses sociétés dans le bois et l’exploitation minière. Le couple présidentiel « à force de pillage » aurait également provoqué « la faillite de la Société camerounaise de banque ». Ce n’est pas tout. Le chef de l’Etat camerounais, par ailleurs, aurait aidé financièrement l’Osti (ordre souverain du temple initiatique), une organisation occulte qui serait liée à la secte de l’Ordre du temple solaire. En 1998, Raymond Bernard, le fondateur de l’Osti, décédé en 2006, avait affirmé que Paul Biya était président d’honneur d’une branche de la secte. Le président camerounais aurait donc offert à ce titre 5,6 millions de francs français le 2 mars 1990, et 11,2 millions de francs de 1992 à 1998. Il aurait opéré par le biais de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun. Après Omar Bongo Ondimba, Denis Sassou Nguesso et Teodoro Obiang Nguema, Paul Biya fera-t-il lui aussi l’objet d’une poursuite judiciaire ? L’édition 2007 du rapport du CCFD-Terre solidaire, avait permis à Transparency International de lancer, en France, une action en justice contre ces chefs d’Etat.

Outre le président camerounais Paul Barthélémy Biya, l’étude classe aux premiers rangs du palmarès des chefs d’Etat détourneurs des richesses de leurs pays, l’ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny dont la fortune se situerait entre 5 et 7 milliards d’euros. L’Angolais Eduardo Dos Santos est, quant à lui, soupçonné d’avoir détourné quelque 3 milliards d’euros des caisses de l’État, notamment par le biais de commissions sur les ventes de pétrole.
Teodoro Obiang Nguema, déjà visé par les plaintes de Transparency International en France, monopoliserait, lui et sa famille, 80 % du revenu national de la Guinée Equatoriale.

La France réticente à restituer les « Biens mal acquis »

« Ce qui choque à la lecture de notre étude, écrit les auteurs, ce n’est pas tant le volume des avoirs détournés. C’est qu’en dépit des promesses répétées de guerre à la corruption, seuls 1 % à 4 % des avoirs détournés ont été restitués aux populations volées.» Le rapport cite en exemple la France. Quand il s’agit de prôner la lutte contre la délinquance, celle-ci est en tête, mais « elle est bonne dernière à l’heure de saisir ou de restituer les avoirs et biens mal acquis qu’elle abrite », indique le document. C’est là, le « véritable scandale », a déclaré ce mercredi, lors d’une conférence de presse, Guy Aurenche, le président du CCFD-Terre solidaire. Car, a-t-il ajouté, en 2009, la faim gagne du terrain et l’argent détourné pourrait servir à nourrir les populations et à aider au développement des pays pauvres.

 Consulter le rapport du CCFD

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