
À 11 ans, Julie Gbanmeton a dénoncé l’homme qui l’avait violée. Près de quinze ans plus tard, l’étudiante en droit à l’université de Parakou poursuit son engagement en faveur des femmes et des enfants. À la tête de l’association Femmes guerrières d’Afrique pour le développement, elle sensibilise les communautés aux droits humains et aux violences basées sur le genre. Son témoignage a été transmis à Afrik.com à l’occasion de la Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre.
Le récit de Julie Gbanmeton commence par une nuit qui a bouleversé son enfance au Bénin. Son parcours a été mis en lumière par Amnesty International à l’occasion de la Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre. La jeune fille raconte qu’elle avait été confiée à un homme connu de ses parents. Alors qu’elle dormait, celui-ci l’a violée. Ses cris n’ont alerté personne et elle n’a reçu aucun secours sur place.
Mais Julie ne s’est pas résignée au silence. Dans la nuit, entre une heure et deux heures du matin, elle a quitté les lieux, munie d’une lampe torche. Elle a croisé des douaniers auxquels elle a raconté ce qu’elle venait de subir. L’homme a été interpellé cette nuit-là, puis placé en garde à vue le lendemain, selon son récit.
La procédure judiciaire a abouti à une condamnation à cinq ans d’emprisonnement, rapporte-t-elle. Pour Julie, cette première démarche a été le début d’un engagement qui ne l’a plus quittée. « J’ai commencé à m’engager pour les droits humains dès mes 11 ans parce que j’ai vécu des violences. J’ai été violée. Et le premier acte que j’ai posé, c’est de dénoncer« , confie-t-elle.
Cette expérience a influencé son rapport à l’injustice. Chaque situation d’abus rencontrée par la suite a renforcé sa volonté d’agir, avec l’idée de grandir pour contribuer à y mettre fin.
De la honte au combat public
Pendant longtemps, Julie n’a pas parlé publiquement de ce qu’elle avait vécu. Elle explique avoir considéré son histoire comme une source de honte. Aujourd’hui, elle assume de la raconter pour sensibiliser les jeunes filles et les encourager à connaître leurs droits.
À 26 ans, elle prépare la soutenance de son mémoire de master en droit à l’université de Parakou, dans le nord du Bénin. En 2024, elle a été nommée « Étoile des droits humains » par Amnesty International Bénin, avec laquelle elle collabore depuis cette année-là.
Son parcours n’a pas été sans difficultés. Elle est devenue mère à 17 ans, alors qu’elle était encore au lycée. Malgré les préjugés liés à sa grossesse, elle affirme avoir bénéficié du soutien de ses parents. Sa fille, aujourd’hui âgée de neuf ans, occupe une place importante dans sa vie et dans sa vision de l’avenir. « Si aujourd’hui j’abandonnais le combat, ce serait comme si je voulais que mes sœurs subissent ces mêmes violences, et grandissent dans ces mêmes ignorances« , explique-t-elle.
Une association pour défendre les femmes et les enfants
Depuis 2023, Julie dirige Femmes guerrières d’Afrique pour le développement, une association qui compte plus de 50 membres au Bénin et au Togo. Ses actions portent sur la promotion du leadership féminin, l’autonomisation des femmes, la prévention des violences basées sur le genre et la défense des droits des enfants.
En 2025, elle a participé à une campagne de sensibilisation à Djougou, avec une autre « Étoile des droits humains » de la région de Parakou. Des séances ont été organisées dans deux collèges autour des violences basées sur le genre et de la prévention des grossesses précoces. L’association mène également des actions d’information sur le cancer du sein ainsi que sur les violences gynécologiques et obstétricales.
Julie souhaite aussi apprendre aux enfants à connaître leurs droits et à prendre la parole. Elle a ainsi initié le concours « Voix d’enfants, voix d’espoir », destiné à leur permettre de mieux comprendre leurs droits et devoirs et de s’exprimer en public. Sa propre fille y a participé.
« Ma fille aussi sera une étoile qui brillera pour les autres« , affirme-t-elle, convaincue que la transmission du savoir et de la confiance en soi peut contribuer à prévenir certaines situations de vulnérabilité.
Au Bénin, les victimes de violences peuvent notamment contacter l’Institut national de la femme au numéro gratuit 114, qui propose des services d’écoute, d’orientation et d’accompagnement.
Les violences sexuelles, un problème qui dépasse son histoire
Le témoignage de Julie ne constitue pas un cas isolé. Au Bénin, les données de l’Institut national de la femme témoignent de l’ampleur des violences et discriminations signalées par les victimes. Selon des chiffres communiqués par sa présidente en août 2026, l’institution a enregistré plus de 12 000 plaintes depuis sa création en juillet 2021. Sur cet ensemble, plus de 9 078 décisions de justice ont été rendues. Les affaires de violences sexuelles figurent parmi les catégories prédominantes, aux côtés des violences physiques, psychologiques et économiques.
Ces données portent sur plusieurs années et différentes formes de violences. Elles ne permettent donc pas de déterminer, à elles seules, le nombre total de victimes de violences sexuelles au Bénin. Elles soulignent néanmoins l’importance des dispositifs d’écoute, de signalement, de prise en charge et de réponse judiciaire.
Face à cette réalité, Julie plaide pour que les filles et les femmes connaissent leurs droits et prennent leur place dans la société. « L’heure a sonné pour nous les filles et les femmes du Bénin de briller, de connaître nos droits et de les défendre, et de prendre nos responsabilités », lance-t-elle.




