La rupture inéluctable, le Bénin gagnant dans les cœurs

Suite au second tour de l’élection présidentielle ayant eu lieu en république du Bénin, le dimanche 20 mars 2016, les premières tendances sont tombées. Désormais, rien ne semble en mesure d’empêcher Patrice Talon de succéder à Boni Yayi.

A Cotonou,

20 mars 2016, dimanche des rameaux pour la communauté chrétienne, jour électoral au Bénin. Le caractère importantissime de l’acte consistant à choisir un Président est apparu presque inexistant dans cette journée calme, très calme, trop calme. Au compte-gouttes, les Béninois sont allés voter soit pour Lionel Zinsou, ou alors en faveur de Patrice Talon. Ce suffrage exprimé sur le ton de la sourdine n’a pourtant pas empêché les résultats d’être retentissants.

Ainsi, quelques dépouillements et 24h plus tard, les tendances sont claires. Le peuple béninois a tracé une voix royale vers la Marina à Patrice Guillaume Athanase Talon. Dimanche soir déjà, la chose commençait à prendre forme. A Porto-Novo par exemple, sur les 280 votants d’un poste de vote du CEG Djegan-Kpèvi, 199 ont opté pour Patrice Talon contre seulement 81 pour Lionel Zinsou. Dans le quartier de Houinmey, voisin de Djegan Kpèvi, et dans toute la ville, l’opérateur économique est arrivé en tête. Il s’agit là d’une authentique prouesse, car historiquement, Porto-Novo est le bastion imprenable du PRD (Parti du Renouveau Démocratique) dont le président, Me Adrien Houngbédji, avait pourtant soutenu le candidat de l’alliance républicaine.

Dans le littoral, et plus précisément à Cotonou, il n’y a pas eu de réelle surprise, car Patrice Talon était arrivé largement en tête au premier tour. Idem dans l’Atlantique. Les résultats enregistrés à Allada, et plus précisément dans les 13 villages de l’arrondissement d’Agbanou révèlent un écart abyssal entre Patrice Talon (3172 voix) et Lionel Zinsou (816 voix).

Aussi, bien que les tendances officielles ne soient pas encore données, il semble évident que Boni Yayi sera remplacé par l’homme qu’il a tant persécuté et contraint à l’exil. Plus qu’un camouflet, il s’agit sans doute là d’une leçon de vie. « Le peuple a certes voté pour Talon, mais encore plus contre Yayi Boni et ses dérives. Les Béninois reconnaissent clairement les qualités de Lionel Zinsou et n’ont rien contre lui. C’est son mentor qui lui a porté préjudice et c’est bien dommage », nous confiait ainsi un électeur sous le couvert de l’anonymat.

En somme, c’est d’une façon ordinaire, presque banale, que le peuple béninois a infligé un revers extraordinaire à son futur ex-Président. A Talon maintenant de prendre le relai et de préserver les valeurs démocratiques si chères au peuple béninois. Pourra-t-il se contenter que d’un mandat de 5 ans tel que promis pendant la campagne ? Nul ne saurait le dire. Quoiqu’il en soit, l’homme d’affaires entrerait sans doute dans la légende et ferait taire à tout jamais ses détracteurs s’il parvenait à tenir cette promesse en y alliant une gouvernance irréprochable.

Et alors que la rupture est à présent actée, les partisans de Lionel Zinsou, se joignant à l’attitude fair-play de leur leader politique, reconnaissent la victoire de Patrice Talon. Ils se demanderont sans doute pendant longtemps à quoi aurait ressemblé ce « Bénin gagnant » dont ils rêvaient tous