Bénin: la dot, le trait d’union qui lie deux familles

Ancienne tradition africaine, la dot est un lot de présents que le futur époux, représenté par ses proches (famille et amis) va offrir à la famille de la future épouse pour demander sa main. C’est l’ultime pas que doit faire le futur époux à l’endroit de la famille de sa bien-aimée afin d’y être accepté comme un membre à part entière. Loin d’être un moyen par lequel il achète sa femme, la dot est le geste symbolique par lequel il remercie la belle-famille pour avoir donné naissance, éduqué et si bien entretenu sa dulcinée. Voilà pourquoi en Afrique, c’est un acte de grandeur qui fait honneur et rend sa dignité à la femme.
Au Bénin et avant notre époque, la dot faisait office de mariage coutumier. C’est toujours le cas dans le fond mais elle est beaucoup plus perçue de nos jours comme le premier pas vers le mariage proprement dit soit devant les autorités administratives (mariage civil), devant les autorités religieuses (mariage religieux), soit les deux options consécutivement… C’est la version africaine des fiançailles occidentales.

Le jour de la dot est un spécial, un jour mémorable pour les deux familles. Pour les futurs époux, c’est « été » à Noël ! Ce jour-là, la future mariée brille de mille feux. Oui, elle fait main mise sur son 31 à tel point que sa beauté n’a d’égale que la prestance des grands jours. Son chéri par contre, dans bien des cas, doit surtout briller par son absence. Ainsi, l’aurait disposé la tradition qui exige de lui de se faire représenter par sa famille, ses amis et un groupe folklorique qui anime toute la cérémonie.

Dans une ambiance bon enfant, le convoi de la famille de l’époux, les différents articles composant la dot sur la tête (colas, liqueurs, sacs de sel, ustensiles de cuisine, bouteilles de gaz, valises remplies de wax, billets de banque, etc), avance tout doucement dans les rues du quartier de la belle-famille en direction de la maison, lieu du rendez-vous. La procession ne laisse personne indifférent. Comme le miel attire les mouches, ça attire des badauds de tout genre. Passants, zémidjans, voisins, tous sont bluffés par ce qu’ils voient. Il arrive même parfois d’en surprendre quelques-uns couler des larmes de joie tellement c’est beau ! Inutile ce serait de rappeler qu’au Bénin, presque tous les parents rêvent de cela pour leurs filles car ça force le respect et surtout l’honneur.

A l’entrée de la maison de la belle-famille, c’est avec un grand bol d’eau versée par terre (symbole de considération et de paix) que les hôtes sont accueillis. Une fois à l’intérieur de la maison, ils sont priés de s’installer (généralement en face des représentants de l’autre famille) après quoi, la cérémonie débute. Et c’est le moment où le maître de cérémonie s’avance. Le plus souvent, c’est le plus éloquent et assez dégourdi des oncles du fiancé qui joue ce rôle. Cependant, il n’est pas exclu de booker toute autre personne qu’elle fasse partie de la famille ou pas, pour le faire. Diplomate et taquin des grands jours, il aura pour tâche d’une part, de vendre la bravoure et le mérite de l’époux et de sa famille ; d’autre part, de présenter la dot article par article tout en surenchérissant à la manière des beaux-parleurs et tout ceci de concert avec le groupe folklorique qui enchaînera des parades musicales toute la cérémonie durant. La fiancée ne se montrera pour identifier ses prétendants qu’au dernier moment de la cérémonie, laissant toute l’assemblée sans voix tellement sa splendeur est envoûtante.

Jadis incontournable dans l’union des couples, la dot est plutôt un concept aussi vieux que le monde puisque dans l’ancien testament, plus précisément dans Genèse 24, on raconte que quand Isaac, fils d’Abraham, a voulu se marier, son père a envoyé l’un de ses serviteurs avec sur les bras plein de présents dans son pays afin d’y trouver une épouse pour son fils. Chez les catholiques par exemple, dans de multiples pays, et c’est encore le cas au Bénin, la dot a longtemps accompagné le mariage religieux. Plus loin, le code des personnes et de la famille en son article 142, dispose que le mariage civil ne saurait être célébré si la dot n’a pas été donnée au préalable.

Tout en vous souhaitant d’avoir la chance de vivre la dot à la façon béninoise pour mieux appréhender la portée de chacun des mots employés dans la rédaction de cet article, nous tenons à souligner pour finir que le coût de la dot varie d’une famille à l’autre et qu’il est bien des cas où des époux ont dû brader la peau de leurs fesses pour satisfaire les exigences de leurs beaux-parents.

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