Ben Ali : les promesses d’une fin de règne

La fin de la répression, la liberté d’expression et le déverrouillage de l’Internet et la lutte contre la corruption : des promesses inédites ont été faites ce jeudi par le président Zine el Abidine Ben Ali. Les émeutes de ces dernières semaines ont anéanti un régime qui a autoproclamé sa fin pour 2014.

« Je vous ai compris », a répété plusieurs fois le président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, lors de son allocution télévisée de ce jeudi soir, la troisième depuis le début des émeutes de la mi-décembre qui ont fait au moins 67 morts. La formule, utilisée en 1958 par le Général De Gaulle, avait valu à l’Algérie voisine son indépendance quelques années plus tard. Les Tunisiens, qui protestent depuis quelques semaines contre le régime Ben Ali, maître absolu en son pays depuis 23 ans, ont également fini par obtenir gain de cause. Le président tunisien a annoncé qu’il ne se représentera pas à la présidentielle de 2014 et qu’il ne changera pas la Constitution qui fixe la limite d’âge pour briguer la magistrature suprême à 75 ans. « J’ai dit en 1987 qu’il n’y aurait pas de présidences à vie. Je le répète à présent: pas de présidences à vie. Je refuse de toucher à la Constitution, je ne changerai pas l’âge inscrit dans la Constitution », déclaré Zine el Abidine Ben Ali, 74 ans, en arabe dialectal. Une première pour le président qui a rompu en quelques semaines avec ses habitudes de dictateur. En mois d’un moins, il s’est exprimé trois fois sur les antennes de la télévision nationale et a renoncé, pour sa dernière intervention, à l’arabe littéraire.

Le système Ben Ali semble ainsi avoir volé en éclats aussi bien dans sa forme que sur le fond. Le président, qui a déclaré avoir été « trompé » sur la situation, a annoncé que les forces de l’ordre ne tireraient plus à balles réelles sur les manifestants. Les émeutes, fortement réprimées, ont fait au moins 67 morts, aussi bien dans l’agglomération de Tunis, la capitale, que le reste du pays, notamment à Sidi Bouzid où la révolte a démarré. «La situation aujourd’hui nécessite un profond changement et de travailler main dans la main (le pouvoir et les opposants) pour le bien du pays, a-t-il déclaré. Je réaffirme ici que j’ai l’intention d’approfondir la pratique démocratique et de revitaliser le pluralisme ». En outre, depuis quelques jours, l’armée s’était, semble-t-il, désolidarisée du chef de l’Etat tunisien. D’après Jeune Afrique, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Rachid Ammar, a été limogé pour avoir refusé de réprimer les émeutes. Le ministre de l’Intérieur, Rafik Belhaj Kacem, a été également limogé. Pourtant, en dépit de l’engagement du président, les tirs n’ont pas cessé. « Deux civils ont été tués par des tirs de la police dans la ville de Kairouan, dans le centre de la Tunisie, au moment même où le président Zine El Abidine ben Ali prononçait son discours», peut-on lire ce vendredi matin sur le site dissident Tunisia Watch ».

«Approfondir la pratique démocratique»

Autre engagement inédit de Zine el Abidine ben Ali : l’avènement de la liberté de la presse et la libération du Net. «J’ai décidé d’une totale liberté de la presse et de l’arrêt des fermetures de sites Internet». Plusieurs blogueurs et internautes ont été arrêtés sous le régime Ben Ali. Surfer ou s’exprimer sur le Net est un acte criminel en Tunisie. En 2005, l’affaire des internautes de Zarzis a particulièrement illustré la férocité du régime face à de simples internautes. Dans un pays, où la liberté d’expression n’a pas cours, la Toile est devenue un espace de liberté que ce sont appropriés les Tunisiens. L’Internet, notamment les réseaux sociaux, ont joué un rôle déterminant dans la propagation du mouvement social. Depuis hier, plusieurs sites Internet comme Youtube, autrefois interdits dans le pays, étaient disponibles sur la Toile tunisienne selon plusieurs sources.

Le Président Ben Ali a également promis de lutter contre la corruption alors que son pouvoir repose, entre autres, sur « un système mafieux » dont le clan Ben Ali serait aux commandes. « Quand il a été élu, en 1987, il avait fait beaucoup de promesses qui ressemblent fortement à ce qu’il a dit hier, il y a une crise de confiance terrible. Comment peut-on faire confiance à quelqu’un qui a ordonné tous les morts qui sont sur le carreau aujourd’hui et dont la famille a monopolisé tous les biens de la Tunisie ? », a déclaré Souhayr Belhassen, la présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) qui s’est exprimé ce vendredi sur Europe 1. Si le discours du président tunisien marque une vraie rupture, les Tunisiens restent sceptiques. «Il aurait fallu qu’il annonce des élections immédiatement et qu’il dise, Je pars.», a ajouté la militante tunisienne des droits de l’Homme. Les commerces ont ouvert ce vendredi à Tunis où les manifestations pour le départ de Bel Ali se poursuivent.