Ben Ali à l’article de la mort

Aucune confirmation officielle n’a été faite par les gouvernements tunisien et saoudien sur l’état de santé de l’ancien président tunisien Zine el Abidine Ben Ali. Toutefois un faisceau de déclarations tendent à confirmer le fait qu’il a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral (AVC), et qu’il serait soigné dans un hôpital de Jeddah, en Arabie Saoudite. Nombre de Tunisiens se réjouissent d’avance de la prochaine fin du dictateur, tandis que d’autres se demandent si cette affaire n’est pas une simple manipulation médiatique.

L’Etat de santé réel de l’ancien président tunisien, Zine el Abidine Ben Ali, suscite bien des interrogations. Depuis que le journaliste français, Nicolas Beau, a révélé sur son blog que l’ancien chef d’Etat a été victime d’une attaque cérébrale et qu’il est hospitalisé à l’hôpital de Djeddah, en Arabie saoudite, le pays qui l’accueilli après qu’il a été chassé par la révolution tunisienne le 14 janvier dernier, la nouvelle fait grand bruit. Ben Ali a été victime «d’un AVC (accident vasculaire cérébral), il est dans un état grave», a déclaré jeudi en fin d’après-midi un proche de la famille contacté au téléphone par l’AFP dans un pays du Golfe. Le journaliste tunisien, Slim Bagga, ce même jour sur RTL, a déclaré avoir appris lundi la nouvelle de l’accident cérébral de Ben Ali et en avoir obtenu confirmation mercredi soir. D’après lui, l’accident aurait rendu hémiplégique le président déchu. Toutefois, ni les autorités tunisiennes ni le gouvernement saoudien n’ont voulu confirmer ou infirmer la nouvelle. Interrogé par l’AFP ce jeudi, le porte-parole du gouvernement tunisien, Taieb Baccouch, n’a pas été en mesure de dire si le président déchu avait été ou non victime d’un AVC.

Selon Nicolas Beau, spécialiste de la Tunisie, ancien journaliste au Monde, à Libération et ancien rédacteur en chef de Bakchich, l’ex-président tunisien Ben Ali serait dans un établissement hospitalier réservé aux princes saoudiens, où il aurait été admis sous une fausse identité pour raison de sécurité. Dans son blog, il précise que « son état est jugé très inquiétant », et que « son épouse, Leila Trabelsi, n’est plus à ses côtés ». Selon lui, elle serait réfugiée à Tripoli où Mouammar Kadhafi, un ami du couple, l’a accueillie. Nicolas Beau avance qu’une source proche de la Présidence lui a confirmé mercredi soir que le nouveau « Président tunisien, Fouad Mebazaa (…) était au courant depuis deux jours de l’hospitalisation de Ben Ali à Djedda et de l’état critique de son état de santé ». Le gouvernement tunisien devrait évoquer vendredi en Conseil des ministres l’état de santé de l’ancien chef d’Etat, indique l’AFP, dont les correspondants ont rapporté le sentiment des Tunisiens de la rue. Ce n’est que « justice » et « bon débarras » sont les réactions qu’ils ont le plus souvent entendues. Certains sont même opposés à ce que sa dépouille repose dans son pays, s’il venait à mourir.

Certains Tunisiens s’interrogent sur la véracité de l’information véhiculée sur l’état de santé alarmant du président déchu. Sa diffusion ne lui servirait-elle pas à se préparer une sortie discrète – une étape nécessaire avant la construction d’une nouvelle vie ? Parmi les sceptiques, Moncef Marzouki, opposant rentré en Tunisie après la chute du régime. Très méfiant, il a estimé, interrogé sur RTL aujourd’hui, qu’il ne serait pas impossible que Ben Ali ait lui-même répandu cette rumeur pour se soustraire à la justice tunisienne. Selon lui, tant qu’il n’y aura pas de confirmation «par dossier, scan ou avis médical autorisé, il faudra tenir cette information pour de la manipulation très probable».

L’ancien président tunisien, âgé de 74 ans, est malade d’un cancer de la prostate depuis plusieurs années. Une information confirmée par un câble diplomatique américain publié par WikiLeaks. Néanmoins, l’AVC de Zine el Abidine Ben Ali n’aurait rien à voir avec cette affection. Selon Nicolas Beau, il aurait été « éprouvé par la révolution » qui l’a obligé à quitter le pays. Une thèse que le gouvernement tunisien devrait valider ou rejeter vendredi.