Bekele toujours trop fort

A 22 ans, Kenenisa Bekele a réalisé ce week-end le quatrième doublé cross court et long d’affilée de sa carrière aux mondiaux de Saint-Galmier, en France. Son manager avait pourtant essayé de le convaincre de ne pas s’aligner sur la compétition, en retard dans sa préparation et abattu qu’il était, suite au tragique décès de sa fiancée Alem.

Les commentateurs sportifs pensaient avoir usé tous les superlatifs en direction de Kenenisa Bekele, après sa démonstration dans le 10 000 mètres des Jeux Olympiques d’Athènes 2004. Son jeune âge aurait pourtant dû les inciter à en garder sous la main. Ce week-end, le champion éthiopien a réalisé, aux mondiaux de Saint-Galmier (Loire, France), le quatrième doublé consécutif cross court et long de sa carrière. Deux courses pour lesquelles Bekele n’était exceptionnellement pas donné favori. L’athlète était en effet abattu par le décès subit de sa fiancée, Alem, survenu le 4 janvier dernier. A peine âgée de 19 ans, elle a été victime d’une crise cardiaque lors d’un footing qu’elle faisait avec Bekele. Le coureur de 22 ans avait repris le chemin de la compétition, le 29 janvier dernier, à Boston (Etats-Unis), puis le 18 février, à Birmingham (Angleterre), essuyant deux défaites sur 3 000 mètres. Une semaine avant les mondiaux de Saint-Galmier, son manager, Jos Hermens, tentait encore de convaincre la Fédération éthiopienne d’athlétisme de ne pas aligner le génie du fond sur la compétition.

Ses adversaires s’y sont brûlés

Samedi, puis dimanche, Bekele n’a pourtant laissé que des miettes à ses adversaires. Le Qatari Salif Saaeed Shaheen et le Kenyan Eliud Kipchoge, qui l’ont respectivement le plus attaqué sur le court, puis sur le long, ont même fini par s’y brûler, terminant au pied du podium. L’ex-Kenyan désormais qatari était aidé de deux confrères dans le premier cross du week-end pour durcir la course. Mais c’est seul que le long et fin champion du monde de 3 000 mètres steeple lança son attaque, de ses interminables jambes, pour prendre dix mètres à Kenenisa Bekele. Grimaçant et paraissant même battu à un moment, le petit Ethiopien, musculeux pour un coureur de fond, a repris de sa légère foulée chaque mètre qui le séparait du Qatari. Sitôt arrivé à ses côtés, il a contre-attaqué pour franchir seul la ligne d’arrivée, en 11’33 », cinq secondes devant les Kenyans Abraham Chebii et Isaac Kiprono Songok.

« Les Qataris ont fait exactement ce dont j’avais besoin : un train très rapide », a analysé Kenenisa Bekele a l’issue de la première journée des mondiaux, les écoeurant encore un peu plus. En ce qui concerne la victoire, « c’est la plus belle de ma carrière, s’est-il enthousiasmé. Athènes, c’était très important, mais cette victoire surpasse tout. Bien sûr, j’ai pensé à Alem pendant l’épreuve, mais vous savez, je ne l’ai pas perdue, elle est toujours dans mon cœur ».

Le lendemain, Bekele retrouvait sur le cross-long Eliud Kipchoge, celui qui a 18 ans l’avait battu en même temps que le Marocain Hicham El-Guerrouj sur le 5 000 mètres des mondiaux de Saint-Denis (France, 2003). Le champion olympique du 10 000 ne sait courir autrement qu’en tête de la course, mais le Kenyan, toujours à ses côtés, a mis un point d’honneur à franchir la ligne d’arrivée le premier à chaque tour de l’hippodrome de Saint-Galmier. Alors dans un peloton de six athlètes, ce n’est que dans l’avant-dernier tour que les deux monstres du fond ont réellement commencé les hostilités. Ils ont accéléré le train sur près de 200 mètres, aucun des deux n’acceptant que l’autre ne prenne un cheveux d’avance. A ce jeu, c’est l’Ethiopien qui l’emportera. Lui qui n’avait laissé transparaître aucune émotion en franchissant la ligne, la veille, lâchera quelques sourires et multipliera les baisers en direction des 28 000 spectateurs qui n’ont cessé de l’encourager durant ces deux jours de chaleur (28°) et de soleil. A bout de force, Kipchoge laissera dans les derniers mètres échapper la seconde place, derrière l’Erythréen Tadesse, puis la troisième, derrière le qatari Shaeen.