Bataille autour de la mémoire de l’OAS


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Anciens de l’Organisation armée secrète (OAS) et familles des victimes de l’OAS se sont faits face, mercredi, sur la place Charles-de-Gaulle, à Paris. Sous l’Arc de Triomphe, les premiers ont rendu hommage aux partisans de l’Algérie française, les seconds ont mis en garde contre la bienveillance de la République et de Nicolas Sarkozy à leur égard.

Pour la sécurité, sept fourgonnettes de gendarmerie, deux de police. Pour les honneurs, trois cars de l’armée de terre. Sur la place Charles-de-Gaulle, mercredi à Paris, quelques drapeaux, pas mal de galons, et beaucoup de cheveux grisonnants. Devant l’entrée du souterrain desservant l’Arc de Triomphe, une foule de mécontents qui trouvent inadmissible cette cérémonie en hommage aux victimes de la manifestation de la rue d’Isly, le 26 mars 1962 à Alger. L’armée avait alors tiré dans une foule de partisans de l’Algérie française qui avaient répondu à l’appel de l’Organisation armée secrète (OAS, mouvement politico-militaire clandestin en faveur de l’Algérie française). La fusillade avait fait 46 morts.

Parmi les quelques dizaines de contre-manifestants, beaucoup de pieds-noirs membres d’associations des familles de victimes de l’OAS, des représentants du Parti communiste, quasiment pas d’Algériens. Henri Pouillot porte autour du coup une pancarte « L’OAS m’a raté deux fois ». Pour cet ancien militant anticolonialiste, « c’est inacceptable que la République permette cela : laisser le drapeau de l’OAS s’incliner sur la tombe du soldat inconnu, à quelques pas de l’inscription de l’appel du 18 juin du général de Gaulle, alors même que cette organisation avait tenté de l’assassiner, c’est un déni de mémoire de la part des autorités, et une nouvelle provocation de la part de l’OAS ! »

Polémique autour du statut de « mort pour la France »

Vers 17 heures, la soixantaine d’anciens partisans de l’Algérie française empruntent le passage du Souvenir qui mène à l’Arc de Triomphe. Des voix s’élèvent : « OAS ! Assassins ! » Des ennemis de toujours se toisent, en viennent aux mots. Le ton monte entre Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS et fils d’un commissaire de police assassiné, et Armand Belvisi, auteur d’un attentat manqué contre de Gaulle et membre de l’Association pour la défense des intérêts moraux des anciens détenus de l’Algérie française (Adimad). A ses côtés, un homme portant un béret bordeaux lâche, à l’encontre des protestataires : « A l’époque, ce sont ces gens-là qui fournissaient l’argent des armes au FLN (Front de libération nationale, ndlr) .»

Quelques minutes plus tard, la flamme du Soldat inconnu est ravivée, sous l’Arc de Triomphe. A quelques dizaines de mètres de là, devant l’entrée du passage, les contre-manifestants alertent : « Ils ont obtenu la promesse de Sarkozy, quand il était encore candidat à l’élection présidentielle (le 16 avril 2007, ndlr), que la qualité de “mort pour la France” serait accordée aux victimes de la rue d’Isly ! », s’indigne Charles Schweisguth, témoin de la guerre d’Algérie. « Cela veut dire que la République va les traiter au même titre que les poilus ou les résistants, alors que ce sont des tueurs !? »

Après le dépôt de gerbes, la sonnerie aux morts et une minute de silence, les anciens partisans de l’Algérie française ont chanté la Marseillaise et « C’est nous les Africains », le chant de l’Armée d’Afrique de la Seconde Guerre mondiale, récupéré par l’OAS une vingtaine d’années plus tard.

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