Baril au rabais

Malgré tous les efforts que déploie l’OPEP pour entraîner les autres pays producteurs de pétrole à limiter leur production, le cours du brent semble difficile à stabiliser. La promesse de la Russie de réduire sa production de 150 000 barils par jour est sans effet sur le prix de l’or noir.

Pour tenter d’enrayer la chute, les pays de l’OPEP ont par trois fois réduit leur production cette année. A l’issue de leur dernière réunion, à Vienne, le 14 novembre dernier, ils avaient statué sur une baisse d’1,5 million de barils par jour (mbj) à partir du 1er janvier, à condition que les producteurs hors OPEP, le Mexique, la Norvège, mais surtout la Russie, fassent également un geste.

En fait, c’est un véritable bras de fer avec la Russie qui s’est engagé dans les jours qui ont suivi. Le Premier ministre russe, Mikhail Kasyanov, a immédiatement opposé une fin de non-recevoir, déclarant que son pays  » ne réduirait pas de manière importante  » sa production.

Enjeux algériens

Cri d’alarme de Chakib Khelil, président en exercice de l’OPEP et ministre algérien de l’Energie :  » Le prix du baril de pétrole pourrait chuter à moins de 10 dollars lors du deuxième trimestre de l’année prochaine si les pays hors OPEP ne consentent pas à réduire leur production de 500 000 barils par jours « . Hors de question pour le ministre algérien de laisser la Russie faire cavalier seul dans un jeu qui engage 60% des recettes budgétaires de son pays. La question n’est pas seulement économique, elle est aussi politique : les recettes publiques record liées à la fiscalité pétrolière de l’année 2000, s’élevant à 10 milliards de dollars, avaient constitué un atout majeur pour l’Etat algérien, menacé par de fortes tensions sociales. Sans cette carte en main, l’année 2002 s’annonce donc très difficile.

Une victoire à la Pyrrhus

La Norvège, le Mexique et même Oman n’ont pas tardé à témoigner de leur bonne volonté…sans pour autant promettre de baisse de plus de 200 000 barils par jour, dans le meilleur des cas. Dans cette classe qui pourrait mieux faire, la Russie faisait donc figure de mauvais élève. Lundi dernier cependant, Chakib Khelil semblait plus confiant :  » Je suis sûr qu’il y aura un accord avec la Russie et les autres producteurs non-OPEP « .

Victoire. Sa rencontre avec Andrei Kuziaev, président de la Luxoil Overseas, la plus importante compagnie pétrolière russe, mercredi dernier, a donné lieu à un accord des deux parties sur  » la nécessité d’un dialogue et d’une concertation avec tous les acteurs, et la conjugaison de leurs efforts  » pour stabiliser le marché. Cet entretien coïncide avec l’annonce par la Russie de réduire sa production de 150 000 barils par jours à partir du 1er janvier 2002.

La bourse ne suit pas

Mais l’effet de ces déclarations n’a pas été la stabilisation escomptée. Après une légère hausse en milieu de journée, le cours du brent à la bourse de Londres n’a pas dépassé 19,09 dollars à la clôture. Les financiers ne sont pas dupes : 150 000 barils par jour est un chiffre à relativiser. La Lukoil seule, qui n’est que la première des onze plus grandes sociétés pétrolières russes, produit chaque année 60 millions de tonnes de pétrole.