Barbara Jean-Elie, le journalisme pour passion

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Directrice de l’information et des programmes sur la chaîne de télévision Trace, animatrice du talk show Tropik Publik sur la radio Tropiques FM, réalisatrice, mère de famille, Barbara Jean-Elie déborde d’activités. Elle vient d’achever la réalisation d’un film Bèlè, tambour vivant, sur la musique traditionnelle de la Martinique. Le film, qui sera diffusé en 2009 sur Trace, est programmé ce samedi au festival Vibrations Caraïbes, à Paris. Interview.

JeanElieBarbara2.jpgBarbara Jean-Elie, journaliste martiniquaise passionnée par la musique et l’échange, déborde d’activités. Son parcours médiatique débute il y a une quinzaine d’années. Après avoir passé son Bac, elle part suivre, à Paris, des études de Sciences Politiques à l’université de La Sorbonne-Panthéon. En 1990, de retour en Martinique, elle est formée au journalisme à l’ITC. Elle a, par la suite, fait ses premiers pas dans le métier dans la presse institutionnelle et à la radio ICS. Puis, en 1993, elle participe à la création d’ATV où elle présente le premier journal de la première télévision privée des Antilles françaises. En 1999, elle quitte ATV pour participer à la création de Trace TV, une télévision qui voit le jour en 2003. Mais, sans aucun doute, sa plus grande fierté est sa fille, née en 2007. Cette année, elle a achevé la réalisation de Bèlè, tambour vivant (52 min, Trace, Prodom, ADN productions, 2008), un documentaire sur la musique traditionnelle de la Martinique qu’elle présente ce samedi 25 octobre, à Paris, à la Maison des cultures du monde, dans le cadre du Festival culturel Vibrations Caraïbes, et qui sera diffusé sur les antennes de Trace en 2009. Elle présente, depuis la rentrée de septembre le talk show Tropik Publik, sur la radio Tropiques FM, tous les jeudis à 18h30, et continue d’assurer quotidiennement sa fonction de Directrice de l’information et des programmes sur Trace. Elle répond aux questions d’Afrik.com.

Afrik.com : Vous avez réalisé cette année Bèlè, tambour vivant, un film sur la musique traditionnelle de la Martinique. Pourquoi avez-vous voulu explorer ce sujet ?

Barbara Jean-Elie :
Je suis martiniquaise, donc je connais le Bèlè. A côté du Zouk, du RnB, il y a le Bèlè qui est authentiquement martiniquais, qu’on ne trouve nulle part ailleurs. D’autre part, je travaille à Trace, une chaîne musicale. Dans le cadre de Tropical sound, une série qu’on avait produite, j’avais fait tous les films sur la Caraïbe, dont un film beaucoup plus court (26 min) sur le Bèlè. Dans cette nouvelle série, Musiques caraïbes, produite par Trace, Prodom et ADN productions, six films (52 min) sont prévus, sur la Guadeloupe, la Guyane, Trinidad, Haïti, la Martinique et Puerto Rico. Après celui sur le Bèlè, je réaliserai aussi celui sur Puerto Rico et le Reggaeton, cette nouvelle musique de l’Arc antillais sur laquelle j’ai déjà réalisé un 13 minutes.

Afrik.com : Quelle approche du Bèlè avez-vous dans votre dernier film ?

Barbara Jean-Elie :
J’ai voulu montrer de belles images, faire de beaux plans. Il y a par exemple une scène de Damier[[lutte traditionnelle qui se déroule en musique]] qu’on a tournée dans un cadre fabuleux, au Diamant, sur le Mémorial Cap 110 : quinze statues de plus de deux mètres de haut, réalisées par Laurent Valère, regardant vers la Guinée. Le film a été tourné en HD et en 5.1, le dernier cri de l’image et du son. Au delà de ces questions esthétiques et techniques, j’ai voulu faire les spectateurs français et étrangers découvrir une musique que, pour la plupart, ils ne connaissent pas. Le Gwoka guadeloupéen s’est imposé dans la diaspora, en France, pas le Bèlè. Or la diffusion, la notoriété d’une musique passent par là… Dans Bèlè, tambour vivant, il ne s’agit pas de retracer l’histoire du Bèlè, ni de faire un annuaire des grands noms du Bèlè. Je ne voulais pas non plus qu’il y ait de grands discours de spécialistes. Le Bèlè est raconté à travers Stella Gonis, une jeune femme de la commune de Sainte-Marie, qui chante, danse le Bèlè, joue du tambour. Elle est dans le Bèlè à 100%, et elle nous fait découvrir d’autres personnes qui pratiquent cet art.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous abordé le Bèlè sous l’angle de la modernité ?

Barbara Jean-Elie :
Il y a aujourd’hui une sorte de « popisation » de la musique. Toutes les musiques sont vouées à se mêler, à rentrer en collision. Une fille comme Stella Gomis, qui fait du Bèlè, est aussi sensible au Dancehall. Elle apporte au Bèlè sa jeunesse, sa féminité, sa modernité. Le mélange des musiques, certains artistes portent ce projet de façon très consciente et méthodique. Domique Coco en Guadeloupe et Jeff Baillard en Martinique, par exemple. Jeff Baillard a beaucoup fréquenté Victor Treffle, un maître du Bèlè, et il a rencontré en Europe des musiciens de tous horizons. Il tord le Bèlè, le fait rentrer dans la modernité. Je ne porte pas de jugement, dans mon film, sur toutes ces démarches. Je donne plutôt à les voir, à les entendre. Paul Rastocle, un vieux de Sainte-Marie, est le porte-parole de l’orthodoxie. Il explique que c’est la musique des ouvriers agricoles, ce qu’il a été dans sa jeunesse. Autrefois, c’était la musique des « vieux nègres », des gens de la campagne, une musique liée à l’africanité. Mais depuis quelques temps, il y a un engouement formidable pour le Bèlè. Certaines personnes le pratique parce qu’elles cherchent à faire un retour aux racines, d’autres juste pour le plaisir. Maintenant, il y a de l’Electro-Bèlè, du Rap-Bèlè… Un gardien du temple comme Ti-Raoul fait du Zouk, du Rap. Il n’a pas peur du mélange. Car le Bèlè est une musique forte, qui dit des choses sur notre histoire, sur ce que nous sommes.

Afrik.com : Vous avez une actualité très riche, Barbara Jean-Elie. Depuis la rentrée, vous animez une émission d’une demi heure, Tropik Publik, à la radio Tropiques FM, tous les jeudis à 18h30. Vous travaillez tous les jours sur la télévision Trace. Pourquoi avez-vous désiré faire aussi de la radio ?

Barbara Jean-Elie :
Moi, j’ai commencé le journalisme par la radio, en Martinique, dans les années 1990 sur ICS. Et ensuite, j’ai fait de la télé sur ATV. Tropik Publik est un talk show de culture, de société, sur l’actualité. Son ambition est de faire progresser le débat sur les sujets abordés. J’aime la souplesse et l’immédiateté de la radio. J’ai fait des propositions de modules patrimoniaux sur la communauté antillo-guyanaise en Ile-de-France à Claudy Siar, qui dirige Tropiques FM. Et je suis repartie avec une proposition d’animation d’un talk show, que j’ai bien sûr acceptée. Il savait que j’avais fait beaucoup de talk shows.

Afrik.com : Vous avez de nombreuses casquettes. Mais la fonction qui vous prend le plus de temps est celle de directrice de l’information et des programmes sur Trace. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent pratiquement vos activités au sein de cette chaîne ?

Barbara Jean-Elie :
Trace est une petite chaîne, mais elle a une rédaction à Paris, et des correspondants permanents en Afrique du Sud, en Pologne, en Allemagne et aux Etats-Unis. Donc, nous produisons un magazine hebdomadaire qui s’appelle Code , un 26 minutes composé de reportages sur toutes les thématiques des cultures urbaines ; Guest stars, un 13 minutes tout en images où l’on rencontre une personnalité ; Tepok (T’entends pas ou quoi ?) l’émission du rap français, présentée par Jacky Brown, du groupe Neg Marrons. Mon job, c’est de manager l’équipe, de superviser les productions, d’animer les conférences de prévision, d’assurer le lien avec les correspondants et de tourner certains sujets. Pour ce qui est de la programmation, je ne suis pas la seule à choisir. Nous nous concertons, nous avons un fonctionnement très collectif à Trace.

Afrik.com : Directrice de l’information et des programmes sur Trace, journaliste radio sur Tropiques FM, réalisatrice, mère de famille… Comment faites-vous pour gérer toutes ces activités ?

Barbara Jean-Elie :
Je pense qu’il y a pire. Et puis, j’ai une priorité dans la vie : ma petite fille. Pas question pour moi qu’elle pâtisse de mes diverses activités. Le travail est important, mais il y a un temps pour tout. Je ne suis pas tout le temps à jour sur mes e-mails, par exemple. A l’impossible nul n’est tenu. Quand la pression est trop forte, je lâche prise, ou je dis : non, je ne peux pas. Ce n’est pas évident d’être une femme, une maman, cadre dans une structure. On n’est pas des machines. Il faut s’organiser et savoir qu’il y a un temps pour tout. Un temps pour le travail, un temps pour les amis, un temps pour la famille.

Pour plus d’informations, consulter :

 Le site de Vibrations Caraïbes

 Le site de Trace

 Le site de Tropiques FM

Photos: Patrick Baudin