Babel Med Music fait de Marseille la capitale des musiques du monde

La 5° édition du festival de musiques du monde Babel Méd Music, qui s’est déroulée à Marseille du 26 au 28 mars, a confirmé la place de Marseille comme “capitale des musiques du monde”. Premier salon professionnel des musiques du monde en France, Babel Méd Music a accueilli 2200 professionnels du monde entier, de la Norvège à la Corée – programmateurs de festival, agents artistiques, labels, tourneurs,… – venus découvrir de nouveaux talents, et négocier des accords commerciaux. Surtout, par son public, aussi curieux d’écouter des artistes d’Anatolie, de Nouvelle Zélande, que de Mayotte, et par l’accueil fait à de nombreux groupes du Sud de la France, qui créent des musiques métissées, Babel Méd Music confirme la vitalité musicale d’une ville, Marseille, et de sa région, ouvertes au monde par tradition et par identité.

Babel Méd Music, ce sont trois nuits de concerts ouverts au public, avec 30 formations musicales invitées à se succéder sur trois scènes dans le même lieu, le Dock des Suds, dans le nouveau quartier Euroméditerranée de Marseille, quartier de l’ancien port industriel de la ville, qui est en pleine renaissance. Au total, 17.000 spectateurs venus écouter, et souvent découvrir, tous les rythmes du monde. Cette année, l’Algérie était à l’honneur, avec des artistes représentant diverses traditions musicales. Kamal Darrachi, reprenant les chansons de son père Dahmane, mais dans un style plus énergique et avec une orchestration plus moderne, a fait un triomphe : la chanson “Ya Rayeh”, popularisée quand elle fut reprise il y a quelques années par Rachid Taha, fut chantée en choeur par un public qui en connaissait tous les couplets par coeur – et réclamée en bis! Et il était émouvant de se trouver côte à côte avec des enfants de migrants algériens, nés dans la région, et qui reprenaient ces paroles, en arabe, d’une chanson que chantaient aussi leurs parents…

Dans un tout autre registre, Houria Aïchi, accompagnée de la formation L’Hijâz’Car, nous a offert ses superbes chants traditionnels des Aurès, qu’elle vient d’enregistrer sur un disque. Là, l’attention du public était palpable, face à ces chants graves, comme venus du fond des âges, où le rythme est plus important que la mélodie, qui est presque parole scandée, origine du chant. Musiques algériennes métissées d’Afrique, avec des chants religieux à la gloire de Dieu et du Prophète, qui s’élevaient en transe mystique, le rythme s’accélérant de plus en plus, jusqu’à nous faire perdre la tête… Mariage des cultures que symbolise ce festival marseillais, et toute la scène des musiques du monde… partout au monde: L’Hijâz’Car, qui accompagnait la chanteuse algérienne dans ces chants traditionnels, est constitué d’une demi-douzaine de jeunes musiciens strasbourgeois, issus du Conservatoire, qui adorent les musiques d’Orient, et l’ont apprises auprès des maîtres, dans divers pays….

Les musiques classiques d’Algérie étaient aussi à l’honneur, avec la formation Tarab, de Marseille, dirigée par Fouad Didi. Une dizaine d’artistes, tous en djellaba blanche et babouches de cuir, jouant du violon, du violon alto, du ‘oud, et même du banjo, mais un banjo, et des violons, joués à l’orientale: et si la musique d’un peuple, expression la plus accomplie de son identité, accueille ainsi des “étrangers” – car le violon est européen, et le banjo américain, et sont entrés dans les orchestres arabes respectivement au XIX° et XX° siècle seulement – cela veut dire que ces peuples-là, comme tous les peuples de la planète, ne sont pas fermés à l’autre, et encore moins à l’Occident. L’Egyptien Mohamed Abd el Wahab chantait le tango en arabe, et Fouad Didi et son groupe nous offraient ici une valse algérienne, chanson d’amour universelle…

L’Afrique sous le feu des projecteurs

L’Afrique était également à l’honneur cette année. Les Bantous de la Capitale, qui fêtent leurs 50 ans d’existence, nous ont fait danser sur des rumbas revenues au Congo, d’où elles étaient parties il y a quelques siècles via la traite négrière… Dans le registre jazz, le Kora jazz trio – une kora, un clavier, des percussions – a prouvé que les instruments les plus traditionnels se prêtent aux langages musicaux les plus modernes. On pouvait entendre aussi la jeune guinéenne Sayon Bamba, qui vit à Marseille et a reçu l’un des prix décernés par Babel Méd Music ; l’orchestre féminin Deba, de chants soufis de Mayotte, primé par France Musique; Wasis Diop, qui fait partie de la nouvelle génération d’artistes sénégalais ouverts au monde, en musique mais aussi en paroles; ou encore Baster, groupe de reggae maloya célèbre à La Réunion – Réunion qui était d’ailleurs très fortement représentée dans le salon professionnel, à travers notamment son Pôle régional des musiques actuelles (PRMA), qui mène un travail remarquable de soutien à la nouvelle scène réunionnaise.

Le Pérou, la Nouvelle Zélande, la Norvège, l’Egypte, la Turquie, la Roumanie, la Syrie, l’Europe de l’Est yiddish, Cuba, l’Espagne, ou l’Italie, étaient également représentés. Signalons notamment une révélation, qui a laissé le public totalement captivé, happé par la musique: le groupe Axivil Aljamia, de musique andalouse médiévale, qui mêle artistes et instruments espagnols et maures, comme au X° siècle, la vielle à roue côtoyant le bendir, et les chants chrétiens à la Vierge se mêlant aux ondulations orientales…

Outre les artistes invités du monde entier, la vocation de Babel Méd Music est aussi de révéler la scène artistique régionale locale, qui, nul hasard, produit des musiques métissées… comme les populations de Marseille et de sa région. Moussu T e lei Jovents, également lauréats d’un prix Babel Méd cette année, a déclenché un délire parmi le public, qui connaissait par coeur toutes ses chansons et les chantait en même temps… même celles en occitan ! Célébrant Marseille – et La Ciotat ! où vivent nos joyeux lurons – et l’art de vivre méditerranéen, tout en farniente et en bonne humeur, Moussu T et son groupe font revivre la chanson française populaire, joyeuse et porteuse de message social en même temps. Grail’Oli, Le Bus Rouge, Sam Karpienia, ou La Banda des Docks, illustraient, dans les styles les plus divers, ce renouveau de la scène musicale du Sud de la France, cependant que dans le salon professionnel, des artistes venus de toute la France, de la Lorraine au Béarn, et du Poitou aux Alpes, et qui créent des musiques métissées de Sahara, de salsa cubaine, ou de tarentelles italiennes, ainsi que des labels produisant ces musiques, se rencontraient, et échangeaient…

Au total, trois jours de rencontres formidables avec des musiciens et des amoureux de musique du monde entier, et trois nuits de bonheur, à vibrer sur tous les rythmes imaginables… Comme l’expliquait Samuel de Bouard, impliqué dans l’organisation du festival Les Escales à Saint-Nazaire, l’un des 460 autres festivals en France programmant des musiques du monde, “les musiques du monde c’est un état d’esprit”. Que Marseille, comme d’autres villes en France, sait faire vivre à merveille. Merci… au public français, qui fait vivre ces musiques, ces festivals, et donc un peu… ces artistes !

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