Babel Med Music fait danser et chanter le monde

Le festival Babel Med Music, qui est à la fois un festival et un marché professionnel des musiques du monde, fera danser Marseille au son de tous les rythmes de la planète du 27 au 29 mars prochain.

Créé en 2004, événement unique en France, Babel Med Music permet d’entendre 30 concerts (10 par soir !), réunit 5 à 7000 spectateurs par soirée, et la journée, autour des stands, 1500 professionnels venus du monde entier – programmateurs de festivals, directeurs de labels, producteurs, agents,… Car la spécificité de Babel Med Music est surtout de découvrir de nouveaux talents : les artistes invités se produisent souvent pour la première fois hors de leur pays… Les directeurs de festivals et de labels, de France, mais aussi de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de Suède ou d’Italie, viennent donc « faire leur marché »… Et 7 Prix sont remis à des artistes. Cette année, 950 candidatures ont été reçues, de 60 pays, et 30 artistes ou groupes retenus : la sélection est rude ! Rencontre avec Sami Sadak, professeur de musicologie à l’Université de Provence, qui est, avec Bernard Aubert, l’un des co-programmateurs de Babel Med Music.

Afrik.com : Comment est née l’idée de Babel Med Music?

Sami Sadak :
Nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait pas en France de rencontre importante pouvant réunir des professionnels des musiques du monde de divers pays. Il y avait bien le MIDEM à Cannes, mais il ne traite pas les musiques du monde en particulier. Or la France joue un rôle important pour les musiques du monde, au niveau international. Les premiers labels de musique du monde ont été créés en France: OCORA, les éditions de Radio France, Buda Musique… Dans les années 50 et 60, il y avait déjà en France des disques de musiques d’autres pays.

Afrik.com :Comment expliquez-vous cette place des musiques du monde en France?

Sami Sadak :
La France est un pays de migrations, elle a toujours accueilli en son sein les musiques qui circulaient sur son territoire. Au début des années 80, quand le phénomène « musiques du monde » a émergé au niveau international, la France avait déjà une bonne expérience des sons venus d’ailleurs. Car c’est un pays où des musiciens de différents pays viennent s’installer, et se rencontrent. C’est la France qui a lancé dans le monde le raï, et plusieurs artistes africains (de Manu Dibango à Youssou N’Dour, ndlr).

Afrik.com : Le marché du disque est en crise et les musiques du monde représentent une petite part de ce marché, en comparaison des grosses vedettes du show-bizz international dont les albums se vendent à des millions d’exemplaires…

Sami Sadak :
C’est vrai, mais paradoxalement, dans la crise actuelle du disque, les labels de musiques du monde s’en sortent très bien. Nous organisons d’ailleurs cette année une table-ronde sur la bonne santé de ces labels de disques. Et puis, on observe un boom du nombre de spectacles vivants en musiques du monde : les festivals font salle pleine. Ce secteur est une niche particulière, qui survit à la crise.

Afrik.com : Quels sont les artistes aujourd’hui connus, que Babel Med Music a permis de découvrir?

Sami Sadak :
Yasmin Lévy (Israël) a donné son premier concert en France ici. C’est nous qui l’avons découverte (elle a sorti son 2° album et donne aujourd’hui des concerts partout, ndlr). Nous avons aussi découvert Omar Pene (Sénégal), que nous avions invité il y a deux ans. Le cor de la planà (France-Provence), c’est après leur passage ici qu’ils ont vraiment décollé. Négoce et Signature (France-Guadeloupe) ou Salaam Tradition (Réunion) aussi. Et beaucoup d’autres…

Afrik.com : Et vous, quel est votre histoire avec les musiques du monde?

Sami Sadak :
Je viens d’Istanbul, et mon cours d’ethnomusicologie à l’Université de Provence porte sur les déplacements des peuples en Méditerranée et les changements musicaux, sur quatre siècles: du XVI° au XX°, notamment la musique judéo-espagnole et à la musique produite par les communautés turco-grecques dans les années 20.

Afrik.com : Istanbul est l’une des villes les plus musicales du monde, n’est-ce pas?

Sami Sadak :
Oui! Pour moi c’est la ville la plus musicale du monde (rires)!

Parmi les artistes invités cette année: Amadou Balde (Sénégal), Tiana (Madagascar-La Réunion), Amarg Fusion (Maroc), Asa (Nigéria), Maloya All Stars (La Réunion), Nadia Tachaouit (Algérie), Mo DJ (Mali), Mamar Kassey (Niger), Etc…

 Le programme du festival