Azul, assegwas amegaz !

Les Berbères fêtent leur nouvelle année dimanche 12 janvier. L’occasion de faire le point sur l’enseignement du Tamazight en Algérie, avec Boudjema Azizi, sous-directeur de la recherche au Haut Commissariat de l’Amazighité (HCA) à Alger.

Le 12 janvier, c’est Yennayer, le nouvel an berbère. Selon le calendrier amazigh, le 12 janvier 2002 correspond au 1er yennayer 2952. Le calendrier berbère débute en effet avec la fondation, en 950 avant JC, de la 17ème dynastie égyptienne par le chef militaire berbère Sheshouq. L’occasion de revenir sur la place de la langue berbère en Algérie avec Boudjema Azizi, linguiste de formation et sous-directeur de la recherche au Haut Commissariat de l’Amazighité (HCA) à Alger.

Afrik : La création du HCA en 1995 a été le début d’une reconnaissance de l’amazighité par les autorités algériennes ?

Boudjema Aziri : Implicitement oui. Le HCA a été créé en 1995 par un décret du président Lamine Zéroual, sous la pression de la rue et pour répondre à la  » grève du cartable « . A Tizi-Ouzou, Béjaïa et Bouira, tous les élèves ont fait la grève pendant l’année scolaire 1994-95. On allait au devant d’une année blanche. Le gouvernement cherchait une solution, il a créé le HCA. Mais la reconnaissance est longue à venir. Il a fallu 7 ans, après la création du HCA, pour que le Berbère soit reconnu langue nationale.

Afrik : Quel est le rôle du HCA ?

Boudjema Aziri : C’est une sorte de mini-ministère qui promeut la langue et la culture berbères. Dans mon département de l’enseignement et de la recherche, nous aidons à résoudre quotidiennement les problèmes des professeurs de langue amazighe. Nous réfléchissons à une stratégie d’enseignement, nous organisons des stages de formation pour les enseignants au moins une fois par an, et des colloques abordant des questions liées à la langue, à l’histoire et à la culture berbères. La direction de la communication cherche quant à elle à faire avancer la berbérisation de l’environnement, comme la signalisation. Nous souhaitons aussi qu’au niveau de la justice, les gens puissent s’exprimer en berbère.

Afrik : La reconnaissance de l’Amazigh comme langue nationale, en 2002, a-t-elle déjà eu des répercussions ?

Boudjema Aziri : Il est encore trop tôt pour dire que cela a donné une véritable impulsion mais nous collaborons plus avec le ministère de l’Education. Ce dernier s’engage à prendre en charge le plus sérieusement possible la langue berbère. Cette reconnaissance peut avoir des répercussions politiques mais le point crucial pour nous est de favoriser l’enseignement.

Afrik : Justement, quelle est la place de la langue berbère en Algérie ?

Boudjema Aziri : Elle est enseignée à partir du collège et jusqu’en terminale mais ce n’est pas systématique. En 2002, elle a concerné dix wilayas au lieu de seize en 2001. Le caractère facultatif des cours a entraîné une baisse importante des effectifs, passant de 72 359 élèves en 2000-2001 à 68 995 en 2001-2002. De 1995 à 2002, on s’aperçoit que la courbe des effectifs d’élèves n’obéit pas à une évolution graduelle et rationnelle. Ils passent du simple au double d’une année à l’autre ou inversement.

Afrik : Quels problèmes se posent à l’enseignement de la langue ?

Boudjema Aziri : Il y a des obstacles administratifs. Certains directeurs demandent une autorisation parentale pour que les élèves assistent aux cours, ce qui entraîne des blocages. L’enseignement est encore très précaire et il faut le consolider. Dans certains établissements on trouve des cours en 7è et en 9è mais pas en 8è, ce n’est pas normal. Enfin, il faut élargir cet enseignement, au moins dans les établissements demandeurs. En Kabylie, tous les établissements sont demandeurs alors que seuls quelques-uns proposent des cours.

Afrik : Que souhaitez-vous pour le Yennayer ?

Boudjema Aziri : Nous voulons que ce jour soit chômé et payé comme le 1er janvier. Nous avons fait la demande mais il n’y a pas de réponse officielle à cette requête pour le moment. Sinon, nous allons profiter de ce jour pour décorer des artistes et des intellectuels qui font avancer la cause berbère.

Manifestations du dimanche 12 janvier

A Paris

Programme de l’ACB (Association de culture berbère).

De 15 à 17h, place St-Augustin (Paris 5ème), grand rassemblement organisé à l’initiative du Mouvement Citoyen des Aarch en Europe pour soutenir les délégués du mouvement citoyen de Kabylie incarcérés depuis le mois d’octobre 2002 à la prison de Tizi-Ouzou.

A Bruxelles

A partir de 15h,  » Trois langues, trois cultures  » : concerts, théâtre, exposition, fête interculturelle. Informations : Dominique Nunja Boël, 0494/81 72 15,