Azali Assoumani : La prospérité économique passe par la stabilité politique.

Le chef d’Etat major de l’Armée comorienne parvenu au pouvoir par un putsch, le 30 avril 1999, juge que la réconciliation nationale est une  » réalité « . Malgré l’OUA et l’opposition. L’heure est désormais à la relance d’une économie comorienne mise à mal par cinq années de crise séparatiste. Interview.

Afrik : Quelle est votre vision des évolutions récentes de la crise anjouanaise, depuis la signature de l’accord de réconciliation de Fomboni, le 17 février dernier ?

Azali Assoumani : J’ai connu pire. Il n’est pas loin le temps où les représentants anjouanais refusaient de transiter par Moroni pour aller à l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine. Ndlr). Nous revenons de loin. En 1996, tous les Anjouanais de l’appareil politique comorien pactisaient avec les séparatistes. Le virage a été pris. Désormais la réconciliation comorienne est une réalité. Il va falloir désormais en fixer les modalités. C’est ce que va tâcher de faire la Commission tripartite, réunissant les représentants des trois îles de l’archipel, le 30 mars prochain, en tentant d’élaborer une nouvelle constitution, où tous les Comoriens se reconnaîtront.

Afrik : Sachant que, Abeid Abdéramane le leader anjouanais est contesté dans son propre camp, cet accord est-il solide ?

Azali Assoumani : La fronde contre Abeid, c’est terminé. Le noyau d’irréductibles qui se sont opposés au processus se sont réfugiés à Mayotte. Nous avons eu des difficultés pour trouver un interlocuteur tant le front des séparatistes était disparate. Mais c’est de l’histoire ancienne. J’ai renforcé Abeid, car il nous fallait un interlocuteur fiable. Maintenant que c’est chose faite, je n’ai pas de raison de douter de la solidité du processus de réconciliation.

Afrik : Comment comptez-vous vous y prendre pour faire accepter l’option confédérale à l’opposition ?

Azali Assoumani. : Mais il n’a jamais été question de  » confédération « . Ni dans les accords, ni dans les tractations. Les Comores seront  » fédérales « . On peut indéfiniment discuter de la nature de la future Constitution : confédération masquée ou véritable fédération ? Ce sont des mots. Ce qui compte c’est la sortie de la crise. Pour ce faire, nous avons défini les domaines de souveraineté, tels la diplomatie, la Défense, la monnaie. Le reste sera à définir par chacune des îles qui composent notre pays. Une commission des lois va veiller au processus pour garantir de tout dérapage.

Afrik : L’OUA s’est également montrée hostile à cet accord…

Azali Assoumani : L’OUA voulait ma tête. C’est étrange, car en Afrique je ne suis pas le premier président parvenu au pouvoir par un coup d’Etat. La position de l’Organisation de l’Unité Africaine c’était :  » Tant qu’Azali est au pouvoir on ne résoudra pas la crise séparatiste « . Moi je n’ai eu de cesse d’affirmer le contraire :  » D’abord on règle la crise séparatiste, ensuite on organise des élections libres et démocratiques. Ensuite, je m’en vais « . Je note que l’Union Européenne et la Ligue arabe n’ont pas suivi les orientations de l’OUA.

Afrik : Quelles opportunités économiques voyez-vous avec la levée de l’embargo de l’OUA contre Anjouan ?

Azali Assoumani : J’ai toujours été contre cet embargo. Je l’ai critiqué du temps où l’ancien gouvernement l’avait imposé, car un pays n’agit pas ainsi envers une de ses régions. C’est comme si Paris appliquait l’embargo à Marseille. C’est absurde. Je ne crains pas de dire que nous avons été les premiers à le violer. Je note également que l’OUA a triché en décidant de  » suspendre  » plutôt que de lever un embargo, alors que les termes de l’accord étaient très clairs. Quant à l’impact économique, je pense d’abord aux Anjouanais qui vivent sur l’île, qui vont mieux vivre leurs échanges avec l’extérieur. Ensuite, je me réjouis de la reprise du dialogue entre mon pays, le FMI et la Banque mondiale. La réconciliation va servir les trois secteurs-clés de notre économie : l’agriculture, la pêche et le tourisme. Sur ce dernier point, qui exige du temps et des investissements étrangers, la stabilité politique est particulièrement bienvenue. Songez que nous avons signé avec un groupe hôtelier pour une licence de 25 ans. Un grand groupe de transport aérien a même souhaité que nous nous engagions sur 50 ans ! Ces investissements à long terme seront abondamment traités lors de la conférence des investisseurs, qui doit se réunir prochainement.

Afrik : Un pays comme Maurice avec lequel les Comores ont de nombreux points communs, notamment géographiques, mise sur les nouvelles technologies pour se désenclaver. Allez-vous faire le même pari ?

Azali Assoumani : Nous traitons avec les Mauriciens qui souhaiteraient délocaliser une partie de leurs activités chez-nous. Les Comores ont du retard en la matière, il faudra aller vite. Nous aurions intérêt à nous comporter en élève attentif vis à vis de notre voisin. Mais si cela a marché à Maurice, c’est, entre autre, parce qu’il peuvent s’enorgueillir de 20 ans de stabilité politique. A nous d’en faire autant. La prospérité économique passe par la stabilité politique.