Avis de tempête pour Khalifa

Après l’arrestation du numéro 2 du groupe, à Alger, le 28 février, le conglomérat algérien Khalifa voit son secteur bancaire placé sous administration provisoire. Khalifa Bank doit affronter les foudres des épargnants, tandis que Khalifa Airways traverse une zone de turbulences.

Le temps n’est pas au beau fixe pour le groupe de Rafik Abdelmoumen Khalifa. Brocardée par les médias français à la fin de l’année 2002, la firme commence 2003 sous un ciel peu clément. Le 24 février dernier, Djamel Guelimi, P-DG de la chaîne de télévision Khalifa TV, s’est fait arrêter à l’aéroport d’Alger alors qu’il s’apprêtait à convoyer vers la France une valise contenant au moins 2 millions d’euros à bord d’un jet privé. Le numéro 2 de Khalifa a été placé en détention ainsi qu’un autre membre éminent du groupe : Sami Kassa, secrétaire-général de Khalifa et proche conseiller du milliardaire.

Comptes gelés

L’argent devait sans doute aider à assumer les dépenses courantes de la firme. Depuis le 27 novembre 2002, El Khalifa Bank s’est, en effet, vu interdire le droit d’opérer des transferts de fonds en devises par le ministère des Finances algérien. Des  » infractions  » auraient été constatées dans la gestion du secteur bancaire. Selon Les Echos, Khalifa Bank aurait procédé à des transferts de fonds de plus de 50 millions de dollars non adossés à des opérations commerciales, alors que son capital ne pouvait garantir de tels investissements. Tout porte à croire que les valises avaient pour but de renflouer les caisses de Khalifa à l’étranger… pourtant, le groupe a immédiatement fait savoir dans un communiqué que les responsables du transport de fonds devraient assumer leur méfait à titre personnel.

Un pas de plus a été franchi, le 3 mars dernier, lorsque la banque a été placée sous administration provisoire de la Banque d’Algérie. Difficulté de l’Etat algérien à assumer l’émergence d’un secteur bancaire privé ? Manipulation politique, à mettre en parallèle avec la visite du Président français Jacques Chirac à cette date ? Si l’origine du désamour de Khalifa, jusque-là fortement soutenu par Alger, n’est pas connue, la peur des épargnants, elle, est tangible. D’Alger à Tlemcem en passant par Oran, les guichets de Khalifa Bank sont pris d’assaut. Les clients veulent retirer leur argent, craignant un effondrement du conglomérat. La presse algérienne se veut rassurante, tout comme l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA). Tous pensent aux 15 à 20 000 emplois créés par Khalifa dans un pays où le chômage atteint des taux record. La semaine dernière encore, des émeutes ont éclaté alors qu’une file de chômeurs attendait un recrutement promis par le groupe…

Vent de panique

Mais le vent de panique est bien réel. L’UGTA elle-même a placé ses économies entre les mains du milliardaire. Aux côtés de l’argent des caisses de retraites des Algériens. Signe extérieur de faiblesse : les seize clubs de 1ère division ne cachent pas leurs craintes de se voir couper les vivres. La manne annuelle de Khalifa à l’élite du football algérien atteindrait les 84 000 euros. A cela s’ajoute la réduction de 50% sur les vols, via la compagnie aérienne du groupe, sans laquelle les clubs ne peuvent se rendre aux championnats à l’étranger.

Or Khalifa Airways a résilié tous ses contrats en leasing et ne dispose plus d’aucun boeing. Des sources officieuses évoquent même des licenciements massifs. Contactées, Khalifa Bank et Khalifa Airways jouent la carte du silence. Seule la voix de Djaouira Djazaerli, la tante du milliardaire récemment promue à la présidence de KTV, s’est élevée lors d’une conférence de presse tenue au siège de la chaîne pour démentir toute rumeur concernant une compression du personnel ou une baisse des salaires.