Aventures africaines

 » Ebène  » n’est pas une couleur mais une rencontre, des rencontres. Celles du journaliste polonais Ryszard Kapuscinski en Afrique. Des rencontres et des situations cocasses. Pleines d’humanité. Un livre à dévorer.

 » Ce continent est trop vaste pour être décrit. C’est un véritable océan, une planète à part, un cosmos hétérogène et immensément riche. Nous disons  » Afrique « , mais c’est une simplification sommaire et commode. En réalité, à part la notion géographique, l’Afrique n’existe pas « .

A 68 ans, Ryszard Kapuscinski synthétise tous les événements majeurs auxquels il a participé, depuis l’indépendance jusqu’aux guerres tribales des années 1990 dans son roman,  » Ebène « . L’auteur trie ses idées pour transmettre sa vision du continent noir en une trentaine de chapitres. Ces épisodes n’ont aucun lien entre-eux, il se remémore sa période africaine au gré de ses voyages. Le lecteur, nullement décontenancé par ses coupures, se plonge tout de suite dans les autres péripéties, captivé par ce fascinant conteur.

Ses premiers pas

A son arrivée à Accra en 1957, la capitale du Ghana, le reporter apprend à connaître la manière dont vivent et réagissent les Africains. La première chose qui le choque est qu’ils perçoivent le temps différemment. Il en retire une pensée philosophique :  » C’est l’homme qui influe sur la formation du temps, sur son cours et son rythme « .

Au cours de ses expéditions, ce journaliste emprunte les itinéraires qu’aucun Blanc n’osait prendre jusqu’alors. Il côtoie les camionneurs du Sahara, les paysans de la savane et les affamés des bidonvilles. Sans argent, ce reporter se dissimule et se coule dans la population pour arriver à ses fins, multipliant les bonnes combines. Le journaliste, grâce à des collègues dont les journaux payent les frais de déplacement, parvient par exemple à aller en avion à Zanzibar où un coup d’Etat a éclaté.

L’oeil aux aguets

Ce livre comporte une mine d’information sur l’histoire africaine contemporaine, essentiellement sur les pays anglophones. Le lecteur comprend remarquablement les fins et les aboutissements des guerres civiles. Au Rwanda, le motif de la terre a divisé les Tutsis, caste de propriétaires de troupeaux et les Hutus, caste d’agriculteurs.

Des guerres civiles, l’auteur passe sans transition à la splendeur de la nature. Ryszard Kapuscinski guide le regard du lecteur, en dépeignant comme dans le train qui l’emmène de Dakar à Bamako les paysages désertiques qui le séparent de la vitre. Il analyse les faits et gestes de ses voisins musulmans. Son écriture simple et fluide imprègne le lecteur de couleurs et de sensations des pays qu’il traverse : le Ghana, la Mauritanie, l’Ethiopie, le Rwanda, le Sénégal, le Nigeria, le Liberia…

Pour tous ceux qui veulent comprendre les conflits africains et être envahis par la beauté du désert et d’un manguier, ou par l’ambiance d’un marché,  » Ebène  » s’impose.

Pour commander le livre : Editions Plon/Feux croisés