Avec Galby, le chanteur Abdy renoue les amours musicales de l’Occident et du Maghreb

Il chante en arabe mais ressent en  » Magh-oc « , une appellation n’appartenant qu’à lui. Entre les crépitements de la derbouka et des lignes de violon invariablement justes, Abdy invente sa musique comme son identité : à mi-chemin du Maroc et de la France, et équitablement amoureux des deux cultures.

Nouveau venu sur la scène de la musique maghrébine française, Abdy, 29 ans, refuse l’étiquette raï et nous offre un premier album réussi au carrefour de deux mondes. L’homme est simple, lucide, sincère : rencontre.

afrik : D’où venez-vous ?

Abdy : Je suis né au Maroc, à Kénitra plus exactement. J’y ai vécu dix ans avant de partir pour la France. Depuis, je vis à Trappes dans la banlieue parisienne.

afrik : Vous chantez en arabe, mais dans votre album on sent une grosse influence occidentale et même groove. Est ce que l’on peut dire malgré tout que vous êtes un chanteur de raï ?

Abdy : Non je ne suis pas un chanteur de raï. Le raï est un genre beaucoup trop galvaudé par les média. On y enferme toutes les personnes qui chantent en arabe. Il ne faut pas oublier ou il faut peut être le savoir, le raï est une musique qui vient d’une région : la région d’Oran en Algérie. Il repose sur une rythmique propre. Souvent , dans la structure des morceaux, par exemple, les refrains et les couplets sont chantés sur la même mélodie, alors que pour ma part, je dissocie la mélodie pour chaque partie.

afrik : Comment définiriez-vous alors votre musique ?

Abdy : On ne peut pas parler de raï. Je définirais ce que je fais comme de la Magh-oc musique. Une musique à la fois maghrébine et occidentale. Parce que je suis entre les deux cultures, il est normal que je sois influencé par chacune.

afrik : Mise à part l’intervention d’une des voix féminines R’n’B françaises, Wallen, votre album est uniquement en arabe, pourquoi ?

Abdy : C’est vrai qu’il n’y a aucun titre en français dans l’album. Si je chante uniquement dans ma langue maternelle, c’est parce que je n’arrive pas à composer en français. J’ai essayé, mais cela ne me satisfaisait pas. Je suis plus à l’aise en arabe pour exprimer ce que je ressens.

afrik : Il y a près de 20 ,ans que vous avez quitté le Maroc, quels souvenirs gardez-vous de cette époque de votre vie ?

Abdy : J’ai surtout des souvenirs d’enfant. J’avais 10 ans quand je suis parti. Ce n’est pas comme si j’avais passé 25 ou 30 ans là bas. Les premiers souvenirs qui me viennent à l’esprit sont des souvenirs de jeu. On jouait avec tout le monde là bas, vraiment, sans distinction. Je ne sais pas si c’est parce que j’étais jeune et que je ne me rendais pas compte, mais c’est en France que j’ai appris la douloureuse notion de différence.

afrik : Khaled et Faudel ont percé en France avec des titres en français. Ne pensez-vous pas que votre démarche de chanter en arabe constitue un frein pour une carrière hexagonale ?

Abdy : Moi ce qui m’intéresse avant tout, c’est de rester moi-même dans ma musique. Si demain j’arrive à écrire des textes en français qui me correspondent, je chanterai en français. Mais pour l’instant je pense mieux exprimer ma sensibilité en arabe.

afrik : Les sensations musicales semblent très importantes pour vous. Est ce que la scène en est l’aboutissement ?

Abdy : Faire des albums c’est bien, mais la scène, c’est 1000 fois plus d’émotion. Le public dégage une chaleur que tout artiste ne peut que rechercher. Votre musique devient réalité.

L’album Galby impose un style nouveau, témoin réussi d’une belle intégration culturelle

Ni raï ni groove, la musique d’Abdy est pourtant un peu des deux. Elle exprime toute la sensibilité d’un artiste à la double patrie. Le Maroc, où il a vécu une partie de sa vie, la France où il vit désormais. Loin d’être un problème d’identité il s’agit, pour Abdy, d’une richesse qu’il entend bien partager. C’est un remarquable habillage musical oriental qui structure une musique où les rythmiques R’n B s’avèrent parfois, malgré tout, trop présentes. Les crépitements de la derbouka et les lignes de violon tombent juste et font montre d’une chaude inspiration. Ils nous emmènent par delà la méditerranée, là bas où Abdy a toujours ses racines. Pour autant, la qualité artistique de  » Galbi  » ne s’arrête pas là. Car Abdy reste avant tout un chanteur. Sa voix, il la met au service de la musique, bien calée sur ses différents tempos. Il chante en arabe des textes où l’amour est roi. Certes, ce n’est pas un hasard si le titre choisi pour promouvoir l’album est un featuring avec la chanteuse de R’n B français Wallen. Il aura fallu, on l’aura bien compris, pénétrer le marché français avec un morceau  » francophone  » pour ne pas être cantonné aux radios spécialisées. Soit. Mais c’est l’ensemble d’un album qu’il faut ici saluer, une musique qui, à n’en pas douter, sera bientôt l’invitée obligée des meilleurs dancefloors de Paris à Rabat.

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