Automédication : des épiceries aux cars

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La vente des médicaments est devenue une activité majeure dans les différentes agences de transport inter urbain du Cameroun. Les passagers à destination de Yaoundé et Douala vibrent désormais au rythme des prospecteurs qui vantent les mérites de leurs produits…

Sac en bandouliere , chemise- cravate , Jean est un vendeur de médicaments . Il parcourt les lignes de différentes agences de transport interurbain à la recherche des clients. Comme à l’ accoutumée, c’est dès 6 heures du matin que ses journées commencent. Son travail consiste à présenter des produits sanitaires aux différents voyageurs de l’agence de transport Finexs. Pour donner un sens à ce travail, qu’il exerce depuis 2006 après l’obtention de son baccalauréat, il affirme avec fermeté : « chaque être apparemment bien portant est un malade qui s’ignore« .

photo_d_une_rue_a_Yaounde.jpgCe jour, c’est à bord d’un gros porteur de 70 places en provenance de Yaoundé capitale politique, et à destination de Douala, capitale économique, qu’il s’installe. Quelques minutes après le départ pour un voyage de 3 heures, debout, campé entre les sièges, il plante le décor en expliquant les vertus de ses produits.

Le Ginseng, antibiotique naturel est le produit principal. Il est sollicité par de nombreux clients qui semblent connaitre cette médication. Près de 30 sachets sont vendus à raison de 1000 Francs CFA le paquet…
Le reste de ses médicaments est composé de dentifrices naturels et d’anti-inflammatoires… Ils attendront le prochain marché qui ne tarde pas à se présenter.

Quelques vingtaines de kilométres plus loin, Jean prend congé de ses compagnons de voyage à un poste de péage, tout en glissant un billet de 1000 Francs CFA au conducteur, en remerciement du service rendu. Il remonte dans un autre bus, cette fois-ci à destination de Yaoundé. « La journée ne fait que commencer! » lance t-il à un passager qui s’interroge.photo_Yaounde_circulation.jpg

Un business organisé autour des entreprises asiatiques

Les produits vendus sont achetés auprès des entreprises chinoises et indiennes établies au Cameroun. Elles distribuent des produits aux détaillants qui ont préablement versé une une somme d’argent au titre d’un abonnement mensuel. Ces détaillants emploient des revendeurs ambulants qui se retrouvent principalement dans les gares routières.

Certains clients rencontrés disent être satisfaits de ces produits. Le plus célébre demeure « l’amaka touma toum toum » un antibiotique dont les vertus permettent de soigner plusieurs maux.

Des substituts à la médecine « officielle »?

Au Cameroun, les medicaments sont vendus en pharmarcie sur présentation d’une ordonnance prescrite par un personnel sanitaire. Face à ce préalable, dans un pays où plus de la moitié de la population vit avec moins d’un dollard par jour, les familles incapables de consulter un médecin et encore plus de s’acheter des médicaments, optent pour pour l’automédication.

On assiste de ce fait à la montée en puissance et la multiplication des lieux de vente de produits médicaux naturels, qui ont l’avantage d’être accessibles à toutes les bourses. Sont-ils pour autant totalement substituables aux médicaments pharmaceutiques? La question reste entière.