Autant en emporte le vent passe la tempête

La bataille née en France autour de la comédie musicale Autant en emporte le vent n’aura pas lieu. Le collectif qui s’est insurgé contre l’adaptation de l’œuvre de Margarrett Mitchell, considérée comme raciste, l’a annoncé jeudi en compagnie des promoteurs du spectacle.

La polémique née en France autour de l’adaptation sous forme de comédie musicale du roman de Margarrett Mitchell, Autant en emporte le vent, a connu jeudi son dénouement. Les promoteurs de l’événement et le collectif[[<1>Collectif citoyen de Veille active pour la Mémoire des Victimes de la Traite et de l’Esclavage des Noirs]] qui s’est élevé contre sa réalisation l’ont annoncé jeudi au cours d’une conférence de presse au Centre d’accueil de la presse étrangère (Cape), à Paris. L’auteur compositeur Gérard Presgurvic, en quête d’une « histoire populaire », après l’adaptation de Roméo et Juliette, s’était arrêté sur le succès littéraire et cinématographique de l’auteur américaine. Seul problème, là où certains voient la plus grande histoire d’amour à l’eau de rose de l’histoire, d’autres perçoivent une œuvre faisant l’apologie du Sud américain esclavagiste.

Une époque magique ? !

« Revivez, pour la première fois sur scène, la magie d’une histoire, d’une époque et d’une terre que l’on appelait le Sud (…) Pendant deux ans, j’ai été un homme du Sud pour un juif de l’est, quel voyage ! J’espère que vous le ferez avec moi et que vous en reviendrez changés comme je l’ai été », annonçait le dossier de presse du spectacle. A la lecture de ces propos, le collectif Alert2Neg, pour qui la magie de l’époque esclavagiste n’était pas perceptible par tous dans le sud américain, décide de réagir. D’autant plus qu’un « chef des esclaves », interprété par un artiste afro-antillais, Joël O’Cangha, doit chanter dans la comédie musicale. Sans en savoir beaucoup plus sur le projet, Serge Ekaboma, d’Alert2Neg, entre en contact avec les nombreuses organisations qui se battent en France pour le respect de la mémoire des victimes de la traite négrière.

« Pendant 4 à 5 mois, nous avons écrit par courrier électronique et postal aux producteurs Dove Attia, Gérard Presgurvic et Albert Cohen, mais ils n’ont pas répondu. On aurait alors pu s’entendre avant que les choses ne s’enveniment », explique Olivier Birna, le vice-président de l’association Archive. Selon ce dernier, les promoteurs du spectacle attendrons pourtant les actions en justice, à quelques jours de la première, et les menaces de mort contre Gérard Presgurvic, pour entendre le collectif. Sur ce point, il est à noter que Dove Attia se demandait, ce jeudi au Cape, pourquoi le collectif n’a pas pris contact avec eux plus tôt afin de régler la question à l’amiable !

Auteur responsable

A la première rencontre avec les trois producteurs et les acteurs noirs, le collectif comprend qu’il a affaire à des hommes de bonne volonté, qui ne souhaitent en rien salir la mémoire des esclaves noirs. « Nous avons été très surpris quand nous avons été accusés de racisme. Nous n’avons choisi d’adapter Autant en emporte le vent que pour l’histoire d’amour à l’eau de rose », explique Dove Attia, qui assure n’avoir vu que cet aspect du roman. Depuis, le producteur a constaté au bout de 20 pages de lecture le caractère raciste de l’œuvre. « J’étais au courant, comme tout le monde, que l’esclavage était pratiqué à l’époque, mais je n’avais pas idée de l’ampleur que cela avait pris. Depuis, j’ai beaucoup lu sur ce sujet et je comprends que la décision d’adapter le roman ait pu choquer la communauté noire. Le collectif a bien fait de nous interpeller », conclut Dove Attia.

Mais pour Gérard Presgurvic, qui dit tout à fait comprendre ses positions, « le collectif s’est trompé de porte ». L’auteur compositeur assure s’être posé toutes les questions relatives à la trame de fond du roman, et, en conséquence, s’en être « beaucoup éloigné ». Notamment en en donnant « une sorte de vision œcuménique ». L’actrice de la troupe Dominique Magloire explique que l’auteur ne pouvait pas consacrer plus de « deux petits moments à l’esclavage », l’objet de la comédie musicale étant d’abord une histoire d’amour. Presgurvic répond pourtant qu’il a fait plus que cela. « Ce sont deux mondes en parallèle que j’ai confronté », explique-t-il. « Nous avons pris une très grande liberté avec le roman. Nous sommes même sortis du cadre juridique et avons eu des problèmes avec les ayants droit, par rapport au respect de l’histoire. Le collectif est venu voir la pièce et a compris tout cela. La polémique est close ».
En plus des adaptations de l’auteur, le collectif a obtenu la lecture au début de chaque représentation d’un texte[[<2>« Nous vous informons que l’histoire que vous allez voir se déroule dans un lieu qui s’appelait le Sud et qui a été le théâtre d’une tragédie. La Traite négrière et esclavagiste a été reconnue par la France comme Crime contre l’Humanité par la loi dite Taubira en mai 2001. »]] rappelant la réalité du Sud américain, ainsi que la modification de la scène finale, qui offre désormais une place centrale à la question de la liberté.

 Texte de la chanson « Tous les hommes »

Le soleil brûle

Nos yeux nos âmes

Coule la sueur

Coulent nos larmes

Nous sommes des ombres

Nous sommes des ombres

Sur leur bateau

Les fers aux pieds

Courber le dos

Le dos courbé

Ce sont nos frères qu’on emmenait

Hé oh, hé oh

Courber le dos

Refrain:

Tous les hommes

Tous les hommes

Nous ne sommes que des hommes

Briser nos chaînes

Quitter la haine, oui mais

Tous les hommes

Tous les hommes

Nous ne sommes que des hommes

Simplement vivre

Comme des hommes libres oh, oh, oh

Un jour, demain

Nous nous battrons

Et de nos mains

Nous leurs feront

Payer leur crime

Laver l’affront

Allons mes frères

Regardez-vous

Non cette terre n’est pas à nous

Nous sommes des ombres

Nous sommes des ombres

Hé oh, hé oh

Courber le dos

Refrain

Nos fils seront les métisses

D’un monde en couleurs

Voici l’oeil de nos peurs

Refrain