Audiovisuel marocain : chantier ouvert

Où en est l’audiovisuel marocain, et quelles sont ses perspectives d’évolution ? Un colloque organisé à Rabat vient de faire le point.

(Ecrit le 5 avril 2000) : le Colloque FORCOM 2000 qui vient de se tenir à Rabat, les 30 et 31 mars, à l’initiative de Nasr Haggi, conseiller du Premier Ministre marocain pour la communication et les nouvelles technologies, a été l’occasion d’une mise au point utile sur l’état actuel de l’audiovisuel marocain, et son évolution possible à court et moyen terme.

L’audiovisuel marocain se limite aujourd’hui à deux chaînes publiques, RTM et 2M, et à une radio publique, doublée par la chaîne partiellement privée Medi 1, créée hier par la Sofirad et par la Sochepress, équivalent marocain des NMPP. La bande FM offre aussi, sur Casablanca, une radio  » locale « , également développée par le service public.

Le Premier Ministre Aberrahmane El Youssouffi a, dès l’ouverture des travaux, présenté un programme ambitieux pour ouvrir ce paysage audiovisuel et développer un véritable secteur privé de la communication au Maroc : parmi les 10 points de la grande réforme de l’audiovisuel dont il a annoncé la réalisation pour l’année qui vient, la création d’un organisme de régulation indépendant, chargé de mettre en oeuvre l’ouverture de la bande FM, dans des conditions analogues à ce qui fut réalisé en France en 1982. Dans le même temps, la chaîne 2M, initialement privée, serait appelée à trouver de nouveaux partenaires parmi les chaînes étrangères…

Malgré le scepticisme affiché par certains participants sur la capacité du gouvernement marocain à tenir les délais annoncés, il est certain que le royaume doit désormais accomplir cette libéralisation audiovisuelle que les Marocains eux-mêmes ont déjà réalisée, dans leur grande majorité, en installant des paraboles qui leur permettent de recevoir, jusqu’au fond des vallées du Dadès ou du Taffilalet, toutes les chaînes librement distribuées par EutelSat ou ArabSat…

L’enjeu n’est plus de multiplier les sources d’information, comme il pouvait l’être hier : il est désormais de permettre à une production originale marocaine de se développer, portée par un marché national pluriel, donc pluraliste. C’est précisément le sens de l’appel lancé par Hervé Bourges, qui ouvrait les deux journées du FORCOM 2000 avec son vieil ami Youssouffi :  » Il faut que nos enfants puissent penser le monde à partir de leur environnement immédiat. Et pour cela il faut que la culture et les valeurs de leur univers de proximité soient vivaces, présentes sur les nouveaux réseaux, et toujours fécondes. Le développement rapide des technologies de l’information peut conforter les identités des pays du sud, pour qu’elles trouvent une nouvelle vigueurPour cela, il faut d’une part ouvrir l’audiovisuel classique, pour donner un nouvel élan à la production d’oeuvres capables d’incarner l’héritage du Maghreb, et dans le même temps accélérer le passage du Maroc à la société de l’information, en soutenant la création de sites Internet… »

Aujourd’hui, des créateurs d’entreprises multimedia apparaissent chaque jour au Maroc : ils peuvent en effet être les artisans d’un grand rattrapage où le Maghreb a des cartes neuves à jouer.