Au temps de l’apartheid

Publié en anglais en 1986, Le Sable des Blancs a reçu le Mac Millan International Pen Awards. Traduit (enfin) en français aux éditions du Musée Dapper, ce roman nous ouvre désormais les portes de la littérature sud-africaine. Dérangeant.

Jeune étudiant zoulou, Sibiya sera pendu dans quelques jours. Pour viol. Plus qu’un viol apparenté au sexe, c’est celui de la race supérieure qu’il raconte, celle des Blancs. Non sans humour, le jeune Noir écrit les confidences qu’il essaime au docteur Dufré, psychiatre suisse venu étudier son cas. Il y ajoute ce qu’il n’a pas pu ou su lui dire. Conscient que certains détails appuieraient la thèse des Blancs- les Noirs seraient proches des animaux- il démêle les affres de sa vie et tisse des liens. Mais le Zoulou n’en oublie pas sa couleur de peau.

Pour s’en sortir, il combat le médecin, inquisiteur et confident à la fois. Cet homme qui cherche une explication rationnelle à tout prix alors qu’il n’y en a peut-être pas. Et si on le considérait tout simplement comme un homme ?

Si les propos peuvent parfois heurter le lecteur tant par leur violence que par leur ignominie, le doute s’installe. Le jeune Zoulou est-il ou non coupable de ce viol ? Est-il jugé pour son acte ou pour sa couleur de peau ?

Le choc des cultures

En prison, le fils de la campagne cherche à discerner sa vérité. Au cours de cette introspection, il dévoile les coutumes de son village, à Mzimba. Là où les traditions font loi. D’un père polygame et d’une mère téméraire, le jeune homme joue le trublion. Il part pour la ville, à Durban, rejoindre le monde des Blancs. Un monde auquel, malgré ses études, il n’aura jamais accès. Rejeté des uns, ignoré des autres, Sibiya, révolté, veut croire à l’impossible. Tout en essayant de comprendre ce qui lui arrive, il oscille entre passé et présent. Aurait-il oublié les conseils zoulous ?  » la femme blanche est un appât destiné à perdre nos hommes.  » l’avait-on prévenu. Aujourd’hui, il est trop tard.

Au fil des pages, il en vient à douter lui-même de son acte. Que s’est-il passé ? Une passion platonique parce que l’amour entre une blanche et un noir est interdit. Sibiya s’est inventé son propre monde. Emporté par trop d’injustice et de fougue, il s’est construit sa passion avec cette jeune Anglaise, Véronica, sans jamais lui avoir parlé ou presque. Elle devient son obsession et sa honte. Sa tentatrice et son bourreau. Une seule fois, les deux comparses se lanceront dans un jeu pervers. Cependant, Sibiya ne saura que trop tard la partie perdue d’avance. Il tourne tout en dérision et se moque de lui-même. A trop en vouloir, le jeune Zoulou s’est brûlé les ailes. Tout seul.

Le roman de Lewis Nkosi ne se réduit ni à la question du viol d’une femme blanche, ni à l’exode rural d’un jeune Zoulou, ni à une quête de soi. Il est tout à la fois. Si l’histoire se démêle peu à peu, il ne faut pas en attendre de réponse précise. L’auteur use de métaphores et de comparaisons. Un moyen de donner trop de détails pour être certain… de perdre le lecteur.  » Digressions, je sais. Détours sans issue. Faux-fuyants « , s’amuse-t-il avec lui. Si l’écriture est parfois trop confuse, le lecteur en discernera sans doute toute la richesse grâce à la postface de Nimrod. Travers psychologique, tolérance : autant de thèmes abordés laissant le lecteur avec ses interrogations.

Orlane Dupont

Commander le livre : Le Sable des Blancs, éditions du Musée Dapper.