Au Sénégal, les populations du littoral luttent pour préserver leur environnement

Les murettes en béton, les haies en pneus, les barricades en roche et les potagers clos sont autant d’exemples des différents moyens employés par les communautés du littoral sénégalais pour mettre fin au dépôt sauvage d’ordures ménagères et à l’extraction illégale du sable marin, ainsi qu’à la coupe abusive des arbres qui protègent la côte.

Ces activités illégales, mais lucratives, provoquent l’érosion du littoral sénégalais et nuisent à l’environnement marin ; pour les groupes communautaires comme pour les autorités, elles doivent cesser.

« L’exploitation croissante de cette bande de terre doit inciter la population locale à se mobiliser pour protéger ce joyau », a estimé El Hadj Amadou Bèye, président de SOS Littoral. L’organisation, créée en 2007, dresse toutes sortes de barrières protectrices et sensibilise les populations des régions côtières « afin d’obstruer tout passage aux charretiers agresseurs de l’environnement marin », a expliqué M. Bèye.

Les arbres (des casuarinas equisetifolia) – plantés entre 1925 et 1949 par les colons français le long de la côte de Dakar à Saint Louis, environ 270 kilomètres au nord-est – devaient protéger les potagers de la côte contre l’ensablement, et enrayer l’érosion du littoral.

Ces arbres « ont une fonction déterminante dans la vie des populations riveraines et des visiteurs », selon Amadou Baldé, ingénieur agricole et membre de SOS Littoral, qui vit le long de la côte. « Mais ils sont agressés et anéantis. C’est une situation décourageante et intolérable pour nous, les habitants ».

Le bois de cette espèce d’arbre – idéal pour la cuisine – est prisé par les gérants des « dibiteries », rôtisseries dakaroises. Les aiguilles de l’arbre sont utilisées comme engrais par les maraîchers et son bois sert à fabriquer des meubles.

L’extraction du sable est une pratique tout aussi lucrative. « Avec le boom de l’immobilier dans la capitale sénégalaise, les entrepreneurs en redemandent », a expliqué M. Baldé. « Un charretier, s’il est libre de tout mouvement, peut faire 20 rotations par jour à raison de 2 000 francs CFA (4,46 dollars) le chargement. C’est plus rentable qu’un taxi ».

Autre moyen d’exploiter la côte à des fins financières : le dépôt d’ordures. Grâce à l’inefficacité du système dakarois de ramassage des ordures ménagères, Yakham, charretier depuis 40 ans, gagne bien sa vie.

« Je n’ai plus besoin de retourner au village pendant les travaux champêtres », a-t-il confié à IRIN. « Avec mon cheval, je gagne pas mal ma vie ».

Si on ne lui confie pas de marchandise à livrer dans les commerces de la région, Yakham ramasse les ordures et les jette le long de la côte. Analphabète, il ignore tout du code de l’environnement, qui interdit cette pratique. Selon les défenseurs de l’environnement, les responsables locaux ont manqué à leur devoir d’assurer un système de ramassage des ordures qui fonctionne.

Démarches citoyennes

La multiplication actuelle des initiatives prises à l’échelle locale en vue de protéger la côte illustre l’ampleur des dégâts causés dans la région. Malgré tout, les environnementalistes locaux n’ont que peu de moyens d’action. Ils luttent en créant des comités de surveillance, en lançant des campagnes de sensibilisation et en dressant des barrières de fortune.

Et en collaborant avec les forces de sécurité. « Les charretiers sont de jeunes gens très agressifs et souvent armés [de matraques en bois] », a indiqué M. Baldé, l’ingénieur. « Ils viennent la nuit ou pendant la semaine quand nous sommes au travail [pour tenter de lever les barrières] ».

En tentant de s’opposer aux individus qui s’adonnaient à l’extraction du sable marin ou à la coupe du bois, les habitants des quartiers côtiers couraient le risque de provoquer des bagarres. Aujourd’hui, ils commencent à changer de tactique, privilégiant désormais un système d’alerte communautaire.

Depuis le début de l’année, 30 personnes ont été arrêtées pour extraction illégale de sable marin et 36 charrettes tirées par des chevaux ont été immobilisées par la gendarmerie, selon Daouda Diop, porte-parole de la gendarmerie nationale.

M. Diop a expliqué que la gendarmerie disposait désormais d’une nouvelle brigade de défense de l’environnement, épaulée par les sections environnementales des zones côtières, qui patrouillent à moto ou à cheval le long de la côte.

« Je me réjouis de la collaboration […] des populations, qui immobilisent les charrettes avant notre arrivée et nous informent [en appelant un] numéro vert », a-t-il dit.

Les habitants se portent volontaires pour monter la garde et patrouiller, afin de pallier le manque d’agents des eaux et forêts, selon les observateurs.

« Deux agents ne suffisent pas pour surveiller les huit kilomètres de forêt classée [situés au nord de Dakar] », selon M. Bèye, président de SOS Littoral. « Les autorités doivent multiplier ce nombre par trois ou quatre ».

Récemment, Djibo Ka, le ministre de l’Environnement, en visite à Guédiawaye – une banlieue de Dakar considérée comme le point névralgique de la bande côtière – a promis d’affecter un plus grand nombre d’agents dans la zone. « Je cherche le moyen de dresser un mur de clôture – je consacrerai les ressources qu’il faut pour sauver cette forêt classée ».

De nouvelles lois ?

A la mi-novembre, les membres du comité parlementaire sur l’environnement se sont rendus dans la zone côtière. Lamine Thiam, qui dirigeait la délégation, a déclaré à la presse que les membres du comité appelleraient le gouvernement à mettre en place « un programme spécial de gestion du littoral, et à mettre suffisamment de fonds à la disposition des ministères chargés des questions environnementales ».

Selon M. Thiam, « la lutte contre l’érosion du littoral est une question environnementale délicate et la gestion des côtes sénégalaises, une priorité ». M. Thiam a également expliqué que les lois sur l’environnement faisaient à l’heure actuelle l’objet d’une révision pour déterminer leur efficacité à protéger la côte.

Au lieu de se contenter de faire appliquer la loi, M. Baldé, ingénieur agricole, pense qu’il est possible d’autoriser de nouveau les chevaux et leurs propriétaires à se déplacer sur le littoral : « Nous pouvons envisager de transformer cette bande verte, de remplacer les charrettes par des calèches qui transporteraient les promeneurs pour qu’ils puissent visiter la forêt, fouler le sable et respirer l’air marin ».