Au Bénin, une régulation audiovisuelle en souplesse

Si le petit Etat de l’ouest africain est une référence en matière de vie démocratique, sa Haute Autorité audiovisuelle y est sans doute pour quelque chose. Des explications avec Timothée Adanlin, président de l’institution.

afrik : Quel est le paysage audiovisuel du Bénin ?

Timothée Adanlin : Il y a vingt-six radios privées, qui font preuve d’une grande vitalité. Nous venons également d’attribuer la première fréquence de télévision privée. LC2 – c’est son nom – renouvelle l’offre de programmes pour tout le pays et bouscule positivement notre chaîne de télévision nationale publique.

afrik : Quel est votre rôle dans ce paysage ?

T. Adanlin : La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (H.A.A.C.) a été préfigurée, dès 1990, par un Conseil National de l’Audiovisuel et de la Communication dont la légitimité a été immédiatement établie. En effet, l’une des premières missions de l’institution a été de garantir l’équité de la campagne pour les élections législatives : il a donc été l’un des acteurs essentiels de la transition démocratique de mon pays. Si on dit aujourd’hui que le Bénin est une exception démocratique, c’est peut-être un peu grâce à notre travail.

La réussite est patente : le 3 mai dernier, nous avons pu fêter la liberté de la presse tous ensemble : gouvernement, médias, et nous-mêmes qui jouons la partition des Béninois et de leur droit à une information juste et respectueuse des citoyens.

afrik : En quoi consiste le quotidien de la H.A.A.C. ?

T. Adanlin : Nous essayons d’intervenir le plus possible en amont des crises et des manquements à la déontologie. Notre travail est d’abord d’être extrêmement attentifs à ce qui est diffusé ou écrit – puisque nous avons également en charge la presse. A d’autres moments, nous sommes alertés par le public lui-même. Il a le sentiment que la H.A.A.C. le protège des attaques parfois injustes des journalistes.

afrik : Pourtant, vous faites en sorte de ne pas passer pour des censeurs ?

T. Adanlin : Exactement. L’échec serait que l’on nous prenne pour des gendarmes. C’est pour cela que nous avons mis en place une commission permanente d’éthique. Celle-ci intervient le plus souvent discrètement, en collaboration avec l’instance d’auto-régulation mise en place par les journalistes eux-mêmes. Lorsqu’il y a un risque de voir se développer une campagne visiblement injuste, nous parlons, et en général cela suffit. Dans d’autres cas, nous publions des communiquées, qui sont systématiquement repris et les gens ont le sentiment que la justice  » morale  » a été rendue.