Attractivité et climat des affaires : Forbes surcote le Rwanda

Il faut que le magazine américain nous explique comment le Rwanda en vient à mieux attirer que le Ghana, l’Angola ou le Botswana par exemple. Le Rwanda n’est donc plus l’eldorado des squelettes qu’on croyait. Selon le très sérieux Forbes, il s’en sort mieux que tous les autres pays africains (hors l’Afrique du Sud), du point de vue des affaires.

Sékou Touré avait dit non à la France, Paul Kagamé a dit merde à la langue française, en voie de disparition au « pays des mille collines ». Il est en train de gagner son pari. Paul Kagamé a pu estimer que de nos jours, la lingua franca c’est l’anglais. Les Français eux-mêmes dans leur pays, ne se contentent plus d’angliciser : ils commercent, étudient, recherchent, recrutent et forment en anglais. Il n’y a vraiment qu’en Afrique que l’on retrouve des spécimens qui revendiquent cette langue, qui n’est qu’au neuvième rang des langues les plus pratiquées, comme langue maternelle.

Pays « attractif » dirigé par un dictateur élégant

Paul Kagamé est le plus ancien dictateur africain de la plus jeune génération de présidents (Il a 54 ans, mais dirige de fait depuis 1994). Il incarne un nouveau style de dictateur, qui snobe la Françafrique, flirte ouvertement avec l’Amérique qui l’a militairement formé : il est régulièrement interviewé par Christiane Ammanpour ou Fareed Zakaria de CNN : la classe !
Le Président rwandais a choisi l’anglais et les locuteurs de cette langue le lui rendent bien. Parler l’anglais en Afrique est un acte de développement, il suffit pour s’en convaincre de comparer les niveaux de développement des régions francophones et anglophones du continent.
Le Rwanda est un pays fripon qui va braconner en terres congolaises, qui, d’une manière ou d’une autre, entretient la déstabilisation en RDC voisine et blanchit les « stocks de minerais » venus de Goma (http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/11/28/rdc-kinshasa-accuse-le-m23-de-piller-goma-au-profit-du-rwanda_1797161_3212.html ). Ne doit-il pas y avoir dans ces classements des exceptions de guerre et de dictature ?
Ce pays « attractif » est dirigé par un dictateur élégant, mais un dictateur quand même. L’un des plus sûrs héritiers des plus vieux dictateurs du continent. Il est la relève, l’espoir que la dictature a encore de beaux jours devant elle.
Le Président rwandais est soupçonné par certains juges européens d’avoir commandité l’assassinat de Juvénal Habyarimana et donc d’être en partie responsable du génocide. Kagamé est également accusé d’être intervenu directement dans la chute de Mobutu, et de se payer depuis en nature, très exactement en ressources naturelles.
Le Rwanda est en effet accusé de donner à vendre des richesses qu’il ne possède pas en propre. Soit il s’agit d’escroquerie d’Etat d’un régime qui aurait trouvé la formule de transmutation des pierres en matières précieuses, soit il possède des richesses qu’il ne peut avoir que pillées.
Cet homme-là en Europe, c’est à peine si on le fréquente dans le Vieux continent. Nicolas Sarkozy est bien allé lui rendre visite, mais Nicolas Sarkozy lui, il a embrassé tout le monde : Angela Merkel, bien sûr, mais aussi Kadhafi, Ben Ali, Omar Bongo, Bachar Al-Assad

D’autres curiosités : Cameroun passe devant Guinée

Le Cameroun est à quatre marches du fond (http://www.forbes.com/best-countries-for-business/list/#page:2_sort:0_direction:asc_search: ) dans cette liste de 141 pays où les investisseurs sont supposés trouver une « ambiance garantie ».
Que le Cameroun soit surclassé par la Côte d’Ivoire, le Benin ou tous les pays à peu près normaux, c’est dans l’ordre devenu naturel des choses, a-t-on envie de dire. Il ne s’agit pas d’un classement d’avant les déluges, il a été établi par des données recueillies jusqu’en Octobre 2012, dans des structures sérieuses (Heritage Foundation; World Economic Forum; Transparency International; Freedom House; World Bank; Central Intelligence Agency; Property Rights Alliance).
Mais que le Tchad, avec tous ses muscles, se retrouve au bas bout de ce classement, loin derrière le Mali qu’il est allé pacifier (c’était certes en janvier 2013, mais trois mois plutôt, la situation était devenue intenable). Il y a là comme une logique que seuls peuvent comprendre Forbes et ses gens d’affaires.
Quant à la Guinée, 141ème sur 141, elle a dû recevoir un mot de félicitations de Paul Biya. Alpha Condé, à peine élu, avait voulu jouer les Mathias Bones. Vous savez, dans Lucky Luke, le manant qui prenait les mesures des duellistes pour leur préparer des cercueils…
Eh bien, Alpha Condé avait cru pouvoir dire que les Camerounais se réveilleraient enfin parce que le maintien de Paul Biya à la tête du Cameroun, depuis pratiquement l’âge des indépendances, est un non-sens !
Non seulement Paul Biya est encore là, ne tient jamais ses Conseils de ministres, mais, comble d’ironie, est classé 137ème sur 141, devant la Guinée d’Alpha Condé : ce n’est pas beau la dictature ?