Attentats de Londres : la presse soupçonne un Marocain

Certains médias britanniques ont rapporté que Mohammed el Guerbouzi était lié au quadruple attentat qui a endeuillé Londres (Angleterre) jeudi dernier. Affirmation que le Marocain nie avec vigueur et que la police qualifie pour le moment de « spéculation ». Alors que l’enquête bat son plein, la communauté musulmane de l’île et de la Nouvelle-Zélande fait l’objet de représailles vengeresses.

Quarante neuf morts et quelque 700 blessés. C’est le bilan, encore provisoire, du quadruple attentat qui a ensanglanté la capitale britannique jeudi dernier. Et le nombre de victimes des explosions qui ont soufflé simultanément les rames de métro de Aldgate, Edgware Road et King’s Cross et, une heure plus tard, le bus n°30, pourrait s’alourdir. « Il est possible, étant donné l’ampleur des destructions, que d’autres corps soient trouvés », a expliqué dimanche soir le commissaire Andy Trotter, chef de la police des transports. Alors que l’émotion est encore très vive dans le pays, et à l’étranger, la presse a publié le nom de deux hommes qui pourraient avoir joué un rôle dans les attaques : le Marocain Mohammed el Guerbouzi et le Syrien Mustafa Setmarian. Et pour venger ceux qui ont été sacrifiés, d’aucuns s’en prennent aux musulmans ou aux institutions représentant cette religion.

Le nom de Mohammed el Guerbouzi comme suspect revient à plusieurs reprises dans certains journaux. Une accusation qui n’est sans doute pas étrangère au fait que l’homme, qui nie fermement toute implication, soit soupçonné d’être un activiste islamiste. Il a en effet été condamné, le 19 décembre 2003, à 20 ans de prison par contumace au Maroc pour le rôle qui lui est donné dans les attentats de Casablanca (Maroc) du 16 mai 2003. Le cuisinier originaire de Larache aurait aussi trempé dans les attaques de Madrid (Espagne) et serait l’un des leaders du Groupe islamiste combattant marocain. Mustafa Setmarian est pour sa part suspecté d’être le cerveau de l’attentat de la capitale espagnole et de diriger la branche Europe du réseau terroriste Al-Qaïda.

Des suspects parfaits, mais que rien n’accuse

Des suspects parfaits, mais Scotland Yard est très claire. Selon Le Figaro, les enquêteurs certifient qu’il n’y a pas, pour l’heure, de « suspects spécifiques ». Revenant sur l’apparition fréquente de Mohammed el Guerbouzi dans les médias, le porte-parole de la police, interrogé par l’Agence France Presse, indique que « toute référence dans la presse concernant cette personne ne constitue pour l’instant que de la spéculation ». Pas de pistes sérieuses pour le moment, mais les investigations vont bon train. Et le dispositif sécuritaire est renforcé, pour parer à d’autres attaques. « Notre crainte est évidemment qu’il y ait de nouveaux attentats », a confié le ministre de l’Intérieur Charles Clarke. Son homologue de la Défense, John Reid, a pour sa part admis que « ceux qui ont commis cet acte terrible pourraient bien tenter de recommencer ». Une crainte d’autant plus justifiée que les auteurs des attaques seraient en vie…

Depuis le drame, les fausses alertes se multiplient. « Dans la nuit de samedi à dimanche, quelque 20 000 personnes avaient ainsi dû être évacuées des bars et restaurants du cœur de Birmingham, la deuxième ville d’Angleterre, à la suite d’une alerte à la bombe jugée ‘crédible et sérieuse’ », précise Le Figaro. Dans le cadre de la loi anti-terroriste, trois personnes ont par ailleurs été arrêtées, dimanche matin à l’aéroport londonien d’Heathrow, puis relâchées. Apparemment, cette opération n’est en rien liée aux attentats de la semaine passée. « Ce genre d’arrestations arrive toutes les semaines. (…) Il serait inapproprié et ce serait de la pure spéculation d’établir un lien direct avec les attentats », a indiqué après les arrestations Brian Paddick, assistant au chef adjoint de Scotland Yard, dont les propos sont rapportés par le Nouvel Observateur.

Attaques anti-musulmans à Londres et Auckland

Les victimes collatérales du quadruple attentat pourraient bien être les musulmans. Aveuglés par la haine et la tristesse, certains les ont en effet pris pour cible, assimilant tous les croyants d’Allah à des terroristes. A tort. Et en dépit de l’appel du Premier ministre britannique au calme et à ne pas céder à un amalgame dangereux, plusieurs actes anti-musulmans ont été relevés. « Nous avons enregistré plusieurs actes à caractère raciste ou religieux et nous prenons ces incidents très, très au sérieux », a indiqué Brian Paddick, qui souligne qu’une personne a été « grièvement blessée ». Quatre mosquées ont été légèrement endommagées par des tentatives d’incendie et des plaintes pour agression verbale et vandalisme ont été déposées.

L’amalgame a même atteint la Nouvelle-Zélande, « Etat fédéral toujours rattaché à la couronne britannique », annonce La Tribune. Le journal algérien rapporte que la police du pays a déclaré que six centres de la communauté musulmane ont été la cible de vandalisme. Et que « les fenêtres et les portes des bâtiments visés à Auckland ont volé en éclats et les mots suivants ont été peints en noir sur leurs murs extérieurs : ‘Londoners RIP’ (Londoniens, reposez en paix), dans ce qui a tout d’une opération coordonnée ».

Le Premier ministre Helen Clark a rapidement dénoncé ces actes : « Bien que les Néo-Zélandais soient horrifiés par les attaques survenues à Londres, il n’est pas normal de prendre les musulmans de Nouvelle-Zélande en représailles alors que la grande majorité d’entre eux respectent les lois et constituent une communauté pacifique. (…) Les temps que nous traversons actuellement doivent nous inciter à garder la tête froide et à pratiquer la tolérance. » Pourvu que son message passe mieux que celui de Tony Blair.