Attentat du DC-10 d’UTA: les familles des victimes enfin entendues

Guillaume Denoix de Saint-Marc

Alors que Mouammar Kadhafi effectuait sa visite en France, son homologue français Nicolas Sarkozy recevait, jeudi, à l’Elysée, sept membres du collectif des familles des victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989, imputé aux services libyens. L’explosion au dessus du Niger de cet avion reliant Brazzaville à Paris, via N’Djamena, avait coûté la vie à 170 personnes dont 99 étaient d’origine africaine. Dans un entretien accordé à Afrik.com, Guillaume Denoix de Saint-Marc, président du collectif, revient sur sa rencontre avec le chef de l’Etat français qu’il qualifie de « symboliquement très forte ».

Guillaume Denoix de Saint-MarcLe 19 septembre 1989, au dessus du désert du Ténéré, au Niger, l’explosion d’un avion reliant Brazzaville à Paris, via N’Djamena, coûtait la vie à 170 personnes dont 99 étaient d’origine africaine. Après plusieurs mois d’enquête, cet attentat du DC-10 d’UTA avait été imputé à six ressortissants libyens, des hauts fonctionnaires des services secrets. Dix-huit ans après ce drame, un collectif des familles des victimes regroupant 17 nationalités dont des Tchadiens et des Congolais a été reçu, jeudi, par le président français Nicolas Sarkozy à l’Elysée et ce, alors que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi était en viste en France. Dans une interview accordée à Afrik.com, le président du collectif, l’avocat Guillaume Denoix de Saint-Marc, revient sur l’importance de cette rencontre, une grande victoire pour les familles.

Afrik: Comment s’est passée votre rencontre avec Nicolas Sarkozy?

Guillaume Denoix de Saint-Marc:
Cet entretien avec le président français Nicolas Sarkozy, a été très intéressant. Je l’ai senti à notre écoute. C’était très important pour nous et aussi pour les deux représentants des familles africaines qui sont venus du Congo et du Tchad et qui ont fait le voyage dans la nuit, à leurs frais, pour rencontrer le chef de l’Etat. Pour notre collectif, c’est une victoire. Notre travail a enfin été récompensé, nous sommes maintenant entendus.

Afrik: Est-ce que le président français a prévu d’aider les familles des victimes?

Guillaume Denoix de Saint-Marc:
Le président a promis d’apporter une aide logistique et financière pour l’inauguration du mémorial que les les familles ont construit au Niger, à Ténéré, sur les lieux de l’accident. Et il a également précisé qu’il ferait tout son possible pour se rendre à l’inauguration de ce mémorial qui aura lieu au premier trimestre 2008. De plus, M. Sarkozy s’est également engagé à aider les familles africaines à se rendre à l’inauguration en mettant à leur disposition des avions. Vous savez, il y a beaucoup de personnes qui veulent y aller parce-qu’elles n’ont pas récupéré les corps. C’est aussi un cimetière, ce mémorial.

Afrik: Qu’avez-vous pensé de la visite du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi en France?

Guillaume Denoix de Saint-Marc:
Disons que ce n’est pas évident pour les familles. Mouammar Kadhafi représente beaucoup de souffrance. Maintenant, c’est l’invité de la France donc il faut le respecter. Et puis, on a entamé des négociations en 2002 avec la Libye qui se sont conclues par un accord le 4 janvier 2004 sur les indemnisations des familles. Il est difficile de donner des gages à la Libye.

Afrik: Pourquoi avoir choisi de rencontrer M. Sarkozy au moment même de la venue en France du dirigeant libyen?

Guillaume Denoix de Saint-Marc:
Et bien c’est, encore une fois, symboliquement très fort. Nous avons choisi de rencontrer le président français au moment de la visite de M. Kadhafi pour rappeler qu’il ne faut pas oublier les victimes de cet attentat du DC-10 d’UTA perpétré par des hauts responsables libyens.

Afrik: Aujourd’hui, avez-vous encore des souhaits à formuler?

Guillaume Denoix de Saint-Marc:
Je souhaite que le problème de reliquat sur les dommages et intérêts soit réglé. Mais, je suis confiant, M. Sarkozy s’est engagé à obtenir de la Libye qu’elle règle ses 3 mllions d’euros d’indemnités qu’elle doit encore aux familles. Mais ça c’est un détail. Aujourd’hui, je suis heureux pour les familles et pour moi. J’ai perdu mon père dans ce drame, alors cette rencontre c’est un peu ma victoire aussi.