Assistance à « expulsé » en danger sur le vol Paris-Bamako

Un ressortissant malien a perdu connaissance, samedi dernier, lorsque les policiers qui l’escortaient sur le vol Paris-Bamako ont tenté de l’empêcher de se débattre pour éviter sa reconduite. Certains passagers, choqués par la force utilisée par la police de l’air et des frontières, ont tenté de s’interposer. Ils racontent.

Le samedi, à Roissy, c’est le jour de tabassage… Le Malien que la police de l’air et des frontières (PAF) a tenté de reconduire de Paris vers Bamako, samedi dernier, sur le vol Air France 796, l’a appris à ses dépens. « Quelques minutes avant la fermeture des portes, des cris au dernier rang de l’avion. Deux personnes tentent de contenir un homme d’une quarantaine d’années qui se débat violemment », racontent certains des passagers. Ils croient d’abord à une bagarre mais comprennent vite qu’il s’agit d’une reconduite à la frontière. Choqués, ils ont tenté de s’interposer, sans succès, puis ont témoigné par écrit de la façon dont les policiers ont maintenu le reconduit dans l’avion jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Leur témoignage a été relayé par le Réseau éducation sans frontières (RESF). Le réalisateur Laurent Cantet, présent dans le vol avec son équipe de tournage, est membre de l’association.

« L’un des policiers pratique un étranglement sur le passager, l’autre lui assène de grands coups de poing dans le ventre. Ses hurlements se transforment en plaintes rauques. Cette tentative de maîtrise dure dix bonnes minutes, peut-être plus, et suscite immédiatement chez les passagers un mouvement de protestation qui n’a aucun effet sur les violences en cours. Pour tenter de faire taire tout le monde, la [responsable de l’opération] explique que l’homme n’est pas un simple sans papiers, mais un repris de justice, soumis à la double peine. Cela semble à ses yeux justifier la méthode et toute la violence exercée sur lui. L’homme finit par être immobilisé et sanglé. Il perd connaissance, yeux révulsés, langue pendante, écume aux lèvres. Un mouvement de panique gagne les policiers. Ils prennent alors la décision de l’évacuer. Autour de nous, de nombreux passagers imaginent que l’homme est mort. »

L’homme n’est pas mort. Il a été placé en garde à vue pour « opposition à une mesure d’éloignement, refus d’embarquement et coups et blessures contre un policier ». Selon le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, du Codéveloppement et de l’Identité nationale, cité par Libération, le reconduit a ameuté les passagers en « assénant un coup de tête et mordant l’un des trois policiers ». Présenté dès dimanche devant la justice, le tribunal de Bobigny l’a laissé en liberté et a renvoyé l’examen de son dossier au 28 juin prochain.

Routine

Les reconduites violentes comme celle-ci ne sont pas rares. Le 26 novembre dernier, un agent de la PAF a été condamné à six mois de prison avec sursis pour « homicide involontaire ». Il avait provoqué la mort de Getu Hagos Mariam, un Ethiopien de 24 ans qu’il était chargé d’escorter avec deux confrères, en janvier 2003, de Roissy à Johannesburg (Afrique du Sud). Lors du procès, il avait expliqué avoir « appliqué exactement ce que [la hiérarchie] dit de faire dans ces situations ». Il avait indiqué qu’aucune instruction ne lui avait jamais été prodiguée sur la limite à ne pas atteindre avant d’interrompre une procédure, rejetant la responsabilité de cette interruption sur le commandant de bord.

Samedi dernier, celui-ci a attendu la fin des efforts de la PAF pour annoncer l’annulation du vol. Les gestes qui avaient conduit à la mort de Getu Hagos ont été interdits et une Unité nationale d’escorte, de soutien et d’intervention (Unesi) a été créée six mois après son décès. Mais les enseignements qui y sont prodigués ne permettent apparemment pas encore que la vie du reconduit prime sur la mesure de reconduite. Désigné comme le responsable de la rébellion, Michel Dubois, le directeur de production de Laurent Cantet, a été interpellé puis relâché. La police, selon le communiqué des passagers, l’a informé que des poursuites allaient être engagées contre lui.

 Lire le témoignage des passagers du vol AF 796

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