Assassinat des moines de Tibehirine : la version algérienne mise en doute

Nouvel élément dans l’affaire des moines de Tibehirine. Les conclusions des experts français évoquent une mort possible des sept moines français un mois avant la date annoncée dans un communiqué du GIA.

Le rapport des experts français, rendu public ce jeudi, relance les doutes sur la version officielle de l’Algérie sur l’assassinat des sept moines de Tibéhirine, en 1996, revendiqué alors par le Groupe islamique armé (GIA). Cette version était déjà jugée « simpliste » par l’avocat des familles des victimes, Patrick Baudouin.

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines trappistes étaient enlevés dans l’Atlas algérien. Leurs têtes ont été retrouvées deux mois plus tard au bord d’une route, leurs corps restent jusqu’à ce jour portés disparus. Un mystère qui intrigue toujours ; ont-t-il vraiment été tué par le GIA, selon la version des autorités algériennes? Deux autres thèses existent : la version d’une bavure de l’armée algérienne, ou celle d’une manipulation des services militaires algériens pour discréditer le GIA ou se débarrasser des moines.

Le rapport indique que les moines français de Tibéhirine ont été vraisemblablement tués plusieurs semaines avant la date avancée par le GIA algérien, dans sa revendication, selon une expertise judiciaire communiquée, ce jeudi 2 juillet 2015, aux familles. « Les experts ont la quasi certitude que la mort remonte (…) à trois ou quatre semaines avant (la revendication), entre le 25 et le 27 avril », a déclaré Patrick Baudouin lors d’une conférence de presse.

Les crânes ne présentent pas de traces de balles, ce qui pourrait écarter une bavure de l’armée, ni des lésions consécutives à des coups d’objets contondants. Des traces d’égorgement ont été retrouvées sur trois d’entre eux, souligne encore l’avocat selon lequel « aujourd’hui, nous ne savons pas comment ont été tués les moines ».

Les autorités algériennes se sont opposées à ce que les prélèvements soient rapportés en France. Quatre experts français ont alors été mandatés par le juge antiterroriste Marc Trévidic. Ils fondent leurs conclusions sur des prélèvements effectués, en octobre dernier, en Algérie, sur les crânes exhumés des religieux.