Assassinat d’Aissatou Boiro : la Guinée en deuil

L’ex-directrice nationale du Trésor Public guinéen, Aissatou Boiro, assassinée froidement vendredi 9 novembre, par des inconnus armés, dans le quartier huppé de Kipé, à Conakry, sera inhumée ce mardi dans sa préfecture natale, Koundara, ville située au nord-ouest de la Guinée. Le gouvernement a décrété ce mardi une journée de deuil national.

Le président guinéen Alpha Condé a décrété une journée de deuil national suite à l’assassinat d’Aissatou Boiro. L’affaire défraie la chronique dans la cité. Elle a fait la Une de tous les journaux de la place. La directrice nationale du Trésor Public guinéen a été assassinée vendredi 9 novembre à Kipé par des hommes armés alors qu’elle revenait du service aux environs de 21heures. Selon les membres de la famille de la défunte, la voiture de Mme Aissatou Boiro a été arrêtée par des individus lourdement armées. « Ils ont tiré sur elle dans la poitrine », précisent-t-ils. Pour l’instant, ses assassins n’ont pas été retrouvés. C’était mère de quatre enfants âgée de 58 ans était « honnête » et « incorruptible », selon son entourage.

Un combat sans merci contre la corruption

L’opinion publique guinéenne est très marquée par la mort de celle qui a mené une lutte sans merci contre la corruption et le détournement de fonds. Elle a été à l’origine du démantèlement d’un réseau qui tentait de détourner 13 milliards de Francs guinéens de la Banque centrale de la République de Guinée. Une affaire qui impliquait plusieurs cadres du Trésor public et lui a valu des menaces de mort. Au moins neuf personnes avaient été incarcérées grâce à l’action de cette femme au caractère bien trempé, alliant compétences et efficacité, selon ses pairs. Plusieurs organisations guinéennes des droits de l’Homme ont condamné cet homicide. Il réclame que les autorités fassent le nécessaire pour arrêter les responsables du crime et assurer la sécurité des Guinéens.

Le président de la République, le président Alpha Condé, de retour d’Abuja dimanche, du sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao), s’est également dit profondément choqué par cet assassinat et a promis que les auteurs du crime seront sévèrement punis. Il a déploré cette mort tragique et salué la bravoure de la défunte. « Aïssatou Boiro a été victime de son patriotisme. Elle a travaillé sans relâche et courageusement contre la corruption dans notre jeune démocratie. Elle nous quitte d’une manière dramatique et brutale, mais son travail ne sera pas vain. Notre lutte contre la corruption est difficile, mais elle continue. La Guinée a fait trop de chemin depuis 2010 pour revenir en arrière », a-t-il déclaré.

Un crime condamné par l’opposition

L’opposition guinéenne a vivement condamné le meurtre de la directrice générale du Trésor Public. Pour le jeune opposant Mouctar Diallo, président des NFD, « Personne n’est en sécurité. Chaque jour, nous retrouvons des corps sans vie à Conakry et à l’intérieur. Tous les citoyens sont exposés aux crimes organisés, même les étrangers sont attaqués et tués comme si nous n’étions pas dans une République. Le dernier cas le plus illustratif est celui de Mme Aissatou Boiro. Nous n’avons jamais connu une telle situation inquiétante auparavant ».

Le vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), Fodé Oussou Fofana, quant à lui dénonce le fait qu’en « soixante douze heures, avec le nombre de gendarmes, de policiers ou de militaires qu’on a dans ce pays, qu’on abat une Dame et qu’on n’arrive pas à retrouver les coupables. Et je suis convaincu qu’on ne les verra plus jamais ». Selon lui, « même les adversaires politiques ne sont pas épargnés de cette insécurité galopante en Guinée. Si quelque chose m’arrive, je tiendrai le gouvernement de monsieur Alpha Condé pour responsable ».