Assanatou Baldé : «Le film Un Paris d’Exil met en lumière le vécu intenable des migrants en France»


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Un Paris d'exil (26 octobre 21)
Un Paris d'exil

Le film documentaire «Un Paris d’Exil» de la réalisatrice Assanatou Baldé met en lumière les travers auxquels sont confrontés les exilés venus chercher refuge à Paris, en France, après avoir fui des conflits dans leur pays d’origine. Ce documentaire de 79 minutes est une interpellation sur la vie des migrants en France et l’illusion que de nombreux jeunes Africains se font sur l’Europe. Après la sélection de ce documentaire au festival «L’Afrique fait son cinéma», la réalisatrice Assanatou Baldé journaliste sénégalaise basée à Paris, collaboratrice d’Afrik.com et fondatrice de l’Agence de presse Afrique du 21e siècle (AP21) répond à nos questions.

Entretien

Afrik.com : Vous avez réalisée un film documentaire dénommé «Un Paris d’Exil, pourquoi ce titre ?

Assanatou Baldé : J’ai nommé ce film « Un Paris d’exil » car on y aborde le rude quotidien des exilés provenant d’Afghanistan, du Soudan, de la Somalie qui sont venus chercher refuge à Paris, après avoir fui des conflits dans leur pays d’origine. Le titre fait aussi référence au fait qu’ils pensaient trouver l’asile et la protection dans la capitale française, mais au lieu de cela ils vivent un deuxième exil à Paris car les autorités françaises les ignorent et les rejettent. En dormant à même le sol, sur des cartons, ils sont exilés de cette société dans laquelle ils avaient pourtant espoir de trouver refuge.

Quels sont les réalités que le film «Un Paris d’Exil» veut mettre en lumière ?

Un Paris d'exil (26 octobre 21)L’intrigue se déroule en août 2016, en plein Euro de football. Le film met en lumière la dureté du quotidien, à Paris, de migrants qui ont fui des conflits dans leur pays pour trouver refuge en France. Seulement, les autorités françaises ne veulent pas prendre en compte leur situation et les traitent comme si leur présence est illégale sur le territoire français, alors que ce sont des demandeurs d’asile. Leur situation est donc particulière et devrait mériter toute leur attention. Au lieu de cela, ils sont régulièrement confrontés aux forces de police qui ne leur donnent aucun répit, les dispersent régulièrement, en jetant leurs affaires et en les brutalisant.

L’accès aux personnes à interviewer a-t-il été facile ?

Nous voulions réellement montrer leur quotidien donc nous avons filmé de jour comme de nuit et même sous la pluie. Pour pouvoir aborder les migrants, on a d’abord été en immersion, pendant un certain temps, auprès d’eux. Nous avons passé du temps avec eux de jour comme de nuit. Il a fallu d’abord gagner leur confiance et leur expliquer notre démarche avant de débuter le tournage. Ils ont aussi compris que le film était l’occasion de montrer ce qui se passait et les injustices qu’ils subissaient, au quotidien, à Paris.

Votre film peut ainsi plaire en Afrique comme en Europe, mais pas pour les mêmes raisons ?

Le film peut être intéressant en Europe car cela permettra à beaucoup de personnes qui ont des préjugés sur les personnes migrantes de mieux comprendre leurs réalités et les raisons qui les poussent à braver d’énormes danger, et même la mort, pour chercher à avoir l’asile ailleurs. En Afrique, le film peut parler surtout aux jeunes qui pensent que l’Europe est un eldorado et sont prêts à risquer leur vie pour venir y vivre, alors que la réalité sur place est autre.

Quels messages lancez-vous à la jeunesse africaine après la réalisation de votre film ?

Le message que je lance à la jeunesse africaine est qu’elle doit croire en elle et en ses capacités. Son potentiel à transformer l’Afrique est énorme. Les jeunes doivent croire en ce continent qui a tout ce qu’il faut pour prendre son essor. Si les jeunes ne croient pas en l’Afrique, qui le fera à leur place? L’illusion d’un eldorado en Europe est totalement fausse. L’Eldorado n’existe nulle part. C’est à chacun de le créer de là où il se trouve. Que ce soit dans son village, son quartier, chacun peut participer à changer les choses et à améliorer le quotidien.

Quel est votre sentiment après la sélection du film «Un Paris d’Exil» au prestigieux festival «l’Afrique fait son Cinéma» ?

Je ressens beaucoup de fierté de voir le film sélectionné à un Festival tel que « L’Afrique fait son cinéma » qui met en lumière les productions des réalisateurs africains et de la Diaspora, qui sont souvent méconnus. Le film «Un Paris d’Exil» sera diffusé ce mardi 26 octobre, à  20 heures, au cinéma Lincoln, aux Champs Élysées.

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