Aristide quitte le pouvoir

Le Président haïtien Jean-Bertrand Aristide a démissionné, ce dimanche, sous la pression internationale. L’ex-chef de l’Etat est actuellement en Centrafrique, en attendant de trouver une terre d’asile. Son départ n’a pas permis à Haïti de retrouver le calme. Pour pacifier le pays, le Conseil de sécurité des Nations Unies vient de voter l’envoi prochain d’une force de paix multinationale.

Son obstination aura été vaine. Le Président haïtien Jean-Bertrand Aristide a démissionné dimanche pour  » éviter un bain de sang « . Une décision qu’il a prise dans la douleur, après avoir répété à maintes reprises qu’il ne quitterait pas le pouvoir avant le terme de son mandat, fin 2006. La pression internationale, qui s’est particulièrement accentuée ces derniers jours, a joué un rôle décisif dans cette retraite anticipée. Une retraite précipitée, qui a provisoirement conduit l’ancien chef d’Etat en Centrafrique. Laissant le pays aux mains des pro-Aristide et de l’opposition armée, en attendant l’arrivée prochaine d’une force de maintien de la paix multinationale.

Pression intense

Ces derniers jours, la pression internationale était devenue oppressante. Une pression initiée par la France, qui estime que le gouvernement est responsable des troubles qui secouent le pays depuis près d’un mois. Le Canada a ensuite rejoint la position de Paris. Les Etats-Unis, qui avaient aidé le Président déchu à revenir au pouvoir après un coup d’Etat en 2001, sont restés plutôt discrets jusqu’à ce samedi. Washington, dans un communiqué, a déclaré que  » son échec (celui d’Aristide, ndlr) à appliquer les principes démocratiques a contribué à la profonde polarisation et aux troubles violents que vit aujourd’hui Haïti « .

Très tôt le matin de l’annonce de sa démission, le premier Président du pays démocratiquement élu certifiait encore aux officiels américains qu’il se refusait à quitter le pouvoir avant la fin de son mandat. Mais quelques heures plus tard, il abdiquait et était escorté, non sans quelque résistance, par des Marines américains à l’aéroport. Il aurait fait une escale à Saint-Domingue avant de s’envoler, avec sa femme, ses trois enfants et une quarantaine d’aides, pour la République Centrafricaine, où il est arrivé ce lundi.

Le choix de cette destination provisoire reposerait, selon certaines sources, sur une idée américaine qui émanerait du chef d’Etat gabonais, Omar Bongo Ondimba. Des incertitudes planent aussi sur le pays qui accueillera l’ancien homme fort d’Haïti. Panama, Taiwan et l’Afrique du Sud sont notamment cités comme pouvant lui offrir l’asile. Aucun d’eux n’a pour l’instant certifié sa volonté de le recevoir.

Force de paix urgente

A Haïti, le départ de Jean-Bertrand Aristide n’a pas ramené la paix pour autant. Ses supporters et ses opposants s’affrontent toujours sur le terrain. Des commissariats ont été mis à sac et des stations d’essence incendiées. L’opposition appelle au calme, ainsi que Guy Philippe, l’un des chefs rebelles. Mais ce dernier a déclaré, ce lundi sur RFI, qu’ils ne déposeront les armes que lorsqu’un  » gouvernement de consensus national, où tous les secteurs seront représentés « , verra le jour.

Les dissidents avaient refusé tout plan de solution à la crise qui prévoyait le maintien de l’ex-Président à son poste. C’est le président de la Cour de cassation du pays, Boniface Alexandre, qui assurera l’intérim au sein du gouvernement de transition comme le prévoit la constitution. Le nouveau Président devrait avoir moins de pouvoirs, au profit du Premier ministre. Yvon Neptune, celui qui détient actuellement cette fonction, devrait être remplacé dans les jours à venir, selon l’administration américaine.

Pour participer au rétablissement d’un climat pacifique, le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté, dimanche soir à l’unanimité, l’envoi prochain d’une force multinationale. Elle devrait opérer pendant un minimum de trois mois. Les premiers éléments, les forces spéciales canadiennes et deux cents Marines américains, sont déjà sur place pour sécuriser l’aéroport. La France enverra, pour sa part, deux cents militaires antillais qui devraient être rejoints par une centaine de gendarmes de la métropole.