Areva négocie la paix avec le Niger

Une semaine après l’expulsion du directeur d’Areva-Niger, le groupe nucléaire français renouvelle ses contrats avec le gouvernement du président Tandja, moyennant une augmentation immédiate du prix de l’uranium. L’accusation de soutien aux rebelles touaregs portée par le Niger contre Areva a été un redoutable levier de négociation.

Considéré comme l’ennemi public numéro un la semaine dernière, Areva a annoncé jeudi avoir renouvelé ses contrats avec le gouvernement du président Tandja. « L’accord prévoit un relèvement immédiat du prix de l’uranium » (61 euros par kilo contre 41,6 auparavant, accord rétrocatif au 1er janvier), précise la direction du groupe. Ce rebondissement intervient après l’expulsion le 26 juillet de Dominique Pin, directeur d’Areva-Niger. Nicolas Sarkozy avait alors immédiatement fait part de son intention de prendre une « initiative » pour régler le contentieux.

Rétablir « la confiance »

Interrogé en milieu de semaine, le secrétaire d’Etat français à la Coopération avait indiqué que la situation était en voie d’apaisement. Jean-Marie Bockel avait auparavant rencontré à Paris la ministre nigérienne des Affaires étrangères, Aichatou Mindaoudou. Il se rendra néanmoins à Niamey, samedi, pour selon ses services aider à rétablir la « confiance ».

Les autorités nigériennes reprochent officiellement à Areva de soutenir et de financer les rebelles touaregs dans le nord du pays. Des accusations formellement démenties par le groupe français qui assure avoir joué de malchance quand une partie des soldats chargés de la sécurité du site d’Imouraren a rejoint la rébellion.

« Rien ne sera comme avant »

Invité mercredi dernier à la télévision nigérienne à l’occasion de la fête nationale, le chef de l’Etat avait déclaré que le Niger n’avait « nullement l’intention de chasser » le groupe nucléaire français. Il avait aussi annoncé son intention de renégocier le contrat d’extraction d’uranium d’Areva : « En 2008, nous allons négocier ferme, et l’uranium est notre produit, et il sera vendu à notre profit, car rien ne sera comme avant ». Les choses visiblement n’ont pas traîné.

Le précédent contrat fixait le prix de vente de l’uranium à 27 300 francs CFA (41,6 euros) par kilo jusqu’à fin 2007. Un montant largement inférieur au marché international, selon le Premier ministre nigérien Seini Oumarou, qui se situerait à 122.000 Francs CFA (186 euros). La direction d’Areva indique que le prix du minerai est fixé à l’avance par un accord commun réévalué annuellement. C’est ensuite la société française qui commercialise l’uranium sur un marché « spot » soumis aux fluctuations de l’offre et de la demande.

« Le Niger…une fille choyée »

En deux ans, Le prix de l’uranium a fortement progressé, passant de 20 dollars la livre en 2005 à 90 début 2007. Cette hausse est notamment due à l’épuisement des stocks d’uranium militaires qui entraîne une forte tension sur les ressources naturelles. Pour le Niger, pays le plus pauvre au monde selon les Nations unies, « l’affaire Areva » est une opportunité en or pour faire monter les enchères.

« Il est tout à fait normal aujourd’hui que le Niger soit une fille choyée, et il n’y pas qu’un seul homme qui l’aime », a souligné M. Oumarou. Ces derniers mois, les autorités nigériennes ont accordé une soixantaine de nouveaux permis d’exploitation à des entreprises étrangères, notamment chinoises, canadiennes, britanniques et indiennes. Le Niger est la seconde source de production d’uranium d’Areva, qui espère visiblement rester un acteur économique majeur dans le pays. Interrogé par Afrik ce vendredi, la direction du groupe ne pouvait dire si la mesure d’expulsion de Dominique Pin était abandonnée.

Photo : le président nigérien Mamadou Tandja

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