Après les siens, Mswati III fait des siennes

Le roi swazi, furieux de voir exposées jour après jour les frasques de sa nombreuse et puissante famille, a décidé de museler pour de bon la presse et la justice de son pays. A Mbabane, rien de nouveau, hélas.

Le roi du Swaziland, Mswati III, a franchi une étape nouvelle dans le bras de fer qui oppose sa famille aux organes démocratiques de son pays en déclarant ce week-end l’état d’urgence et en suspendant la possibilité de libération sous caution pour les Swazis se rendant coupables de  » se moquer de lui « . Le décret royal, nous apprenait hier l’AFP,  » permet de passer outre aux jugements récents de tribunaux en faveur de la presse et de l’opposition « .

Le dernier monarque absolu du Continent a aggravé, par cette décision, un processus qui contraint ses sujets à vivre dans une inexplicable  » urgence  » politique depuis 1973, année de l’accession au pouvoir du souverain.

Entre-temps, la famille entière de Mswati III s’est emparée de toutes les espèces de pouvoirs dans cette petite enclave de l’Afrique du Sud. Le Premier ministre est un frère du roi. D’autres frères détiennent les principaux portefeuilles ministériels, tel Sobandla Dlamini, ministre de l’Intérieur et alcoolique patenté, qui n’a pas hésité, devant les caméras de télévision, à rouer de coups de pied des journalistes après une défaite de l’équipe de foot nationale. D’autres enfin, oncles, neveux et vagues cousins, exercent une  » délégation  » de droit divin sur une parcelle du territoire national. C’est le cas, par exemple, de Maguga Dlamini, qui a fait expulser en octobre dernier 200 habitants d’un domaine qui venait d’être attribué à son usage personnel. Quant au parlement élu, il ne comprend que des membres désignés candidats uniques par la famille régnante des Dlamini.

Rire jaune

Ce pouvoir personnel multiplié à l’échelle d’une nombreuse fratrie est exercé de la façon la plus ubuesque et incohérente qui soit. L’absurdité est bien le seul élément persistant dans toutes les politiques conduites à Mbabane depuis presque trois décennies.

Etat pauvre et appauvri encore par l’attitude de ses dirigeants, le Swaziland est un Etat faible. Mais il délègue son pouvoir de répression aux chefs de clan locaux, couverts par décrets de téléphones portables, de voitures avec chauffeurs et même de salaires non négligeables. La capacité de résistance à l’effondrement du régime est donc grande.

La démocratisation du voisin sud-africain a pourtant fait souffler un vent nouveau de liberté dans l’ancien bantoustan isolé. Les tribunaux n’hésitent plus, désormais, à casser les décisions les plus injustes du roi. Une presse pugnace et courageuse (The Guardian of Swaziland et The Nation principalement) porte souvent le fer contre les abus de pouvoir de la famille royale, insiste sur les turpitudes et les tares de nombreux  » responsables  » incompétents et accapareurs.

Que va-t-il se passer désormais ? Tous les décrets du monde n’empêcheront pas les Swazis de rire de leur roi, mais ils continueront sans doute à rire jaune. Car en dépit de sa faillite et malgré l’opprobre générale et le ridicule national, la famille Dlamini n’a pas commis sa dernière bourde.