Antiquités volées : le Nigeria dans la mêlée

Nigeria, important patrimoine culturel largement pillé. Le 7 avril dernier, le Nigeria s’est joint au combat de l’Egypte et d’autres pays afin de demander le retour de ses antiquités volées. En janvier, la France avait rendu au Nigeria trois terres cuites des civilisations Nok et SoKoto, ouvrant peut-être ainsi la voie vers une restitution plus massive des autres musées encore réticents à se lancer dans l’aventure. Avant cette date, beaucoup de demandes du pays étaient restées vaines.

Une opportunité à saisir ? Le Nigeria vient de s’engager aux côtés de l’Egypte et d’autres pays dans le combat pour récupérer ses antiquités volées. Au nombre des demandes figurent notamment celles portant sur un masque de la reine Idia, conservé au British Museum de Londres, et une tête de bronze d’Olokun actuellement au musée de Francfort.

Tunde Babawade, directeur du Centre pour la civilisation et les Arts Noirs et Africains (CBAAC), estime qu’environ « 10 000 œuvres ont été sorties illégalement du territoire nigérian ». Selon lui, ces pillages dateraient du 19ème siècle, notamment en « 1897 où des britanniques se sont emparés de trésors du royaume du Bénin », l’actuel Nigeria.

Selon le professeur Tunde Babawade, le Nigeria s’est engagé dans cette lutte aux côtés de l’Egypte et des autres pays du sud « à cause de l’importance de ces antiquités volées. Elles permettent aux gens d’un pays de s’identifier, elles créent des liens entre le passé et le présent. Elle sont des symboles de l’identité d’une nation ».

Une autre raison justifie, aux yeux du professeur, l’importance pour le Nigeria de rapatrier ses antiquités volées. « Ces antiquités sont des sources de revenus, elles attirent des touristes », et permettent ainsi de contribuer à renforcer l’économie du pays, a-t-il précisé.

Un combat de longue date

Cette lutte du Nigeria est ancienne. En 2001, le professeur Omotoso Eluyemi ancien directeur général de la NCMM (Comission Nationale des musées et monuments) avait déclaré au Time magazine : « Ces objets d’Art sont les reliques de notre histoire. Pourquoi devrions nous les perdre au profit de l’Europe ? Si vous allez au British Museum, la moitié des choses qui s’y trouvent viennent d’Afrique. Il devrait s’appeler le Musée de l’Afrique ». En janvier 2002, l’Assemblée Nationale communiqua les demandes de rapatriment des antiquités du Nigeria. Les parlementaires demandèrent au président de l’époque, Olusegun Obasanjo, d’émettre une requête de rapatriement des antiquités volées durant la colonisation britannique au 19ème siècle.

En janvier dernier, la France a notamment rendu trois terres cuites des civilisations nok et sokoto au Nigeria. Ce rapatriement marque le début d’un résultat dans la campagne lancée par le pays africain. Cependant, beaucoup d’autres musées occidentaux semblent encore réticents à autoriser de tels retours.

En 1970, une Convention internationale de l’UNESCO était signée. Cet accord, dont le pays était signataire, visait à prévenir toute exportation illégale, et engageait les pays victimes de pillages à se mobiliser pour récupérer leurs antiquités volées. Seul hic, la convention ne concernait que les objets pillés après la signature de l’accord, alors que la plupart des objets nigérians concernés l’ont été durant la colonisation britannique du 19 ème siècle. Ce qui explique peut-être pourquoi le Nigeria n’a jamais fait officiellement appel à la convention de l’UNESCO pour récupérer ses trésors.

Sous la houlette de l’Egypte, le Nigeria et d’autres pays espèrent arriver à une révision du texte afin d’y inclure des articles concernant la restitution d’objets plus anciens.

Le combat, bien que fort symboliquement, n’a pas encore abouti à une action concertée. Selon Tunde Babawale : « Le seul moyen par lequel le gouvernement nigérian peut avoir un impact significatif dans la restitution des antiquités est d’amener toutes les parties prenantes devant le tribunal ». Ogbonna Onovo, inspecteur général de police, considère également qu’il est important d’en faire appel à la loi. Il ajoute qu’il est nécessaire d’avoir « un inventaire des collections de propriété culturelle et des repères utilisant des critères qui pourront permettre de rendre facile et rapide de faire circuler l’information dans le cas d’un vol ».
Reste à savoir si cette lutte commune sera bénéfique pour le Nigeria. Tunde Babawade est confiant : « Il est évident que ce combat sera utile au Nigeria, car les objets demandés portent le poids de la culpabilité ».