Angola : les raisons d’un imbroglio sanguinaire

Alors que l’Angola est sous domination portugaise, trois groupes indépendantistes se forment dans les années 1950 : le MPLA, le FNLA et l’UNITA. Après de longues années de lutte contre l’ennemi commun, le pays conquiert son indépendance mais pas la paix. En effet, les triomphateurs du Portugal, instrumentalisés et aidés par de nombreux Etats, se livreront une guerre sans merci en mettant le pays à feu et à sang.

Le dictateur portugais António de Oliveira Salazar, attaché à son empire colonial, décide de transformer l’Angola en « province d’outre-mer » en 1951. Dès lors, les Angolais, sous certaines conditions peuvent devenir citoyens portugais. Cette réforme ne charme pourtant pas la population, décidée à s’émanciper de la tutelle oppressive de Lisbonne. Divers groupes indépendantistes sont donc fondés dans les années 1950 : Le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) d’orientation marxiste et regroupant beaucoup de métis et citadins, l’Union des populations du Nord de l’Angola (UNPA) plutôt pro-occidentale et rurale, et enfin l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA), expression de l’ethnie Ovimbundu. L’UNPA, devient rapidement le Front national de libération de l’Angola (FNLA).

En pleine Guerre froide, les Etats vont instrumentaliser ces différents mouvements et se faire une guerre à distance, sur les ruines de l’empire portugais. L’objectif pour chaque camp est de gagner un nouvel allié au lendemain d’une indépendance inévitable. Les hostilités commencent véritablement le 4 février 1961, suite à « l’insurrection de Luanda » menée par la MPLA qui massacre 2 000 colons. Les représailles, qui font 10 000 victimes, sont condamnées par l’ONU et déclenchent la lutte armée.

Indépendance ne rime pas avec paix

Lisbonne dépêche alors sur place un contingent d’environ 200 000 hommes. Cette démonstration de force montre aux Angolais que le Portugal n’est pas prêt à décoloniser leur terre, bien au contraire. Riche en diamants, pétrole, coton, sucre, café, bois et main-d’œuvre gratuite, la colonie est d’une importance capitale pour l’économie portugaise et le prestige de Salazar. Suite à la formation par le FNLA d’un gouvernement en exil à Léopoldville (actuelle Kinshasa) en 1962, il décide d’abolir le travail forcé, de développer réellement le pays et d’offrir la nationalité à tous les Angolais. Un sursaut tardif, qui force Lisbonne à ouvrir sa colonie aux Occidentaux, moyennant un soutien diplomatique ou financier.

Les Français, les Américains, les Belges, les Sud-Africains, les Israéliens, et même les Congolais de Mobutu profitent de l’aubaine et investissent dans le pays. Ces derniers, assurent leurs arrières en finançant également le FNLA en cas d’indépendance. Tout comme la Chine, alors prête à tout pour gêner l’Union soviétique. Les Etats-Unis appuient de même l’UNITA de Jonas Savimbi, afin de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. Voyant la situation leur échapper, les Soviétiques et les Cubains se rangent quant à eux sans réserve derrière le MPLA. L’imbroglio angolais est en train de naître.

Lors de cette guerre coloniale qui absorbe 40% du budget de l’Etat portugais, 3 300 soldats portugais sont tués tandis que le Mozambique et la Guinée-Bissau se révoltent également. Cette situation dans les colonies déclenche à Lisbonne la « révolution des Œillets », qui chasse du pouvoir Marcelo Caetano, le successeur de Salazar, le 25 avril 1974 :

Les nouvelles autorités portugaises réunissent alors les représentants du MLPA, du FNLA et de l’UNITA pour des négociations, qui aboutissent aux accords d’Alvor. Cependant, les 300 000 colons portugais sont évacués dans l’urgence et les trois groupes s’affrontent dans Luanda, la capitale.

A l’heure des interventions étrangères et du chaos

Les Etats-Unis, qui pensent que les Soviétiques préparent une opération, soutiennent dans un premier temps l’invasion de l’Angola par l’Afrique du Sud. En effet, les autorités sud-africaines ne veulent pas que le MPLA marxiste, qui prend le dessus dans les villes, installe un régime hostile à leurs portes. En réponse, Agostinho Neto, le leader du MPLA, proclame l’indépendance de la « République populaire » d’Angola le 11 novembre 1975 à Luanda. Le même jour, le FNLA et l’UNITA, nouvellement alliés, proclament la « République démocratique et populaire » d’Angola, dans la ville de Huambo.

Un mois plus tard, après réflexion, Washington lâche l’Afrique du Sud. Furieux, les Sud-Africains se retirent mais apportent une aide logistique à l’UNITA, afin de protéger la frontière nord de leur colonie du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie) contre les infiltrations de l’organisation indépendantiste SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest africain). Les troupes zaïroises sont également entrées en Angola en soutien au FNLA, qui menace de prendre Luanda. Mais, Cuba envoie des milliers de soldats qui anéantissent presque totalement le FNLA, et qui occupent rapidement une grande partie du pays sans toutefois parvenir à chasser la guérilla de l’UNITA :

L’UNITA devient alors le seul partenaire des Occidentaux et de leurs alliés, et le MPLA conserve ainsi le soutien de Cuba, de l’Union soviétique et des Etats communistes africains.

La mort de Neto et la venue d’une paix fragile

En 1979, Neto décède et se fait remplacer par Dos Santos, qui désamorce progressivement la guerre en se tournant davantage vers les Occidentaux. Il comprend en effet que le rapport de force change, et que les Etats-Unis prennent le dessus dans cette fin de Guerre froide. La Namibie devient indépendante en 1990 et un an plus tard, les accords de Bicesse sont signés. La chute de l’Union soviétique n’y est sans doute pas pour rien. Ces accords comportent un cessez-le-feu et l’organisation d’élections sous le contrôle des Nations unies. Elles aboutissent à la victoire du MPLA (49%) sur l’UNITA (40%), et inévitablement à la reprise des combats. Un second accord de paix sera accepté à Lusaka en Zambie, le 20 novembre 1994. Accord rompu quelques mois plus tard.

Finalement, un gouvernement d’union nationale est enfin formé en 1997, mais l’UNITA en sort après un an en reprenant les armes. Cette attitude pousse le Conseil de Sécurité des Nations unies à lui imposer des sanctions. Le MPLA en profite donc en 1999 pour écraser presque totalement son concurrent et tuer son leader, le 22 février 2002. La même année, un nouvel accord est signé avec ce qui reste de l’UNITA et met fin à 27 ans de conflit, qui laissent un pays dévasté. L’Angola : un Etat martyr, trop riche et stratégique pour demeurer durablement en paix ?

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