Ambohimanga, la colline bleue

Parmi les 31 nouveaux sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco en décembre 2001, quatre se situent en Afrique subsaharienne : Tsodilo, au Botswana, la colline royale Ambohimanga, à Madagascar, la vieille ville de Lamu, au Kenya et les tombes des rois du Buganda à Kasubi, en Ouganda. Zoom sur la colline bleue.

Onze ans après la Réserve naturelle de Bemaraha, la colline royale d’Ambohimanga, à Madagascar, vient de rejoindre la Liste du patrimoine mondial. Lieu de métissage des cultures asiatiques et africaines, associant étroitement le culte des ancêtres et celui de la royauté, Ambohimanga est le symbole le plus significatif de l’identité culturelle du peuple malgache. A la fois site historique et lieu sacré, la colline bleue, qui culmine à 1 468 mètres, est aussi un témoignage des pratiques agricoles traditionnelles, notamment les rizières en terrasses irriguées. Les plantes locales – d’une grande variété – rivalisent en beauté avec les splendeurs architecturales de la cité royale d’Ambohimanga.

Splendeurs architecturales

Le Rova (cité royale fortifiée), datant du 15e siècle, a connu son essor entre 1740 et 1794, année où le palais royal a été transféré à Antananarivo, actuelle capitale malgache. Ayant gardé son statut de capitale religieuse, Ambohimanga a continué à abriter les restes des souverains décédés. Leurs tombeaux se trouvaient dans la partie Est de la cité, espace sacré, réservé au culte des ancêtres. Les dépouilles reposaient dans une maison mortuaire de bois, le Tranomanara, avant d’être transportées jusqu’aux tombeaux, où les rois, devenus ancêtres, continuaient d’exercer un pouvoir de protection et de sanction sur les vivants.

Onze rois y reposaient jusqu’en mars 1897, quand les autorités françaises, qui avaient colonisé Madagascar un an plus tôt, ont décidé de les transférer à Antananarivo. Une pelouse pousse maintenant là où se dressaient jadis les tombeaux, mais la cité n’a pas perdu son âme. Elle demeure un haut lieu de l’histoire et de la spiritualité malgache.

Fontaine sacrée

Outre la cité royale, entourée de 14 portails de pierre fortifiés, le site d’Ambohimanga comprend une fontaine sacrée (source naturelle dont l’eau est considérée comme purificatrice), l’étang sacré d’Amparihy, où l’on lavait rituellement les viscères des rois défunts, afin de purifier la société, des bois sacrés (vestiges des vastes forêts qui recouvraient jadis la colline), les rizières en terrasse qui traduisaient le pouvoir économique du souverain, des dragonniers et des figuiers, dits  » royaux  » car réservés à la Cour, ainsi qu’une série de lieux de culte, dont certains sont l’oeuvre de l’homme et d’autres, de la nature.

La gestion d’Ambohimanga est aujourd’hui confiée à la municipalité et à la Direction du Patrimoine culturel. Le financement – 20 000 dollars, soit environ un sixième des frais – vient de l’État et de 60 % des droits d’entrée perçus. Des subventions extérieures ont été obtenues pour des travaux de restauration et des campagnes de publicité.

Plus de 40 000 personnes visitent chaque année Ambohimanga, dont environ 12 000 touristes étrangers, sa capacité d’accueil étant de 1 000 visiteurs par jour. L’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco contribuera sans doute au développement du tourisme et permettra de mobiliser les institutions nationales et internationales en faveur d’une gestion et d’une préservation efficaces.

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