Ambiance de Ramadan à Libreville

Les musulmans de Libreville regrettent l’ambiance qui prévalait il y a quelques années lors du Ramadan. Celle où la solidarité faisait infailliblement foi. Leur consolation : la croissance exponentielle du nombre de fidèles. Un phénomène encourageant qu’ils expliquent par l’arrivée d’étrangers de confession musulmane et la croissance des conversions.

De notre envoyée spéciale Habibou Bangré

Une petite galerie marchande islamique à l’heure du Ramadan. Juxtaposée à une mosquée, elle-même à quelques mètres du commissariat central de Libreville, ses petites boutiques de bois et de tôle ne paient pas de mine. En cette matinée pluvieuse, ce décor sobre serait morose s’il n’y avait pas tant d’odeurs et de couleurs. Des tapis de prière jaunes ou rouges suspendus sur des fils tranchent avec la grisaille ambiante. Une senteur d’eau de rose et d’encens masque l’humidité. Sur les étagères de chaque boutique : des livres, des cassettes audio sur la religion, des chéchias, des chapelets et même, à côté des Corans, des textes d’explication de la Bible ou encore des dattes fraîches ou sèches. Un silence serein règne : le Ramadan bat son plein. A l’entrée, des hommes sont assis sur des bancs. Certains ont l’air pensif ou fatigué. Pour le moment, pas de clients. Les vendeurs restent abrités en patientant et en attendant la prière de la mi-journée.

Comme dans le reste du monde musulman, le mois du jeûne est surtout synonyme de nouveau départ. « Tous les péchés commis dans l’année sont effacés, explique Ibrahim, conseiller politique du ministre du Travail. On ressort du Ramadan avec l’innocence d’un nouveau-né. » Alioune, un policier de 51 ans converti à l’Islam depuis 1974, souligne le caractère protecteur du mois sacré en s’inspirant d’un hadith. « Durant cette période, Dieu bloque les portes de l’enfer. » « Les démons sont comme enchaînés », rebondit Nadjim, d’une année son cadet. Quant à Moussa, 12 ans, il pense que cette pratique religieuse lui permettra « d’avoir une vie meilleure dans l’au-delà ».

C’était mieux avant

Pendant le mois sacré, le mot « solidarité » prend tout son sens, les liens familiaux se resserrent, la fraternité est exacerbée. Une atmosphère qui s’est émoussée, selon les fidèles de la galerie islamique. « Il y a quelques années, les familles qui en avaient les moyens offraient des plats chauds à la mosquée. On nous apportait de la soupe, du riz, de la viande, du couscous avec du lait ou encore de l’eau glacée pour l’iftar (rupture du jeûne en arabe, ndlr). Tout le monde mangeait ensemble. Les célibataires n’avaient donc pas à rentrer chez eux et à cuisiner, alors qu’ils sont fatigués. Aujourd’hui, un an sur deux, nous n’avons rien », regrette Nadjim. Alors qu’Adam, un de ses amis, évoque ce déclin par les conséquences de la crise économique, Nadjim pointe du doigt le changement de mentalités. « Les gens veulent moins offrir par piété, ce qui atteste d’un recul de leur foi. »

Paradoxalement, les musulmans affluent pourtant en nombre dans les mosquées. « Elles sont même plus remplies que les églises le vendredi », souligne Nadjim. Une augmentation qui, depuis quelques temps, se confirme aussi le restant de l’année. « Les Gabonais représentent une minorité. Mais les Maliens, les Sénégalais, les Togolais ou les Béninois, immigrent en masse dans le pays et poursuivent la pratique de la religion, ce qui fait croître le nombre de fidèles », expliquait Yacouba, un conducteur de taxi malien, sur la route menant à la galerie. Pour beaucoup, cette évolution suffit à prouver qu’il y a bien plus de 1% (chiffre officiel) de musulmans au sein de la population.

Plus de 1 400 convertis

D’autant plus que les convertis viennent également gonfler le nombre des fidèles. Assana Mamadou, de passage avant de récupérer ses enfants à l’école, se risque même à une estimation. « Je ne serais pas surprise qu’un quart de la population soit musulmane, Gabonais et étrangers compris », estime la responsable des femmes musulmanes haoussas, affiliées au Conseil supérieur des affaires islamiques du Gabon.

Depuis le début des années 80, Sidiki Diallo note dans un cahier tous les noms des hommes et des femmes qui ont choisi de se tourner vers l’Islam. « Jusqu’à présent, nous avons 1 413 convertis à qui j’ai enseigné la Fatia (premier chapitre du Coran, qui sert de base pour faire les prières, ndlr) et comment faire les ablutions, souligne ‘Papa Diallo’. Ce chiffre ne tient compte que de ceux qui fréquentent la mosquée centrale (celle qui se trouve juste à côté de la galerie, ndlr) », précise le religieux malien, assis à l’entrée de sa petite boutique d’articles islamiques.

Bientôt treize heures. A défaut de vendre, un homme en coiffe un autre. Quelques âmes viennent saluer les vendeurs de la galerie, parapluie en main : la pluie ne s’est toujours pas arrêtée. Un vendeur, assis sur une natte dans sa boutique, un chapelet à la main, récite en silence. Au bout d’une demi-heure, il se lève. C’est l’heure de la prière de 13h30.