Alpha Condé à Dakar : « Le Sénégal est le bastion de l’opposition guinéenne »

Le Président guinéen Alpha Condé est attendu, ce jeudi 6 août, à Dakar, dans la capitale sénégalaise, où il doit rencontrer son homologue Macky Sall pour une visite officielle, sa première depuis son élection à la tête de la Guinée. Pour analyser le véritable enjeu de la visite d’Alpha Condé, « Afrik.com » s’est entretenu avec Ibrahima Sory Diallo, consultant politique et minier basé à Conakry, dans la capitale du pays.

Interrogé sur le but de la visite officielle d’Alpha Condé à Dakar, Sory Diallo rétorque : « Alpha Condé veut renouveler les relations entre la Guinée et le Sénégal. Il faut dire que ce voyage a été très bien préparé ici en Guinée. Il convient d’ajouter également que l’enjeu principal de cette visite est de rencontrer la communauté guinéenne. Il y a plus de deux millions de Guinéens vivant au Sénégal. Le Président Alpha Condé est aussi en période pré-électorale, donc il a besoin de rencontrer les Guinéens de l’étranger ».

Sur la question de savoir pourquoi Alpha Condé se focalise tant sur le Sénégal alors qu’il est entouré par des Africains avec qui il entretient d’excellentes relations diplomatiques, notamment le Mali, Sory répond que « le Sénégal est le bastion de l’opposition guinéenne. Ce voyage est très important pour le Président. D’ailleurs, il avait même annulé sa visite à la suite d’une alerte à la bombe. Mais là, il y retourne à nouveau. Comme je vous l’ai dit, il est en période pré-électorale et la communauté guinéenne vivant au Sénégal est extrêmement importante pour Alpha Condé ».

Le spécialiste souligne que de nombreuses questions seront au centre de la rencontre entre Macky Sall et Alpha Condé, dont la lutte contre Ebola, la situation au Nigeria où Boko Haram fait de nombreux dégâts, la guerre au Mali, la coopération bilatérale entre les deux pays. Mais pour Sory Diallo, l’essence de la visite du Président réside toujours dans sa volonté de rencontrer la diaspora guinéenne au Sénégal.

Le consultant a aussi profité de cet entretien pour évoquer la situation politique très tendue, marquée principalement par l’entrée en lice de l’ex-putschiste Dadis Camara dans l’arène politique. Là également, le spécialiste ne mâche pas ses mots. « La situation est très critique. Il y a un blocage. Il faut dire que les accords signés par la classe politique guinéenne n’ont jamais été respectés ».

« Une situation économique peu enviable »

Ibrahima Sory Diallo cite les accords du 14 février 2010 et ceux du 8 juin 2013. Le premier visait l’organisation des Communales, des Législatives et de la Présidentielle. Le second visait une organisation des Législatives. Pour le consultant politique guinéen, il existe une véritable cacophonie au sein de la classe politique en Guinée. Un désaccord favorisé, selon lui, par une mésentente sur le fichier électoral.

Le journaliste indépendant a également abordé le thème de la liberté d’expression avec la disparition de Chérif Diallo, journaliste guinéen dont le sort inquiète la population. Sory Diallo avoue qu’il y a effectivement un problème de liberté d’expression dans son pays. Mais seulement en partie. « Il y a un problème de liberté d’expression, mais seulement en partie. Pour le cas de Chérif Diallo, il faut savoir qu’une marche a été organisée par les journalistes et il y a eu la présence de deux ministres du gouvernement ».

Sur le plan économique de la Guinée, Sory Diallo dresse un bilan assez sévère. « Ebola a fortement touché l’économie guinéenne. L’économie est stagnante. Elle ne bouge pas. Ce qu’il faut souligner est que l’amélioration de l’économie n’a aucune répercussion sur le quotidien du Guinéen. Les Guinéens sont dans l’informel. Il n’y a pas d’emplois en Guinée ».