Alpha Blondy : la voix de la paix

Alpha Blondy a été nommé, le 21 septembre dernier, Messager de la paix de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). A la veille de son concert, qui aura lieu ce jeudi 17 novembre au Zénith à Paris, Afrik l’a rencontré pour recueillir ses impressions quant à sa nouvelle charge. Entretien avec un homme inspiré.

Alpha Blondy fait mentir l’adage. La star incontestable du reggae ivoirien est bien prophète chez lui. Sa clairvoyance, son franc-parler et sa faculté à communiquer avec tout ivoirien font de lui un Messager de la paix idéal pour la Côte d’Ivoire. Celui que les jeunes, quelle que soit leur appartenance politique, considèrent comme un ‘grand-frère’ a bien l’intention de faire revenir la paix chez lui. Pour cela, il compte sur la coopération de tous, notamment des politiques, les principaux acteurs, selon lui, du drame ivoirien.

Afrik.com : Qu’est ce que vous avez ressenti en apprenant votre nomination comme Messager de la Paix en Côte d’Ivoire ?

Alpha Blondy :
J’ai éprouvé une grande émotion et puis j’ai commencé à me poser des questions. Je me suis demandé si je serai à la hauteur. Quand j’ai été officiellement nommé, j’avoue que je me suis adressé à Dieu. Je lui ai dit : « Seigneur, tu viens de me confier une tâche très lourde, guide ma pensée, ma parole afin que je sois inspiré et que cette inspiration puisse apaiser les cœurs et éteindre le feu qui ravage la Côte d’Ivoire ». J’espère et je prie pour être chaque jour à la hauteur de l’honneur qui m’a été fait.

Afrik.com : Vous sentez-vous, en tant que Messager de la paix, aussi responsable que les leaders politiques ivoiriens ?

Alpha Blondy :
C’est une responsabilité différente parce qu’apolitique. Je me sens tout aussi bien responsable du citoyen lambda que des politiques.

Afrik.com : Le germe de la division est entré dans le cœur de certains en côte d’Ivoire. La division nord-sud semble consommée alors que, jusque-là, les différents groupes ethniques présents sur la Terre d’Eburnie vivaient en bonne entente. Vous l’avez dit, pour vous cette guerre est une guerre de cour commune. Dans ce contexte, que va faire le Messager de la Paix que vous êtes pour empêcher que la haine n’envahisse totalement le cœur des Ivoiriens ?

Alpha Blondy :
Je pense qu’il faut recentrer le débat. Il y a des querelles entre politiciens qui utilisent tous les arguments possibles pour avoir des militants acquis à leur cause. L’erreur très grave que les politiques ont eu à commettre a été de faire jouer l’appartenance ethnique dans une Côte d’ivoire aussi diverse. Ce n’était pas une carte à jouer. Je ne citerai pas de noms, mais ceux qui ont commencé par user de cet argument ethnique en utilisant des termes comme ‘Ivoiriens de circonstance’, ‘Ivoiriens de souche multiséculaire’…sont ceux là qui ont créé une bombe à fragmentation ethnique. Pour en revenir au sentiment que vous évoquiez tout à l’heure, le peuple n’écoute malheureusement que ce qu’on lui dit d’autant plus qu’il y beaucoup d’analphabètes et d’illettrés. Il est très facile pour les politiques, qui sont des intellectuels, de manipuler l’opinion publique. C’est pour cela que, très souvent, je m’en prends aux politiques dans la mesure où leur attitude est irresponsable, voire criminelle. Aujourd’hui, dans cette logique de guerre, ils ont tous sacrifié le peuple au nom duquel ils parlent. Moi, Alpha Blondy, si quelqu’un me dit qu’il et prêt à mourir pour moi, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela n’arrive pas parce que je souhaite, au contraire, que cette personne vive. Mais on a l’impression que les politiciens ivoiriens se sont dit : « chouette, meurs pour moi ! » Tous les martyrs qu’on leur doit n’auront de répit dans leur repos éternel que si leur sacrifice sert à sauver la Côte d’Ivoire de cette guerre fratricide. Il faut que les politiciens prennent conscience de cela. C’est aujourd’hui à eux de prouver au peuple ivoirien qu’ils sont prêts à dépasser leurs querelles intestines pour le bien de cette Côte d’Ivoire qu’ils souhaitent gouverner.

Afrik.com : Ce n’est pas que les analphabètes ou les illettrés qui sont concernés, il y a des intellectuels aussi…

Alpha Blondy :
C’est ceux-là que j’appelle la minorité écrasante. Sur seize millions, Ils ne représentent que la bagatelle d’un million de personnes. Mais ils ont monopolisé les médias pour mettre en avant leurs idées sanguinaires. C’est aussi la preuve de leur incapacité, de leur irresponsabilité et de leur immaturité politique. Ils sont en train d’humilier la famille politique ivoirienne dans son ensemble. L’héritage qu’Houphouët Boigny a laissé, il l’a laissé pour Bédié, Ouattara et Gbagbo, et tout ce que ces trois messieurs et leurs états-majors respectifs sont capables de faire, c’est de mettre ce pays à genoux en faisant de nous la risée du continent africain et de l’Afrique de l’Ouest. Ils donnent la preuve à l’opinion internationale et africaine de leur ‘minabilité politique’.

Afrik.com : Quel type de message allez-vous donc faire passer ?

Alpha Blondy :
Je m’adresse directement aux trois responsables, c’est-à-dire Messieurs Gbagbo Laurent, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara…

Afrik.com : Vous ne faites jamais mention de Guillaume Soro…

Alpha Blondy :
Guillaume Soro n’est pas candidat à la présidence et il le dit. Il n’est que le représentant de M. Alassane Ouattara. Blé Goudé n’est que le représentant de Laurent Gbagbo…

Afrik.com : Guillaume Soro ne le reconnaît pas toujours…

Alpha Blondy :
Je sais….Mais je ne suis pas là pour leur emboîter le pas dans la politique du mensonge. Ils sont tous mes frères et si j’ai été nommé Messager de la paix, c’est parce que l’on sait que je peux leur parler sans haine, avec vérité et franchise. Je voudrais qu’ils arrêtent de jouer avec la tête des Ivoiriens. Soro Guillaume, Blé Goudé (leader des jeunes patriotes, ndlr), Blé Guirao (UDPCI, ndlr), Yayoro (RDR, ndlr), KKB (PDCI, ndlr)[[Ces trois derniers leaders de la jeunesse appartiennent à l’opposition ivoirienne]]… constituent pour moi la pépinière des futurs politiciens ivoiriens. Gbagbo Laurent, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et les autres n’ont pas le droit de brûler ce réservoir. Ces jeunes, tous anciens de la FESCI (Fédération des Etudiants et Scolaires de Côte d’Ivoire, ndlr), ont aussi leur carrière politique à mener. C’est sur eux que les Ivoiriens comptent pour trouver les solutions aux problèmes que leurs aînés n’ont pas pu résoudre. Au lieu de faire une coalition pour trouver une solution de sortie de crise, ces derniers sont en train de sacrifier la pépinière. C’est la lâcheté des aînés qui est à l’origine de cette chienlit.

Afrik.com : Quel est donc votre programme concrètement…

Alpha Blondy :
Je viens de vous le dire. J’ai déjà rencontré les jeunes et ils me donnent l’impression d’être plus mûrs politiquement que leurs aînés. Briser le mur de silence et de suspicion permettra une rencontre tripartite entre Gbagbo, Bédié et Ouattara. Cela afin qu’on n’aille pas aux élections dans l’adversité et qu’on puisse poser les jalons de l’après élections. Le sang et les larmes ont déjà trop coulé, nous allons maintenant essayer de trouver une solution plus intelligente et moins sanglante.

Afrik.com : Si vous deviez faire passer un message a l’instant, quel serait-il ?

Alpha Blondy :
Je demande à tous les membres de la famille politique ivoirienne de dépasser leurs intérêts individuels pour penser à l’intérêt de la collectivité, à celui des Ivoiriens qui leur ont confié leur vie. Je demande à Messieurs Gbagbo, Ouattara et Bédié de faire alliance avant d’aller aux élections parce que si ils veulent que la Côte d’Ivoire qu’ils aiment, du moins prétendent aimer, sorte de ce cauchemar, ils sont condamnés à s’entendre. Et les Ivoiriens leur en sauront gré. Enfin, à ceux qui pensent que c’est Gbagbo ou Ouattara le problème et qu’il faudrait les « éliminer », je leur demande combien de morts veulent-ils pour faire la paix. Qui sont-ils pour décider de la vie ou de la mort d’un être humain ? Il y a déjà eu assez de martyrs en Côte d’Ivoire, on ne va pas en rajouter ! Il faut mettre fin à ce sentiment de haine, nous sommes des Ivoiriens, le peuple de l’Amour, celui qui ne devrait pas s’illustrer dans le meurtre de ses fils dont elle a besoin. Car le pays a plus que jamais besoin de tous ses fils et de toutes ses filles pour construire la Côte d’Ivoire de demain pour tous et par tous.

Afrik.com : Dans quelques jours, nous connaîtrons le nom du Premier Ministre de transition et vous n’avez pas caché que vous souhaiteriez qu’une femme occupe ce poste. Pensez-vous que les femmes seront plus à même de trouver une issue à la crise ivoirienne ?

Alpha Blondy :
Les moustachus ont déjà montré leurs limites. Je suis déçu par la façon violente, inhumaine et phallique avec laquelle les uns et les autres gèrent le problème ivoirien. Je pense que les femmes, celles qui donnent la vie, pourront avoir une approche différente. Il faut qu’on leur fasse confiance. La Côte d’Ivoire n’est pas seulement celle des mâles. Il faut que les mères, et il y en a dans ce pays qui sont à la hauteur de la tâche, prennent part à la solution de sortie de crise. C’est pour cela que je pense à une femme pour occuper le poste de Premier Ministre de transition.

Afrik.com : Fini avec la politique, parlons de votre actualité, c’est-à-dire de votre concert jeudi prochain au Zénith. Quel sera le menu de ces retrouvailles avec votre public parisien…

Alpha Blondy :
Ceux qui viendront ne seront pas déçus. Ils vont découvrir des inédits qui figureront sur mon prochain album comme Sankara, un vaccin anti coup d’Etat, Nos 0 nationaux ou encore Ils vont prendre drap. Et puis plein d’autres surprises.

Alpha Blondy en concert

le Jeudi 17 novembre 2005 au Zenith de Paris à partir de 19h00