Algérie : touche pas à mon drapeau

Le tribunal d’Annaba a condamné mercredi dix-huit Algériens à des peines allant de 2 à 8 ans de prison ferme, assorties d’une amende de 1 millions de dinars chacun. Ils sont accusés d’atteinte à l’emblème national. Le 19 juin dernier, ils avaient brûlé l’étendard algérien et brandi le drapeau tricolore. A quelques jours d’intervalle, de l’autre côté de la méditerranée, en France, des jeunes étaient soupçonnés d’avoir brûlé le drapeau de la mairie de Villeneuve-Saint-Georges (Val de Marne) et de l’avoir remplacé par celui de l’Algérie.

Condamnés pour avoir brandi des drapeaux français. Le tribunal d’Annaba, localité située à 400 km à l’est d’Alger, a prononcé mercredi des peines allant de deux à huit ans de prison ferme à l’encontre de dix-huit Algériens pour « atteinte aux symboles de la nation ». Six de ces jeunes ont écopé de huit ans de prison ferme, cinq autres de six ans, quatre de cinq ans et trois autres encore de deux ans. Ces peines ont été assorties d’une amende d’un million de dinars (10.000 euros) pour chacun des condamnés.

Le 19 juin dernier, au cours d’une manifestation dans la commune de Sidi Salem, ils avaient sorti les drapeaux français pour réclamer des logements sociaux. Cette marche de protestation, réprimée par la brigade antiémeute, s’était soldée par de nombreuses arrestations. Les « émeutiers » qui criaient des slogans hostiles au Front de libération nationale (FLN, au pouvoir), avaient brûlé le drapeau algérien, et incendié l’agence communale ainsi que l’agence postale.

Les pyromanes des étendards

En janvier 2009, ce sont des lycéens de Bab-el-Oued (quartier populaire d’Alger) qui avaient défié le FLN en remplaçant le drapeau algérien par le drapeau français au fronton de leur établissement. Dans une interview accordée à Liberté, le wali d’Annaba, M. Mohamed El-Ghazi, avait précisé que « la justice est appelée à appliquer la loi dans toute sa rigueur. C’est inadmissible et surtout impardonnable que des personnes aient, au moment même où les Algériens à l’intérieur et à l’étranger, sont sortis dans la rue avec les drapeaux pour saluer la prestation des Verts, brûlé l’emblème national et brandi le drapeau français ».

Pendant qu’aux alentours d’Alger, certains jeunes brûlaient l’emblème national, d’autres en France incendiaient l’étendard d’une commune. Dans la nuit du 13 au 14 juin dernier, le drapeau qui flottait au fronton de la mairie Villeneuve-Saint-Georges (Val de Marne), a été brûlé et remplacé par celui de l’Algérie, le jour même où les Fennecs avaient perdu leur premier match de Coupe du monde contre la Slovénie.

« Une défiance envers la République »

Au lendemain de cet incident, deux hommes de 19 et 23 ans, ont été placés en garde à vue et relâchés en fin de journée, selon des informations d’origine judiciaire. Déjà condamné pour vols, le suspect de 19 ans avait été interpellé dans la matinée après que ses empreintes eurent été retrouvées sur le mas du drapeau, planté dans le sol aux abords de l’hôtel de ville.

La mairie communiste avait déposé plainte en affirmant, dans un premier temps, qu’un drapeau français avait été incendié, avant de préciser dans la journée qu’il s’agissait de l’étendard de la ville. Pour la ligue contre le racisme et l’antisémitisme le fait « que le drapeau brûlé ne soit pas national mais celui d’une commune française ne change rien à cette affaire ». Cet acte représente « une défiance envers la République, une atteinte à son indivisibilité et à ses valeurs et une remise en cause violente du vivre ensemble », souligne la Licra sans son communiqué. De son côté, l’Union pour un mouvement populaire (UMP) avait exprimé sa «totale indignation», exigeant que leurs auteurs «soient poursuivis et châtiés».

Depuis 2003, le délit d’outrage au drapeau ou à l’hymne national lors d’une manifestation organisée, est puni de 7500 euros d’amende, assortis de 6 mois d’emprisonnement lorsqu’il est commis en bande organisée.