Algérie : Nicolas Sarkozy persiste et signe sur la colonisation

Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois dénoncé, ce mercredi, à Constantine (Est de l’Algérie), l’injustice de la colonisation mais n’a pas pour autant présenté d’excuses. Appelant le peuple des deux pays à se tourner vers l’avenir, le président français a proposé à Alger de construire avec Paris une Union méditerranéenne.

Par Awa Traoré

On prend le même discours, et on recommence. Enfin presque. Nicolas Sarkozy a fait un discours, ce mercredi, à Constantine, dénonçant l’injustice de la colonisation française en Algérie (1830-1962) et condamnant indirectement le ministre des Anciens combattants qui avaient tenu contre lui des propos qualifiés d’antisémites. Chose que le président français avait déjà faite au début de sa visite d’Etat, lundi.

« Des douleurs, des souffrances et des peines »

« Beaucoup de ceux qui étaient venus s’installer en Algérie étaient de bonne foi, a déclaré le chef d’Etat devant son homologue Abdelaziz Bouteflika et des milliers d’étudiants de l’université Mentouri de Constantine. Ils étaient venus pour travailler et pour construire, sans l’intention d’asservir ni d’exploiter personne. Mais le système colonial était injuste par nature et il ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation. »

Nicolas Sarkozy a par ailleurs insisté sur le fait que, « de part et d’autre, il y a eu des douleurs, des souffrances et des peines. Je n’oublie ni ceux qui sont tombés les armes à la main pour que le peuple algérien soit de nouveau un peuple libre, ni les victimes d’une répression aveugle et brutale, ni ceux qui ont été tués dans les attentats (…) ni ceux qui ont dû tout abandonner ».

Alger n’a pas eu d’excuses en bonne et due forme, mais le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni a estimé qu’il y a du « progrès » dans la position de la France. Un progrès mitigé par les dires d’un haut responsable de l’Hexagone qui a indiqué mardi, selon l’AFP, que « quand vous circulez dans Alger, vous voyez bien qu’il n’y a pas que matière à excuses ».

« Union méditerranéenne »

Reste que la France, qui souligne que « fautes et les crimes du passé furent impardonnables », estime qu’il faut désormais se tourner vers l’avenir. « Ce qui compte, a souligné le numéro un français, c’est ce que nous allons accomplir ensemble, et ce que nous allons accomplir ensemble ne dépend que de nous. » D’où sa proposition à l’Algérie de construire, sur la base de « l’amitié franco-algérienne », une « Union méditerranéenne ».

« L’Union de la Méditerranée, c’est un pari (…) dicté par l’idéal autant que par la raison. Un pari qui n’est ni plus, ni moins raisonnable que celui de l’Europe il y a soixante ans », a expliqué Nicolas Sarkozy, en faisant référence à l’offre que la France avait fait à l’époque à l’Allemagne de construire une Union européenne.

« La civilisation méditerranéenne n’a jamais été grande que par l’échange, le mélange, et j’ose le dire, le métissage, a justifié le président. Elle ne résistera pas autrement demain à l’aplatissement programmé du monde. (…) La diversité, l’échange, le métissage, l’ouverture à l’autre, tels sont les principes qui doivent fonder l’Union de la Méditerranée. » L’un des projets phares de cette Union sera le « partage du nucléaire civil » entre l’Occident et le monde musulman.

Appel au respect entre Israéliens et Palestiniens

Nicolas Sarkozy a par ailleurs lancé « un appel pressant à l’Occident pour qu’il se dépouille de toute volonté de domination et qu’il cesse de croire qu’il est à lui seul toute la civilisation mondiale ». S’exprimant sur le conflit israélo palestinien, il a demandé à « tous ceux qui se reconnaissent dans un Islam de progrès » de reconnaître « au peuple d’Israël qui a tant souffert le droit de vivre libre ». De même, il a appelé le « peuple d’Israël » à ne pas infliger « au peuple palestinien la même injustice que celle qu’il a subie lui-même pendant tant de siècles ».

Nicolas Sarkozy rentre en France ce mercredi et rencontrera à 18h, selon l’Elysée, « l’ensemble des associations des anciens combattants d’Afrique du nord et de rapatriés harkis ». Cette entrevue se déroule dans le cadre de la journée d’hommage annuel dédiée aux combattants morts pour la France pendant la guerre d’Algérie.