Algérie : Nicolas Sarkozy attendu au tournant

Les quotidiens algériens attendent le discours que Nicolas Sarkozy doit prononcer mercredi à l’Université de Constantine, une ville mémoire de la guerre d’Algérie. Ils se demandent également si les investisseurs, arrivés en nombre dans le sillage du président français, vont en rester au stade des intentions où s’impliquer dans le pays.

La presse francophone algérienne a toujours la dent dure contre Nicolas Sarkozy. Elle est restée froide devant le petit pas effectué par le président français, qui a déclaré lundi, au premier jour de sa visite officielle en Algérie, que le « système colonial a été profondément injuste ». Elle attend avec impatience le contenu du discours qu’il doit prononcer mardi, à Constantine, une ville symbole de la guerre d’Algérie, et espère qu’il ne va pas rééditer le discours de Dakar. Les journaux nationaux s’intéressent par ailleurs à l’aspect économique de la visite du chef de l’Etat, et se demandent si les investissements français vont enfin décoller.

Un discours de Dakar bis à Constantine ?

« La visite en Algérie du président français Nicolas Sarkozy est marquée par la pesanteur de l’histoire, écrit El Watan en édito. Est-ce déjà un hasard si, au deuxième jour de son séjour algérien, il marque une étape à Constantine, ville qui a donné son nom à un Plan qui, sous la houlette du général de Gaulle lui-même, s’était assigné l’objectif de casser, dans une ultime manœuvre de division, l’élan libérateur né du 1er novembre 1954 (…) Quelque charge symbolique que le président français ait voulu faire peser en s’arrêtant à Constantine, sa présence déclenche les mécanismes du travail de mémoire. Est-ce alors l’homme politique définitivement hostile à la repentance – ce mot qui fâche – que les Algériens accueillent dans cette ville de Constantine dont le passé attesté remonte à plus de 2 500 ans ?

« Constantine sans arrière-pensée ? », s’interroge également Le Quotidien d’Oran. « Ils sont nombreux à penser que cette étape, dans la capitale de l’Est, ne sera pas anodine », répond le journal. L’Expression, qui titre en Une sur « Sarkozy et la symbolique de Constantine », se demande « ce que le président [français] va dire aux étudiants de l’antique cité numide dans leur campus de l’université Mentouri. Serait-ce une réédition [du discours] prononcé à l’université de Dakar, au Sénégal – qui souleva en Afrique et en France une immense polémique – ou y annoncerait-il des mesures susceptibles de remettre les choses à l’endroit entre la France et l’Algérie? »

En guise de bienvenue, El Watan publie en Une un reportage sur les lignes Challe et Morice, aux frontières Est et Ouest du pays, où des millions de mines antipersonnelles françaises sont toujours disséminées. La France n’a officiellement remis leurs plans de pose à l’Algérie qu’en octobre dernier . « Nicolas Sarkozy a eu droit à des excuses pour une petite histoire, estime le journal, dans une contribution, en référence au ministre des Moudjahidin, tancé par le président Bouteflika pour avoir déclaré que Nicolas Sarkozy a été porté au pouvoir par un lobby juif. Il avait pourtant déclaré lors de sa dernière visite qu’il refusait toute excuse pour toute l’Histoire (la grande, celle-là). »

Et les affaires dans tout ça

Mais à Constantine, l’histoire ne préoccuperait pas tous les esprits. « Du côté de la Chambre de commerce ou de l’Agence nationale du développement des investissements, écrit Le Quotidien d’Oran, le sentiment largement partagé est que le passage mercredi du président Sarkozy, qui ne durera pas plus de quelques heures, est apte à influer favorablement sur les ardeurs plutôt timides des entreprises françaises à Constantine, qui depuis une dizaine d’années, malgré les déclarations d’intentions et les visites d’innombrables délégations, n’ont guère aidé à faire aboutir des projets d’importance. »

Mêmes considérations du côté de Liberté : « Les 2,5 milliards d’euros d’investissement annoncés dans le secteur des hydrocarbures ne compensent pas le solde négatif des échanges commerciaux et de services au profit de la France. N’oublions pas qu’avec la mise en œuvre du plan de relance, les transferts de devises vers l’Hexagone sont allés crescendo à la faveur des contrats remportés, en particulier par les firmes françaises dans les secteurs de l’eau, des transports et de l’électricité, sans une réelle implication de ces dernières dans la réduction significative de la dépendance technologique du pays. L’Hexagone se prévaut, par ailleurs, d’être le premier investisseur étranger hors hydrocarbures. Leur montant s’avère en fait très faible par rapport au niveau des exportations françaises, notamment de produits pharmaceutiques, de véhicules et de produits agroalimentaires. D’ailleurs, cette frilosité française en Algérie lui a coûté la place de premier partenaire commercial du pays, au profit des États-Unis. En un mot, la relation économique entre l’Algérie et la France reste déséquilibrée. »

« Le chef de l’Etat français est accompagné de pas moins de 120 chefs d’entreprise. Est-ce un indice que les Français comptent se débarrasser de leur frilosité excessive ? interroge La Tribune. C’est du moins ce qu’ils affirment. La présence du président français au forum des chefs d’entreprise des deux pays, organisé à l’hôtel Sheraton, peut être perçue comme un signe de la détermination à passer la vitesse supérieure dans les affaires. »