Algérie : « Même malade, Boutefllika reste le meilleur »

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Merzac Bagtache est un grand écrivain algérien et un ancien journaliste chevronné. En décembre 2013 dernier, M. Bagtache a reçu un prix de distinction en qualité de « Serviteur de la langue arabe » en Algérie, discerné par l’association culturelle El Kalima. Il revient ici sur la situation politique en Algérie à la veille de la Présidentielle.

(De notre correspondante à Alger)

Merzac Bagtache est un grand écrivain algérien, traducteur, journaliste de renom, ayant débuté sa carrière journalistique en 1962. Il écrit dans plusieurs journaux en arabe et en français, entre autres, El Watan, Al Chaab, El Moudjahid. Il a aussi travaillé à l’APS (Agence Presse Services). Membre du Haut conseil de la communication, membre du Haut conseil de la langue arabe, membre du Conseil supérieur de l’Education, membre du Conseil supérieur de l’Information, aussi membre au Conseil consultatif national fondé par le feu Président algérien Mohamed Boudiaf en 1992. Il s’est retiré suite à la tentative d’assassinat visant sa personne en 1993. En 1993, ill a reçu une balle dans la tête et en est sorti miraculeusement. Le 7 juin 1994, il perd un collègue, un frère et un ami, Cherkit Ferhat qui était rédacteur en chef au quotidien El Moudjahid à l’époque. Dans cette première partie, il évoque revient pour Afrik.com la Présidentielle de ce 17 avril en Algérie entre autres.

Afrik.com : Merzac Bagtache, qu’est-ce que vous gardez aujourd’hui de cette époque noire que l’Algérie et vous avez traversé ?

Merzac Bagtache :
Je ne garde pas grand-chose sinon que le gâchis humain aurait pu être évité avec un peu de sagesse, un peu de dialogue. Il est vrai que j’ai perdu un grand nombre d’amis et de collègues, mais la foi en cette Algérie est restée égale à elle-même, telle qu’elle l’a été durant ma première jeunesse. En bref, si je ne me permets pas le luxe d’oublier ceux qui ont perdu la vie dans cette tourmente, en revanche, je demeure convaincu que la vie sera meilleure pour la nouvelle génération. Ce qui compte pour moi, c’est de regarder résolument en direction de l’avenir. D’aucuns me disent : « Merzac, tu parles comme un cacique du parti FLN », et je leur réponds : « Je parle plutôt comme un cacique de cette Algérie ! ».

Afrik.com : Que pensez-vous de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour la quatrième fois ?

Merzac Bagtache :
Même malade, il reste le meilleur. Les autres candidats, pour reprendre une tournure typiquement algérienne, « ne remplissent pas les yeux ! ». L’Algérie, j’espère me tromper, n’a pas encore généré des hommes politiques de la stature de Bouteflika, excepté quelques uns de la génération de Bouteflika.

Afrik.com : Comment voyez-vous la démocratie en Algérie ?

Merzac Bagtache :
La démocratie, c’est avant tout du jardinage : il faut creuser, bêcher, irriguer, faire du désherbage continuel. C’est ce qui n’existe pas encore chez nous. Un parti politique, c’est avant tout des idées, des projets et un but bien précis. Il y a un semblant de gauche et de droite, or, c’est insuffisant. La majeure partie des jeunes politiciens font de la surenchère pour rien.

Afrik.com : Peut-on parler de liberté d’expression en Algérie ?

Merzac Bagtache :
Pour ce qui est de la liberté d’expression, je crois que le véritable jeu politique se fait à son niveau depuis les années 90. Cette liberté est un fait, parce que les journalistes, à l’image des autres corporations sociales, ont payé le prix le plus cher, par leur sang tout d’abord, et par leur courage et leur persévérance ensuite. Il ne pourrait y avoir recul sur ce plan.

Afrik.com : Que pensez-vous de la visite de l’émir du Qatar en Algérie, à quelques jours de l’élection présidentielle ? Surtout que deux ou trois jours avant Chakib Khelil, l’ancien ministre de l’Energie et des Mines, qui est d’ailleurs impliqué dans les scandales financiers dans l’affaire Sonatrach se serait rendu au Qatar. Ne pensez-vous pas qu’il y a un lien direct avec le déplacement de l’ancien ministre de l’Energie et des Mines Chakib Khelil au Qatar et la visite de l’émir de Qatar en Algérie ?

Merzac Bagtache :
Je suis connu, du moins parmi mes amis et mon entourage direct, par ma franchise et mon franc-parler. Je vous répondrais que c’est un sujet qui me dépasse. Je veux dire que les tractations politiques ne m’intéressent pas, même si elles concernent la gouvernance dans mon pays, parce que si elles sont valables le matin, elles ne le sont plus en fin d’après midi. Du reste, que vaut l’Émir du Qatar sur l’échiquier politique mondial ? Un puis de pétrole appelé un jour à se résorber ou à disparaître par un glissement continental. Certes oui, celui-ci possède des pétrodollars, et nous en avons. L’essentiel, c’est de savoir les fructifier. Quant à l’ancien ministre algérien de l’Energie, eh bien, il m’arrive de lire des histoires burlesques à son compte dans notre presse et dans la presse occidentale. Y a-t-il vérité dans ce domaine ? Je ne puis y répondre. En revanche, je ne veux défendre personne, et je ne veux également jeter l’anathème sur personne, d’autant que pas mal d’informations ne sont pas encore vérifiées.

Afrik.com : Que pensez-vous de la dernière visite de John Kerry en Algérie, à quelques jours des élections ?

Merzac Bagtache :
Les Américains font leur politique, à nous de faire une politique rentable. L’Amérique est connue pour son interventionnisme dans les affaires du monde depuis 1823, c’est-à-dire, depuis le Président Monroe. L’essentiel pour nous, c’est de savoir se défendre, de tirer son épingle du jeu, de se tailler une place dans le concert des Nations. L’Irak, la Palestine, l’Afghanistan, ce n’est pas nouveau pour l’Amérique, ce qui devrait faire l’objet et l’intérêt pour chaque peuple, c’est de se défendre quitte à faire usage de la bombe atomique, oui, la bombe atomique. Les Américains en ont fait usage au Japon, les colonialistes français, en Algérie. Je vous dirais que je ne suis pas contre la bombe nucléaire iranienne tant que les Iraniens le feraient pour défendre leur pays.

Afrik.com : Un mot sur les Algériens détenus à Guantanamo ?

Merzac Bagtache :
S’agissant des Algériens détenus à Guantanamo, eh bien, je crois qu’il est du devoir de leur pays de les défendre, de les ramener chez eux pour les juger, s’il y a lieu de les juger. L’Amérique doit cesser de jouer au gendarme du monde. C’est un rôle qui ne fait pas honneur à son histoire.

Afrik.com : Quel est votre souhait pour l’Algérie après les élections du 17 avril 2014 ?

Merzac Bagtache :
Le bien être et le bonheur pour ce peuple qui a tant souffert…

(A suivre)