Algérie: Les retraités investissent la rue

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« Nous ne demandons pas l’aumône, nous exigeons nos droits. Il est triste et malheureux de voir des retraités de 70 ans mendier dans la rue. Des retraités vivant tout simplement dans la précarité la plus totale avec des pensions qui n’atteignent même pas le SMIG. » Cette phrase était hier sur les lèvres des centaines de retraités qui ont répondu favorablement à l’appel lancé par la Fédération nationale des travailleurs retraités (FNTR) pour l’organisation d’un sit-in devant la centrale syndicale.

En effet, plus de 2000 retraités se sont rassemblés hier devant l’UGTA. Des retraités qui réclament en premier lieu des excuses de la part de Tayeb Louh, ministre du Travail et de la Sécurité sociale. De leur avis, M. Louh les a humiliés. De ce fait, ils exigent « réparation ». Dans les pays qui se respectent, les médecins se rendent chez les retraités pour leur prodiguer des soins. En Algérie, les retraités sont insultés et passent des heures à se faire ballotter d’un fonctionnaire à un autre au niveau des agences de remboursement », a lancé de vive voix un retraité. Un fait dénoncé, d’ailleurs, à l’unanimité par les retraités présents à cette manifestation. « La tutelle ne facilite pas la tâche aux personnes âgées. Trouvez-vous normal que l’on convoque un malade chronique âgé de 80 ans à la caisse de sécurité sociale parce que tout simplement il a déposé une ordonnance dont le montant dépasse les 1000 DA. Le comble est que ce retraité malade ne risque pas de récupérer son argent de sitôt », dira avec regret un retraité.

Des Laissés-pour-compte

La famille des retraités se retrouve, aujourd’hui, dans une situation des plus précaires. Avec un pouvoir d’achat laminé de plus en plus par une augmentation effrénée du niveau de vie, les retraités se considèrent comme des laissés-pour-compte alors qu’ils ne cessent de réclamer le droit à la vie. Le retraité n’arrive pas à comprendre pourquoi jusqu’à l’heure actuelle, il n’y a pas eu la signature de l’arrêté relatif à la revalorisation annuelle des retraites. « Les retraités attendaient fiévreusement, durant le mois de mai, une revalorisation annuelle, mais la question, apparemment, n’est pas encore tranchée en haut lieu. Donc, nous devons attendre encore ! », a-t-il affirmé. Hier, la colère était visible sur les visages des retraités. Pour sa part, M. Azzi, premier responsable de la fédération, a affiché sa satisfaction quant à la mobilisation des retraités. « Ils ont tous répondu à notre appel. Des sit-in ont été observés à travers le territoire national. Dans certaines villes, le nombre de manifestants a dépassé les 3000. Cela démontre sans aucun doute qu’il y a un ras-le-bol et un marasme chez cette catégorie de personnes », a-t-il souligné. Celui-ci estime que les retraités ont toujours été marginalisés. Ils ont de tout temps manifesté leur mécontentement.

Leur cri de douleur a été, pour une fois, entendu par le premier magistrat du pays qui a pris des décisions en leur faveur. Des dispositions qui, malheureusement, de l’avis de M. Azzi, ont été appliquées de manière anarchique et une grande partie des concernés a été exclue et n’a pas bénéficié de ces avantages et ce, sans aucun justificatif. M. Azzi, qui rappellera que la retraite n’est pas un salaire mais une prestation sociale, ne comprend pas pourquoi le retraité s’acquitte des mêmes charges que la personne en activité. Rien ne distingue l’un de l’autre. Revenant à la source du problème, ce dernier s’est interrogé quant à la non-application par l’administration des décisions prises par le chef de l’Etat. Des décisions figurant dans la loi de finances et traduites dans l’article 29 qui stipule qu’il est créé une indemnité complémentaire mensuelle au profit des titulaires de pensions de retraite et des titulaires de pensions d’invalidité (ICPRI) de deuxième et troisième catégories, telles que définies par l’article 36 de la loi n°83-11 du 2 juillet 1983 relative aux assurances sociales. Cette indemnité est attribuée aux pensions du régime des salariés dont le montant mensuel est inférieur à 10 000 DA et l’indemnité complémentaire mensuelle au profit des titulaires d’allocations de retraite (ICAR) du régime des salariés dont le montant mensuel est inférieur à 7000 DA. « Pourquoi l’administration refuse-t-elle d’appliquer les décisions du Président ? Les responsables au niveau de l’administration ne peuvent même pas évoquer la faillite de la Caisse des retraites puisque l’argent en question est puisé au Trésor public », a expliqué M. Azzi.

Des retraités toujours déterminés

Les 2000 personnes présentes hier au rassemblement ont voulu transformer le sit-in en une marche vers le ministère du Travail. Il a fallu donc l’intervention de M. Azzi pour calmer les esprits. « Nous avons opté pour un sit-in, nous allons respecter cette démarche. Maintenant, nous avons confiance, il va y avoir une réponse aux préoccupations légitimes des retraités. Nous sommes par contre déterminés à aller jusqu’au bout, et si les pouvoirs publics ne prennent pas en charge nos doléances, nous allons engager d’autres actions plus virulentes », a-t-il affirmé. Celui-ci est persuadé que les 300 000 adhérents que renferme la FNTR sont déterminés et mobilisés pour l’obtention de leur droit. Par ailleurs, M. Azzi a relevé que la FNTR n’a pas jugé utile d’impliquer les hauts responsables de la centrale syndicale car la fédération est apte et a pour rôle de gérer les problèmes des retraités. En plus de l’important sit-in observé à Alger, des centaines de retraités ont, durant la même journée, mené des actions analogues dans les wilayas de Tizi Ouzou, Bouira, M’sila, Béjaïa et Tipaza.

Amir Nabila de notre partenaire El Watan