Algérie : les professionnels de la culture apportent leur soutien à Khaled Drareni

"Journaliste libre" (Crédit photo : Reuters)

Le traitement réservé au journaliste Khaled Drareni, qui écope une lourde peine pour le simple fait d’avoir exercé son métier de journaliste, continue de susciter de vives réactions. C’est l’indignation et la solidarité qui règnent à l’échelle nationale et internationale.

Au lendemain de sa condamnation, à trois ans de prison ferme, la colère des Algériens est immense. La corporation des artistes ne fait pas exception et elle a exprimé sa solidarité et son soutien à Khaled, devenu désormais le symbole de la liberté de la presse dans ce pays d’Afrique du Nord.

Dans une tribune de soutien, rendue publique hier, mardi 11 août, la corporation des professionnels de la culture, qui appelle « à la raison et au droit », se dit consternée, suite à l’annonce du verdict du parquet d’Alger, condamnant ainsi Khaled Drareni à trois (3) années de prison ferme et une amende de 50 000 dinars.

« Nous considérons ce verdict comme une atteinte et une violence faites à la liberté d’expression qui est, comme pour la presse, la condition de notre existence en tant que travailleurs de la culture ».

Contacté par la rédaction d’Afrik.com, Ammar Kessab, expert en politiques culturelles, considère que « la condamnation du journaliste Khaled Drareni marque le passage du régime à une répression disproportionnée et décomplexée, qui consiste à criminaliser toute voix discordante et la jeter en prison pour la punir et pour la faire taire ».

Il ajoute que cette lourde peine « est réservée d’habitude aux violeurs et aux trafiquants de drogue ». Il enchaîne, « Khaled Drareni n’a fait que retranscrire, en tant que journaliste, les mots et les opinions de citoyennes et citoyens algériens qui sont sortis par millions pour réclamer une transition démocratique pacifique ».

Étonné, choqué, M. Kessab s’interroge vraiment sur l’avenir de la liberté de la presse en Algérie.

« Même au temps du despote Bouteflika (l’ex-Président poussé à la démission le 2 avril 2019 par le peuple, Ndrl), nous n’avions pas vu pareille injustice ! », s’exclame-t-il, avant de souligner qu’ « il faut que cette peine soit annulée en appel pour que Khaled Drareni puisse recouvrer sa liberté ».

Toutefois, l’expert en politiques culturelles craint que la confirmation de la décision de justice ne soit « la porte ouverte aux lourdes peines à l’encontre de tous les journalistes et les voix libres ».

L’insoutenable musellement

Ce que notre confrère subit en ce moment laisse aux artistes algériens un sentiment de peur et d’insécurité. Ils expriment leurs inquiétudes face à l’arbitraire, et au non-respect des libertés et droits humains.

« Nous artistes, femmes et hommes de culture, après ce verdict du 10 août 2020, ne nous sentons plus en sécurité dans notre pays en tant que citoyens. Ce procès arbitraire nous montre que nous ne pouvons plus jouir de nos droits et de notre liberté d’expression et d’opinion garanties par la Constitution », s’alarment-ils.

Et d’ajouter : « Aujourd’hui, c’est aussi notre existence même, en tant qu’artistes, qui est directement menacée, mais ce sont surtout, les valeurs fondamentales de l’Algérie qui sont gravement atteintes ».

« L’issue de ce procès, nous l’avions espérée libératrice. Nous espérions enfin voir une justice impartiale et affranchie telle que promise par le chef de l’Etat. La justice est l’institution la plus fondamentale de notre pays, et ce verdict arbitraire ébranle l’institution même. Le procès du 10 août a révélé un dossier vide et des chefs d’accusation infondés. Un tel verdict ne peut- être rendu au nom du peuple, en notre nom, puisqu’il est contre nous tous et contre nos droits et nos libertés fondamentales », peut-on lire dans la tribune.

Le verdict, selon eux, va « contre notre droit et notre devoir d’informer et d’être informés, notre droit et notre devoir de débattre, notre droit d’exprimer notre opinion et nos points de vue, notre droit de créer, notre droit d’exercer dignement nos métiers. Nous retenons la date du 10 août comme un jour de deuil. Nous voulons que cette date soit oubliée par la libération inconditionnelle de Khaled Drareni et de tous les détenus d’opinions. Nous voulons vivre en sécurité et libres dans notre pays, dans un État de droit, fort et pérenne ».

Pour rappel, notre confrère Khaled Drareni était en détention provisoire à la prison de Koléa (Alger), depuis le 29 mars dernier, soit 140 jours, après son arrestation intervenue alors qu’il couvrait une marche pacifique du mouvement populaire Hirak.