Algérie : les islamistes de retour en politique

L’échiquier politique se fait rapidement bouleverser en Algérie. Les partis islamistes, plutôt modérés, sont de retour en politique afin de palier le vide laissé par le Front de libération national (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND).

(De notre correspondant)

Le mouvement de la société pour la paix (MSP), parti proche de la confrérie des Frères musulmans, renait de ses cendres pour se frayer un chemin sur la scène politique de l’Algérie. Cela est rendu possible grâce au nouveau leader, Abderrezak Mokri, fraichement élu et résolument décidé de donner des ailes à sa formation. Celle-ci a vu sa cote baisser dans le cœur les Algériens lambda, à cause de sa figuration dans l’alliance présidentielle. Ce rassemblement qui regroupe les partis du FLN, du RND et du MSP créé le 16 février 2004 avec essentiellement pour but la mise en œuvre du programme du Président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Son retrait de cette alliance en 2012 pour remettre les réformes sur leur trajectoire populaire lui permet de se refaire la virginité parmi les plus récalcitrants des Algériens. Non sans mea-culpa en expliquant que l’action accomplie par le Mouvement jusqu’à présent dans le cadre de l’alliance était « un devoir national basé sur des efforts politiques focalisant sur la réconciliation nationale comme priorité ».

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui se dit ne pas partager la position de ses partenaires au sein de l’Alliance quant à la philosophie des réformes, change complètement d’orientation. La mouvance, version Mokri (53 ans), plaide pour les libertés, la transparence, la volonté politique et l’ouverture politique et médiatique dans une Algérie qui peine à recouvrer son aura. Le successeur de Bouguerra Soltani, 59 ans, arrivé à la tête du parti le 4 mai 2013, incarne la rupture avec la stratégie de l’entrisme. Au Forum hebdomadaire du journal Liberté, organisé le 20 mai, le chef de file du MSP réitère que sa formation est un parti politique « ouvert » à tous les Algériens et à toutes les alliances. « Le MSP n’est pas un parti fermé et reste ouvert à tous les Algériens et Algériennes pour utiliser leur génie, au sein du parti, au service de l’Algérie », a indiqué Mokri. La conjoncture y est puisque dix mois seulement nous séparent de l’élection présidentielle de 2014. Pour y réussir, le nouveau dirigeant islamiste s’engage pleinement dans un projet de réunification des rangs du parti. Il en annonce déjà les grandes lignes par l’installation d’une commission pour la « réunification de la maison du regretté cheikh Nahnah », premier président du parti.

Oui au salafisme, non au non-respect de la démocratie

« Cette commission est en train de réfléchir et de débattre des modalités devant aboutir à la réunification des militants et cadres, nouveaux et anciens du MSP ». Ce n’est pas tout. Le mouvement de la société pour la paix s’apprête à contracter des alliances avec des autres formations afin de pouvoir asseoir comme il se doit son hégémonie sur la scène politique nationale. La nouvelle direction qui fait virer le parti dans l’opposition continue de convaincre. « Il est de notre devoir d’inculquer au peuple, que l’opposition a aussi pour rôle la préservation de la nation et de ses intérêts ». Le salafisme qui s’ancre dans les us des Algériens, ne semble aucunement faire peur au mouvement islamiste. Pour Abderazak Mokri, le vrai ennemi des Algériens restera la corruption qui fait des ravages au grand dam de la cohésion nationale. « Nous ne craignons pas les salafistes qui respectent les fondements de l’Etat et les règles de la Constitution, mais nous craignons beaucoup plus le non-respect de la démocratie ».

Ce n’est pas pour rien que le successeur de Bouguerra Soltani s’est attardé sur le principal objectif de son parti, qui consiste à « la décrédibilisation de la classe politique pour éviter l’usurpation du pouvoir et la dilapidation des richesses du pays ». Pour lui, « Il faut stimuler les contrepouvoirs et impliquer la classe politique afin d’avoir une société civile forte ». Le MSP sous le leadership de Mokri prône la transparence y compris en ce qui concerne la santé du chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé depuis près d’un mois à Paris. La première interrogation émane de ce parti dont le chef cherche à comprendre. « Nous souhaitons du point de vue éthique, un prompt rétablissement au Président, mais nous demandons plus de transparence ». « Nous sommes pour le respect de la Constitution, des délais et des échéances.» « Nous sommes contre une transition illégitime ».

Le MSP, qui clame haut et fort ce que les Algériens lambda pensent tout bas, est sur la bonne voie de faire emboiter à ses voisins marocains, tunisiens, libyens et égyptiens qui s’en sont sortis vainqueurs des changements apportés par le Printemps arabe.