Algérie : les ambitions touristiques de Noureddine Moussa

Ruines romaines de Djemila

« Quand on a du pétrole, on ne peut pas compter sur le tourisme », la maxime en dit long sur le poids économique du tourisme en Algérie. Pourtant, les autorités algériennes ont décidé de s’attacher à son développement. Objectif : 4 millions de touristes, dont deux millions à l’horizon 2015. Le ministre algérien du Tourisme, Noureddine Moussa, revient sur les ambitions de son pays.

Dans les années 70 et au début des années 80, l’Algérie n’avait aucune difficulté à attirer les milliers de visiteurs qui foulaient son sol. Les années 90, qui ont rimé avec terrorisme, l’obligent aujourd’hui à restaurer, au travers de celle d’une image très écornée, son industrie touristique. D’ici 2015, elle compte recevoir 4 millions de visiteurs et augmenter ses capacités d’accueil jusqu’à 120 000 lits.

Afrik.com : L’un des prérequis au redémarrage de l’industrie touristique en Algérie est la restauration d’une image héritée des années noires du terrorisme. Qu’espérez-vous de cette opération de promotion que vous avez entamée depuis quelques années déjà ?

Noureddine Moussa :
Remplacer cette image par celle d’une Algérie tournée vers l’avenir et qui veut être parmi les pays avant-gardistes dans l’accueil des autres. Nous voulons surtout faire connaître un pays qui marque par son authenticité, la diversité de ses produits touristiques et dont le peuple ne cherche qu’à connaître les autres. Car le gouvernement algérien considère que le tourisme est un facteur de tolérance et d’acceptation de l’autre. Notre stratégie est de régler la vitesse du développement sur celle de la communication et de la promotion pour ne pas faire de publicité mensongère. Faire en sorte que le client soit le véritable promoteur de la destination. Aujourd’hui, l’offre touristique est presque une offre personnalisée. Les vacances sont de plus en plus courtes et les gens souhaitent se déplacer dans de bonnes conditions. Nous travaillons dans cette logique en nous imprégnant de ce qui se fait de mieux parce que nous sommes les derniers dans le bassin méditerranéen à vouloir développer notre tourisme. L’objectif n’est pas seulement un enrichissement économique pour l’Algérie, il s’agit aussi d’un enrichissement humain et culturel de ses populations.

Ruines romaines de Djemila
Afrik.com : Votre pays souhaite développer un tourisme de qualité dont l’un des volets est le tourisme culturel. Cela revient-il à développer un tourisme haut de gamme ?

Noureddine Moussa :
Le tourisme culturel n’intéresse qu’une certaine catégorie de personnes, pas la masse. C’est donc forcément un tourisme haut, moyen de gamme. Le tourisme saharien, par exemple, s’adresse à des gens qui veulent de la découverte et de l’aventure, qui sont soucieux de l’environnement, de la nature et qui sont sensibles à sa préservation. Nous essaierons de faire en sorte que les infrastructures touristiques respectent aussi l’environnement parce qu’il est impératif de protéger notre patrimoine.

Vue du Medracen
Afrik.com : Les vestiges romains sont l’une des plus importants trésors touristiques de l’Algérie sur le plan culturel. Comment procédez-vous à sa mise en valeur ?

Noureddine Moussa :
Il n’y a pas mal de vestiges romains qui sont bien là où ils sont. L’idée étant de ne pas se presser. Les fouilles n’ont révélé que 10% du potentiel algérien en la matière. Il y a un énorme travail qui se fait en ce qui concerne les vestiges romains. D’abord, sur le plan législatif où l’arsenal est désormais complet. Il en est de même sur le plan réglementaire. Ce n’est que depuis 1998 que nous disposons d’une loi sur la protection du patrimoine et ses textes d’application n’ont été complétés que récemment. Dans les années 90, nous ne nous sommes pas très bien occupés de ce patrimoine, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le tourisme culturel nous intéresse beaucoup pour toutes les raisons que j’ai déjà évoquées.

Afrik.com : La France est le premier pays émetteur de touristes vers l’Algérie. Qu’en est-il du marché allemand, qui vient après lui, et de son potentiel touristique ?

Noureddine Moussa :
Nous avons arrêté une stratégie et nous essayons, pour une fois, d’avancer avec méthode. La marché français est un grand réservoir de touristes, notamment parce qu’il compte des Algériens de deuxième et de troisième génération qui ont envie revenir en Algérie parce qu’ils y ont des attaches. Ce n’est pas pour autant que le marché allemand ne nous intéresse pas. L’Allemagne est le premier pays européen émetteur de touristes. Je pense que les Allemands sont ceux qui sont le plus intéressés par le tourisme de découverte, le tourisme culturel.

Afrik.com : L’Algérie exige des Européens l’obtention d’un visa, contrairement à ses voisins qui attirent un maximum de touristes. La situation pourrait-elle évoluer vers une suppression pure et simple du visa ?

Noureddine Moussa :
Les choses ont déjà beaucoup évolué. On ne réclame plus la présence du demandeur, le tour operateur peut faire les formalités pour tout le groupe en très peu de temps. En 48h, les choses sons réglées. Les visas se font également par le Net. Supprimer le visa n’est pas du seul ressort du ministère du Tourisme, cet aspect demande une consultation intersectorielle.

Afrik.com : Les Algériens d’Algérie et de l’étranger constituent un énorme vivier touristique. Que faites-vous pour inciter les immigrés algériens à passer leurs vacances chez eux ?

Noureddine Moussa :
Depuis quelques années, un phénomène nouveau se développe en Algérie : tous les villages du littoral sont loués à des compatriotes immigrés qui viennent essayer de retrouver leurs racines. C’est une clientèle qui n’est absolument pas négligée. Nous allons vers elle en participant à des salons régionaux, comme à Marseille, où il existe une forte communauté algérienne, à Montpellier… L’Etat algérien fait de la promotion de proximité tout en prenant en compte le fait que nos compatriotes connaissent le terrain.

Afrik.com : Quelle est aujourd’hui la part du privé dans l’industrie touristique algérienne ?

Noureddine Moussa :
L’activité touristique est totalement ouverte au privé. Seulement 7% des hôtels algériens sont publics et ses 7% sont sur le marché de la privatisation. L’Algérie compte 793 agences de voyage dont 5 sont publiques. L’Etat algérien a décidé de ne plus investir dans l’infrastructure, mais elle accompagnera le développement du secteur touristique en se concentrant notamment sur ses missions premières : la réglementation, la régulation et le contrôle. Quinze pour cent du parc hôtelier a été fermé pour des problèmes d’hygiène. L’Etat se retire progressivement mais nous aidons à la rénovation de l’infrastructure. Il y a aujourd’hui en Algérie, 500 hôtels en cours de construction, soit 50 000 lits. Nous avons également en étude des projets. Nous avons reçu 800 demandes d’investissements. L’importance du marché interne est une garantie pour ces derniers. Nous les examinons pour en choisir les meilleurs.

Afrik.com : La formation est l’un des axes prioritaires du plan décennal pour le développement du tourisme en Algérie. Trente-cinq millions de dinars lui sont consacrés au budget 2007. A quoi cette somme sera-t-elle consacrée ?

Noureddine Moussa :
Tout a été revu en matière de formation : les programmes de formation, les moyens pédagogiques…Nous avons accès à la bibliothèque de l’Organisation mondiale du tourisme. Par ailleurs, nous sommes engagés dans la réalisation d’une grande école de gestion touristique à Tipaza, une willaya touristique, et d’une autre dans l’Ouest. Des sections dédiées au mangement touristique seront, dans un avenir proche, ouvertes à l’université. Nos travaillons également dans le cadre de formation continue. Les cadres du ministère sont, par exemple, concernés par des formations de remise à niveau et de recyclage permanentes. L’Algérie bénéficie aussi d’accords de coopération avec la France et la Tunisie afin de former les formateurs.

Afrik.com : Il n’existe pas d’association professionnelle de guides en Algérie. Que faites vous pour organiser la profession ?

Noureddine Moussa :
Nous avons publié un texte qui codifie l’activité de guide et nous obligeons les agences de voyage à avoir des guides touristiques agrées par le ministère. Nous nous attellons à la mise sur pied d’une association professionnelle de guides. Par ailleurs dans les écoles, des sections de formation de guides ont été mises en place. Seront ainsi formés, selon la nouvelle classification du secteur, des guides régionaux, des guides de wilaya et des guides locaux.

Bord de mer à Sidi FerruchAfrik.com : Vous nous avez rappelé combien le développement du tourisme culturel était important pour l’Algérie. A l’heure où vos voisins se rendent compte qu’il ne suffit plus et qu’ils mettent l’accent sur le balnéaire. Comptez-vous faire de même ?

Noureddine Moussa :
Nous n’avons pas l’intention de laisser de côté un tourisme qui draine 75 à 80 % des flux touristiques mondiaux. Nous avons la chance d’avoir une côte de 1200 km, une côte fabuleuse et vierge. L’Algérie met en place une stratégie pour pouvoir prendre sa part du tourisme balnéaire. Cependant, nous veillerons aussi à ce que ce tourisme soit de qualité, qu’il prenne en charge toutes les questions environnementales et réponde à une demande interne qui est très forte. Je ne vais pas abattre une forêt qui descend jusqu’à la mer pour construire un complexe hôtelier. Nous avons un climat et des plages exceptionnelles et des stations de traitement des eaux, sur tout le littoral, seront érigées dans le cadre du processus de Barcelone dont l’objectif est de faire du bassin méditerranéen, un bassin propre.

Afrik.com : Revenons sur un sujet sensible, la sécurité. Al Qaida, avec l’émergence d’Al Qaida Maghreb, s’organise sur une base régionale. Parce que le terrorisme ne concerne pas seulement l’Algérie, envisagez-vous une coopération régionale avec vos voisins, qui sont aussi touchés, en matière de lutte contre le terrorisme ?

Noureddine Moussa :
Les groupes se donnent les noms qu’ils veulent. Les années 90 sont derrière nous. Nous parlions des Allemands tout à l’heure. En 2006, 25 000 d’entre eux sont venus en Algérie dans le cadre du travail. Quand il s’agit de travail, tout le monde vient ici, quand il s’agit de tourisme, c’est Al Qaida. Je n’accepte pas ces appréciations parce que les années 90 sont véritablement derrière nous. Certains réflexes (sécuritaires, ndlr) qui datent d’une période, aujourd’hui révolue, sont restés mais nous travaillons à ce qu’ils disparaissent rapidement.

Afrik.com : Qui dit développement du tourisme, dit aussi mise en place d’offices du tourisme à l’étranger. Quels ont vos projets dans ce domaine ?

Noureddine Moussa :
Nous comptons ouvrir des représentations à l’étranger. Nous en avions en Europe dans les années 70 et au début des années 80. Avec l’avènement des années 90, elles ont été fermées. Nous devons être présents sur les marchés émetteurs. Quand on a beaucoup de flux, on est obligés d’aller vers eux. Une représentation devrait s’ouvrir à Paris avant la fin de l’année.

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