Algérie : les Algériens se mobilisent contre le rapt d’enfants


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Le phénomène de kidnapping d’enfants devient récurrent en Algérie. Plus d’une dizaine d’enfants ont été tués en 2012. Le drame de Constantine, survenu le samedi 9 mars, a mis le feu aux poudres. La société civile et les associations se mobilisent pour demander au gouvernement de renforcer les mesures de sécurité.

(De notre correspondant)

Les dangers menacent, chaque jour un peu plus la vie des enfants algériens. Samedi 9 mars, Haroun Boudayra, âgé de 10 ans, et Ibrahim Hachiche, 9 ans, résidant à Ali-Mendjeli, la nouvelle ville de Constantine, ont disparu. Trois jours plus tard, ils seront retrouvés sans vie et affreusement tués. La triste nouvelle a amené les jeunes, en colère, à déverser leur colère sur les agents des services d’ordre.

Lors de l’enterrement de ces deux enfants, la tension est montée d’un cran et la population demandait la loi du talion et exigeait que les auteurs de ces assassinats, qui ont été arrêtés, soient tués. Ce dimanche, la ville des ponts suspendus a été le théâtre de violence à la suite d’une manifestation organisée à la mémoire des deux enfants assassinés.

Les manifestants, acharnés, ont tenté de prendre d’assaut le siège de la cour de justice avant de s’en prendre aux forces de l’ordre qui se sont interposées. L’appel, lancé sur les réseaux sociaux pour faire grève, a trouvé l’écho parmi les Constantinois qui se sont montrés solidaires avec les familles des victimes. « Nous voulons la loi du talion ». Un slogan qui en disent long sur la mobilisation citoyenne qui risque de fragiliser le gouvernement algérien.

Devant l’urgence de la situation, le gouvernement algérien s’est engagé à mettre les moyens pour endiguer le phénomène des enlèvements d’enfants qui prend des proportions alarmantes. « L’Etat est déterminé à agir avec fermeté et rapidement », a-t on laissé entendre. Pour la peine de mort abolie il y a plusieurs années, les appels à sa réhabilitation se multiplient. Même parmi les organisations des droits de l’homme.

Farouk Ksentini, président de la Commission nationale de promotion et de protection des droits de l’Homme (CNPPDH), plaide pour la condamnation à la peine capitale de façon « exceptionnelle » à l’encontre des auteurs de ces enlèvements. « Je suis pour l’abolition de la peine de mort, sauf pour certains crimes, tels que les enlèvements d’enfants suivis d’assassinats. Elle doit être prononcée à leur encontre de façon exceptionnelle », déclare t-il. Devant ce phénomène qui prend des proportions alarmantes, la mobilisation est à son summum.

Renforcement des mesures de sécurité

Ainsi, il est même question de mettre en place un dispositif dissuasif. « La multiplication des patrouilles des services de sécurité devant les écoles ainsi qu’en tout lieu où l’on a habituellement une concentration d’enfants » est parmi les mesures à adopter. « La mobilisation doit être totale. Des mesures draconiennes doivent aussi être décidées à l’encontre des kidnappeurs qui sèment les troubles et la honte parmi les familles algériennes qui n’ont pas encore pansé leurs blessures de la décennie noire », déclare à Afrik.com S.F, un père de famille qui tient à accompagner chaque jour ses enfants à l’école.

Devant les portillons des établissements scolaires, les parents se bousculent à chaque entrée et sortie de leurs enfants. Sécurité oblige, ceux-ci vivent sous une grande pression. « Depuis les événements de Constantine, je vous assure que j’arrive à peine à fermer mes yeux la nuit. La pression est au quotidien mais nous comptons beaucoup sur nos services de sécurité qui sont bien mobilisés. Il reste maintenant à faire pression sur les justiciers qui adoptent parfois des peines insignifiantes à l’encontre des malfaiteurs », nous fait remarquer un parent sous couvert de l’anonymat.

Punir les criminels

Un cas d’enlèvement et de séquestration a valu à son auteur une peine à la limite de l’invraisemblable. Le Tribunal criminel de Tizi-Ouzou, en Kabylie, a condamné, il y a moins d’un an, un individu poursuivi pour enlèvement et séquestration d’une fille âgée de 16 ans à la peine de 3 ans de prison ferme. Les griefs retenus contre l’accusé sont pourtant gravissimes : enlèvement de force de la victime devant chez elle avant de la séquestrer à son domicile.

Devant une telle situation, la société civile accentue sa pression sur le gouvernement pour punir sévèrement les criminels. Des organisations non gouvernementales se mobilisent pour alléger la souffrance des parents. Le réseau algérien de la protection et de la promotion des droits des enfants (NADA), a mis début janvier un numéro vert (30 33) au service des citoyens, pour signaler tout soupçon ou tentative d’enlèvement d’enfants.

Créé en 2004 à l’initiative d’un groupe d’associations qui ont pris la responsabilité d’organiser un travail collectif entre les différentes ONG, le réseau NADA fait parler de lui pour les actions qu’il mène sur le terrain dans le sens de venir en aide aux enfants en détresse. Le premier responsable dudit réseau a lancé la première expérience il y a cinq ans.

Selon Zoom-algerie.com, qui cite une source sécuritaire, « le nombre d’enfants enlevés en Algérie en l’espace de huit années, soit de 2001 à 2009, s’élève à 830 ».

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