Algérie : l’armée est-elle avec le peuple ?

Le général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah

En réaffirmant, ce samedi, que la seule solution à la crise qui secoue l’Algérie est celle proposée par Ahmed Gaïd Salah, notamment le recours à une destitution constitutionnelle du Président Bouteflika, pour mener à une transition qui sera pilotée par un… pro-Bouteflika, l’armée soutient-elle réellement le peuple qui exige un changement total du système ?

En début de semaine dernière, le chef d’état-major de l’armée algérienne, par ailleurs vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, pour mettre un terme à la crise qui secoue actuellement l’Algérie, avait demandé à ce que l’incapacité du Président Abdelaziz Bouteflika soit prononcée. Ce recours à une destitution constitutionnelle du Président Bouteflika, via l’article 102, doit toutefois être prononcé par le président du Conseil constitutionnel. Or, ce dernier, Tayeb Belaiz en l’occurrence, se trouve être un proche du Président Bouteflika, qui l’a nommé en personne à ce poste au mois de février dernier.

Mieux, sous Bouteflika, le président du Conseil constitutionnel a notamment occupé les postes de ministre de l’Emploi et de la Solidarité nationale, ministre de la Justice et ministre de l’Intérieur. Et c’est cette personnalité que Gaïd Salah, patron de l’armée, lui-même nommé par Bouteflika, insiste pour qu’elle dirige la transition algérienne. Ce qui ne convainc pas les Algériens, qui, ne décolérant pas, continuent d’occuper les rues. Et c’est dans ce contexte que l’armée appelle au peuple à lui faire confiance.

Toutefois, ce samedi 30 mars, à la suite d’une réunion sur « l’étude des développements de la situation politique prévalant dans notre pays », Ahmed Gaïd Salah, rappelant que la solution de la crise ne peut toujours « être envisagée qu’à travers l’activation des articles 7, 8 et 102 » de la Constitution algérienne, menace tous ceux qui auraient l’intention de lui porter atteinte.

Le chef d’état-major de l’armée met en garde des forces qui ont l’intention de « contourner les revendications légitimes du peuple (…), des parties malintentionnées qui s’affairent à préparer un plan visant à porter atteinte à la crédibilité » de l’armée.